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Palestine  : L’horreur se poursuit

Samar Al-Gamal, Mardi, 08 juillet 2014

En Cisjordanie et à Jérusalem, la tension monte face à la répression israélienne apparentée à une punition collective. A Gaza, Tsahal pourrait intensifier ses bombardements. A cette heure, le pire semble venir.

Palestine
(Photo : AP)

« Nous sommes dans l’attente ... L’attente de la guerre ». C’est ainsi que le journaliste palestinien Bilal Gadallah décrit la situation dans la bande de Gaza. Contacté par téléphone, il estime qu’Israël, une fois de plus, optera pour l’escalade.

Le lendemain, les chasseurs-bombardiers mènent déjà des frappes aériennes contre le territoire, dans le nord, puis dans le sud. Les Palestiniens recensent 10 morts en quelques heures.

La tension avait commencé à monter avec le meurtre de 3 colons israéliens en Cisjordanie. Certaines organisations ont revendiqué ces meurtres dont un groupe appelé Soutien de l’Etat islamique à Beit Al-Maqdess, nom sous lequel était également connu l’Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL, Daech en arabe).

Mais Israël continue d’accuser le Hamas parlant de 2 suspects qui sont paradoxalement membres d’une tribu de la région d’Hébron, qui se caractérise par son indépendance par rapport au Hamas.

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Des blindés de troupes israéliennes se massent à la frontière avec la bande de Gaza. (Photo : Reuters)

Dans sa traque, l’armée israélienne a démoli des maisons en Cisjordanie, arrêté 150 Palestiniens et tué 5 autres.

Quelques jours plus tard, c’est un jeune Palestinien de Jérusalem, Mohamad Abou-Khdeir (Lire page 5) qui est kidnappé et brûlé à vif par des extrémistes israéliens, dont 6 ont été arrêtés par la police.

Sous l’appellation de Prix à payer, des colons extrémistes ainsi que des activistes d’extrême droite se livrent depuis des années à une campagne d’agressions et de vandalisme contre les Palestiniens, les Arabes israéliens et les lieux de culte musulmans et chrétiens.

Escalade israélienne

Depuis l’assassinant du jeune Palestinien, des violences ont éclaté avec la police à Jérusalem-Est, faisant 65 blessés, dont 18 par balles réelles dans les rangs des Palestiniens, selon le Croissant-Rouge.

« Les opérations militaires menées par Israël en Cisjordanie constituent une forme de punition collective », a déclaré Human Rights Watch (HRW). Parmi ces opérations, dont certaines sont menées avec un recours illicite à la force, figurent des arrestations arbitraires ainsi que des démolitions illégales de maisons.

Dans l’un des incidents sur lesquels la HRW a enquêté, Ahmad Samada, 20 ans, a été mortellement blessé à la poitrine par les forces israéliennes dans le camp de réfugiés de Jalazon. Des résidents du camp ont indiqué à la HRW que les forces israéliennes étaient entrées dans le camp et avaient tiré des balles en caoutchouc et des balles réelles sur des jeunes qui leur jetaient des pierres. Deux témoins interrogés séparément — l’un se trouvait avec Samada et l’autre a vu l’incident à partir d’un autre immeuble— ont affirmé qu’Ahmad Samada ne lançait pas de pierres et a été abattu alors qu’il s’était réfugié sur un toit pour échapper aux violences.

« Les habitations des Israéliens qui ont assassiné dans des conditions atroces le jeune Palestinien vont-elles être dynamitées ? », se demande sur sa page Facebook, Pascal Boniface, directeur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques en France (IRIS)

Attaques contre Gaza, intervention musclée et arrestations en Cisjordanie, écrasement des manifestations pacifiques dans les territoires de 1948: la tension ne baisse pas.

« L’enlèvement des colons israéliens est un prétexte utilisé par Tel-Aviv pour saper les efforts de réconciliation interpalestinienne, surtout que le nouveau gouvernement d’union a obtenu une certaine reconnaissance internationale. Les Etats-Unis et l’Union européenne s’étaient dits prêts à travailler avec ce cabinet », explique Ziad Medoukh, professeur à l’Université Al-Aqsa et coordinateur du Centre de la paix de Gaza.

Début juin, le nouveau gouvernement d’union nationale Hamas-Fatah a prêté serment devant le président Mahmoud Abbas. Il s’agit d’un cabinet composé de personnalités indépendantes et de technocrates dans l’attente d’élections dans un délai de 6 mois.

Une composition qui n’est pas du goût de Tel-Aviv, qui a annoncé publiquement son opposition à cette réconciliation et a aussitôt empêché 3 des ministres du nouveau gouvernement, qui vivent dans la bande de Gaza, de se rendre à Ramallah. Du coup, le vide frappe l’administration à Gaza et le Hamas est poussé à reprendre la gestion de ce territoire.

Medoukh estime que l’escalade israélienne cherche à « mettre fin à la solidarité internationale contre le blocus de Gaza et, surtout, essayer de montrer que les Palestiniens ne veulent pas la paix en arguant, notamment, des roquettes tirées depuis la bande de Gaza ».

Ces roquettes artisanales de courte portée, qui ne provoquent souvent aucun dégât, permettent de « diaboliser » Gaza. « Leur présence profite à Israël. Du coup, ils attaquent les civils », poursuit le professeur palestinien qui pense également qu’Israël est en train de réussir dans « sa propagande ». « L’Occident répète désormais la version d’Israël et les accusations entre le Fatah et le Hamas ont repris ».

L’accord Hamas-Fatah souffre

Des critiques sur Facebook entre les dirigeants des deux mouvements, surtout de la part du Hamas pour ladite « coordination sécuritaire » entre Mahmoud Abbas et Israël, fusent.

Nemr Hammad, conseiller du président palestinien, s’insurge contre ces déclarations « fougueuses ». D’après lui, le porte-parole du Hamas, Sami Abou-Zohri, parle d’« hypocrisie politique » du Fatah (Lire entretien page 4).

Taher Al-Nounou, ancien porte-parole du gouvernement à Gaza, contacté par téléphone, s’est abstenu de tout commentaire. « Je ne suis plus le porte-parole et je préfère une consultation avant tout commentaire sur la situation », s’est-il contenté de dire.

« L’union nationale était une demande populaire, mais ce gouvernement traverse beaucoup de difficultés », précise Gadallah, fondateur du site d’information « Palsawa ». Selon lui, Le Caire est en mission de coordination d’une « accalmie » entre Israël et le Hamas.

« L’Egypte veut consolider la trêve », dit-il, citant l’ambassadeur égyptien à Gaza, Waël Attiya. Ce dernier s’est entretenu dimanche dernier avec Abou-Mazen, le président palestinien. Par ailleurs, selon la Radio israélienne, le chef des Renseignements égyptiens, Mahmoud Tohami, s’est rendu en Israël pour la même mission.

Pour l’instant, l’armée israélienne a lancé un déploiement limité de forces vers la frontière de Gaza. Mais il semble que Tsahal se prépare à une opération à grande échelle.

« Le pire attend Gaza », dit Ziad Medoukh.

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