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Politique étrangère  : les dossiers qui n'attendent pas

Amira Samir, Mardi, 27 mai 2014

Le nouveau président devra dessiner les grandes lignes de la politique étrangère de l'Egypte. Sur son bureau, certains dossiers sont au-dessus des autres.

Depuis le 3 juillet, la politique étrangère du pays a beaucoup changé. Des amis sont devenus des ennemis et vice versa. L’Egypte a aussi connu un recul de son influence diplomatique sur le plan régional et international. « Le nouveau président devra réarranger les dossiers de l’Egypte avec ses voisins. Il s’agit d’abord des pays arabes. Viennent ensuite les relations avec les pays africains et enfin avec les Occidentaux », souligne Mohamad Al-Orabi, ex-ministre des Affaires étrangères et président du parti Al-Moëtamar.

La priorité des priorités de la politique étrangère concerne l’isolement diplomatique et les relations tendues de l’Egypte avec certains pays de la région, comme le Qatar, la Turquie et la Tunisie. Le régime actuel accuse ces pays d’être des fervents défenseurs de Mohamad Morsi. Le Caire tente de minimiser ce revers diplomatique en affirmant qu’il ne permettra à aucun pays de s’immiscer dans ses affaires intérieures.

Le Caire accuse Ankara et Doha de « soutenir les terroristes ». « Ces pays qui accueillent les Frères musulmans attendent de prouver au monde que le 3 juillet était un coup d’Etat », estime Mohamad Abdel-Qader, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Le Caire avait expulsé l’ambassadeur de Turquie en réponse aux déclarations du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a dénoncé le « renversement par l’armée du président élu ». En réponse, la Turquie a déclaré l’ambassadeur égyptien persona non grata.

Les relations avec le Qatar sont aussi glaciales, notamment à cause de la chaîne Al-Jazeera, considérée en Egypte comme un organe de propagande des Frères musulmans. Reflet de la tension croissante entre les deux pays: la justice égyptienne a accusé 20 journalistes et correspondants de la chaîne qatari, dont 4 étrangers, d’avoir diffusé de fausses informations, d’appartenance à une organisation terroriste et d’avoir porté atteinte à l’unité nationale et la paix sociale. « Le nouveau président ne doit pas être révolutionnaire dans sa politique étrangère. Il doit protéger l’intérêt de l’Egypte et restaurer ses relations avec les pays de la région, surtout la Turquie », poursuit Mohamad Al-Orabi.

Une autre priorité concerne les relations avec les pays africains et la question du Nil. L’Union Africaine (UA) a suspendu la participation de l’Egypte à l’organisation panafricaine, après le renversement par l’armée de Mohamad Morsi. « Les relations avec les pays de l’UA était réduites au minimum sous Moubarak. Restaurer ces relations est une nécessité pour que l’Egypte regagne son rôle régional », estime le chercheur au CEPS.

Le nouveau président doit aussi sécuriser les ressources en eau à travers des solutions consensuelles avec les pays du bassin du Nil. Depuis plus de deux ans, Le Caire est préoccupé par la construction du barrage d’Al-Nahda en Ethiopie qui pourrait affecter le début du Nil Bleu, qui fournit 85% des eaux de l’Egypte.

L’affaire du barrage de l’Ethiopie est une vieille controverse qui risque de se poursuivre encore plusieurs années. L’Ethiopie, qui sait que la construction de son grand barrage (avec un potentiel de 6 mégawatts d’énergie hydroélectrique) suscite des inquiétudes en aval, ne veut pas céder. Aujourd’hui, l’Egypte est isolée dans son conflit de longue date avec les autres pays du bassin du Nil qui veulent revoir les quotas d’eau du fleuve.

Selon Abdel-Qader, l’Egypte considère les Etats-Unis comme l’un de ses plus importants partenaires stratégiques avec lesquels elle désire sincèrement renouer de bonnes relations.

Lors de sa campagne électorale, Sissi a appelé à la reprise de l’aide militaire des Etats-Unis, d’une valeur de 1,3 milliard de dollars par an, aide partiellement gelée après la destitution de Mohamad Morsi. Il a aussi appelé les Etats-Unis à aider l’Egypte dans sa lutte contre le terrorisme pour éviter la création d’un nouvel Afghanistan au Moyen-Orient.

Dans une interview à Reuters, Sissi a adressé un message au président américain: « Nous menons une guerre contre le terrorisme. Nous avons besoin du soutien et du matériel américains pour lutter contre le terrorisme ».

L’Egypte reviendra-t-elle sur l’échiquier diplomatique international et régional? Un tel retour sera probablement long et l’Egypte pourrait y perdre des plumes.

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