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Libye : La descente aux enfers

Maha Salem, Mardi, 20 mai 2014

Tentative de coup d’Etat à Tripoli, offensive contre les islamistes à l’est menée unilatéralement par un général à la retraite. La Libye n’a jamais connu un tel chaos.

Libye
La Libye vit dans le chaos. (Photo : AP)

Rien ne va plus en Libye. Depuis la chute du régime de Kadhafi, le pays n’a jamais été aussi proche du précipice. Dans la capitale Tripoli, une attaque du siège du Parlement suivie de l’annonce de sa suspension. A Benghazi (est), deuxième ville du pays, un ancien général Khalifa Haftar, chef d’une force paramilitaire, s’est engagé dans une offensive contre les groupes islamistes à Benghazi (est), qu’il a qualifiés de terroristes.

Le président du Congrès Général National (CGN, Parlement), Nouri Abou Sahmein, n’a pas écarté que l’attaque contre le Parlement ait été commandée par Haftar, mais le gouvernement a affirmé plus tard dans un communiqué qu’il n’y avait « aucun lien réel » entre les événements de Tripoli et Benghazi.

Selon des témoins, les assaillants ayant attaqué le Parlement faisaient partie des puissantes brigades de Zenten, connues pour leur opposition aux islamistes et qui avaient déjà attaqué le CGN par le passé. Ces brigades se sont retirées des lieux peu de temps après l’attaque, dimanche dernier, et des affrontements les ont opposés plus tard à des milices rivales sur la route de l’aéroport. Quelques heures plus tard, un colonel, disant parler au nom de l’armée, a accentué encore la confusion, en annonçant la « suspension » du CGN, la plus haute autorité politique du pays. « Nous, membres de l’armée et les révolutionnaires (ex-rebelles), nous annonçons la suspension du CGN », a déclaré le colonel Mokhtar Fernana, commandant de la police militaire, sur deux chaînes privées de télévision, précisant qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’Etat.

Ce colonel, originaire de la ville de Zenten (170 km au sud-ouest de Tripoli), n’a pas indiqué comment cette annonce allait être mise en oeuvre, en l’absence d’une armée professionnelle dans un pays où les milices font la loi.

En effet, la Libye est en proie à l’anarchie depuis la chute de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, les autorités de transition ne parvenant pas à contrôler les innombrables milices armées qui font la loi dans le pays. Réunissant d’anciens rebelles et dominées par les islamistes, elles comblent le vide en matière de sécurité laissé par un Etat qui peine à construire ses institutions.

En février dernier, les brigades de Zenten avaient déjà donné au CGN quelques heures pour quitter le pouvoir, sans toutefois passer à l’action après l’expiration de leur ultimatum. Le Congrès avait aussitôt dénoncé une menace de coup d’Etat. Elu en juillet 2012 pour 18 mois, le CGN a provoqué la colère d’une grande partie de la population en décidant de prolonger son mandat jusqu’à décembre 2014. Sous la pression de la rue, il a cependant annoncé qu’il allait céder la place à un nouveau Parlement, à l’issue d’élections dont la date n’a pas encore été fixée.

« Le pays est plus que jamais plongé dans le chaos. Il ne posséde ni armée équipée ni police organisée ni Parlement unifié. Résultat: c’est le règne de l’instabilité et l’insécurité et chaque région revendique son autonomie pour profiter de ses ressources sans s’intéresser au bien du reste du pays », explique Ziyad Aql, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, au Caire.

Allures de véritable guerre

Et c’est justement ce qui se passe à l’est. Khalifa Haftar, un général à la retraite ayant pris part à la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, a lancé vendredi unilatéralement une opération à Benghazi contre des groupes islamistes lourdement armés qui ont fait de cette ville leur fief. Plusieurs officiers de la région orientale, y compris de l’armée de l’air, ont rejoint la force de Haftar qui avait mené des raids aériens contre des positions de groupes radicaux. Des combats qui ont pris des allures de véritable guerre. Lundi dernier, la base aérienne de Benina a été la cible d’une attaque à la roquette, selon le commandant de la base, Saad Al-Werfalli, qui a accusé des islamistes radicaux d’en être responsables.

Haftar, qui avait déjà retiré ses troupes de Benghazi, a affirmé de son côté qu’il ne s’agissait pas d’un abandon. « Chaque bataille est suivie d’une réorganisation de nos unités. Et nous allons revenir avec force », a insisté le général.

Mais Tripoli a considéré cette offensive comme une tentative de coup d’Etat, selon un communiqué publié par le président du CGN avant sa dissolution. M. Haftar a rejeté en bloc ces accusations et martelé que son objectif n’était pas de prendre le pouvoir mais de combattre le terrorisme. « Le général Haftar est connu pour être une figure forte de l’opposition, pourtant, jusque-là, il n’était pas intervenu dans les affaires politiques. En fait, c’est la faiblesse des autorités en place qui lui a permis de mener cette offensive », explique Aql, qui estime également que « le fédéralisme est peut-être la seule solution en Libye ».

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