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Les sondages d'opinion et la présidentielle

Lundi, 19 mai 2014

Je suis convaincu de l’inefficacité des sondages d’opinion, car ils représentent une ingérence dans le processus démocratique et une orientation des électeurs. Par conséquent, ils ne constituent pas l’un des mécanismes de la démocratie.

Une large frange d’universitaires et d’experts en politique et médias de par le monde sont de cet avis. Ils sont convaincus que les sondages d’opinion n’ont aucune relation avec la science, malgré les nombreux discours sur leur précision et leur objectivité, et malgré l’utilisation de certains outils de recherches poussées. En effet, les sondages d’opinion représentent une industrie et un commerce. Ils agissent pour celui qui paye le plus. Dans de nombreux cas, aux Etats-Unis et en Europe, les enquêtes indépendantes ont prouvé la manipulation des résultats des sondages dans l’intérêt des élites économiques et politiques dominantes. Une nouvelle orientation académique appelle donc désormais à l’annulation des sondages d’opinion, pour les remplacer par une interaction directe avec la population sur Internet.

Est-il donc indispensable de pratiquer ce mécanisme qui fait l’objet de vives critiques ? En se basant sur les mutations mondiales des sondages d’opinion en plus des échecs consécutifs des sondages en Egypte, je pense qu’il n’est plus nécessaire d’effectuer de nouveaux sondages avant les prochaines élections présidentielle ou parlementaires. Je sais que mon avis peut paraître surprenant pour certains et peut influencer négativement les intérêts des personnes actives dans ce domaine. Cependant, elles doivent réfléchir objectivement à cette position et faire prévaloir l’intérêt public sur leurs propres intérêts. Je suis d’ailleurs certain qu’elles oeuvrent dans l’intérêt public, chacune à sa manière.

Tout d’abord, nous devons réfléchir aux raisons de l’échec consécutif de la prévision de résultats lors des élections parlementaires de 2012, de la course présidentielle de l’année dernière et des nombreux sondages effectués en Egypte depuis le célèbre sondage autour de la visite de Sadate à Jérusalem. En effet, il avait enregistré un résultat sans précédent dans l’histoire des sondages d’opinion mondiale: 100% des personnes de l’échantillon avaient approuvé la visite.

Ensuite, nous devons réfléchir aux sources mystérieuses de financement des sondages d’opinion menés en Egypte. Ceux-ci comptent essentiellement sur l’étranger ou les gouvernements qui influencent inéluctablement le choix du sujet de sondage ainsi que le volume de l’échantillon interrogé, et par conséquent, son résultat. Sans oublier l’ancienneté des statistiques sur les habitants qui ne permettent pas de constituer un échantillon représentant vraiment la société.

Enfin, la persistance de la culture de l’oppression dans de larges secteurs de la population met en doute la précision et la crédibilité de la participation des individus aux sondages d’opinion. Ajoutons à cela l’analphabétisme d’une partie du pays quant à l’utilisation du téléphone et des formulaires de papier pour effectuer les sondages. Ces outils suscitent les craintes des citoyens et les poussent à dissimuler leurs véritables opinions.

Par conséquent, il ne faut pas compter sur les sondages d’opinion pour prédire les résultats de la présidentielle 2014 entre Hamdine et Al-Sissi. En effet, la conjoncture exceptionnelle que traverse le pays, l’état de division politique et la polarisation sociale rendent facile la prédiction des résultats des élections, surtout qu’il existe des différences évidentes entre les chances de chaque candidat ainsi que leurs capacités financières et humaines. Il est certain que cette conjoncture est radicalement différente de celle de la course présidentielle de 2012, qui a dévoilé la fragilité des sondages, dont les résultats ont été à l’opposé de ceux des élections.

En réfléchissant à tous ces facteurs, il s’avère inefficace de mener des sondages d’opinion sur l’élection présidentielle. Il vaut mieux nous concentrer sur les mécanismes de changement démocratique parmi lesquels ne figurent pas les sondages d’opinion publique. Garantir l’intégrité des élections, assurer une couverture médiatique équitable et soutenir les partis politiques et la société civile sont beaucoup plus importants que l’organisation des sondages qui peuvent déformer le processus démocratique naissant et pousser les électeurs dans une certaine voie. Il est donc indispensable de nous éloigner partiellement du modèle occidental, en écartant le mécanisme des sondages et en accordant tout l’intérêt aux autres mécanismes de démocratie.

Il vaut mieux songer à lier les citoyens par l’intermédiaire d’Internet, à pratiquer de nouvelles formes de dialogue, de sondages et même d’élections par Internet. L’analphabétisme constitue une importante entrave, mais il est possible de chercher des solutions non conventionnelles pour intégrer les illettrés dans le domaine public libre créé par Internet. L’expérience du développement du réseau social Facebook après la révolution du 25 janvier 2011 et l’échange d’informations et rumeurs entre les Egyptiens lettrés et illettrés doivent nous encourager à songer à des moyens d’intégrer les illettrés dans l’espace Internet.

Ce processus est peut-être difficile, mais pas impossible. Il est possible de permettre aux illettrés de voter à travers Internet dans les centres de vote en utilisant les symboles des candidats, alors que les lettrés conserveront leur droit de voter en ligne depuis chez eux. Nous devons nous souvenir que l’analphabétisme constitue aussi un obstacle de taille aux sondages d’opinion.

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