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Afghanistan : Le printemps version Taliban

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 13 mai 2014

Les Talibans ont entamé cette semaine leur offensive du printemps, de quoi déstabiliser le pays encore plus alors qu'un second tour de la présidentielle est prévu mi-juin.

Comme chaque année, la saison du prin­temps est de « mauvais augure » pour l’Afghanistan. Toujours incassables, les Talibans — qui aspirent à reprendre le pou­voir d’où ils étaient chassés en 2001 — ont annoncé, lundi, le début de leur offensive du printemps, promettant de multiplier leurs attaques au moment où le pays envisage le retrait, d’ici à la fin de l’année, des soldats de l’Otan. Entamant leur « guerre », les rebelles ont mené lundi une série d’attaques à travers le pays, notamment à Kaboul où ils ont tiré des roquettes en direction de l’aéroport, et trois personnes ont été tuées à Ghazni (centre). Une autre attaque a eu lieu également lundi matin à Jalalabad (est) quand deux kamikazes ont attaqué le ministère de la Justice. Selon les rebelles, l’opération de cette année sera nom­mée Khaïbar, en référence à une victoire emblématique des musulmans sur les juifs dans les premières années de l’islam. D’habitude, l’offensive du printemps s’inter­rompt au début de l’hiver, très dur en Afghanistan, lorsque l’apparition de la neige perturbe les déplacements des insurgés. Ces derniers saisissent cette occasion pour se reposer et réorganiser leurs rangs avant de reprendre de plus belle leur offensive.

Relançant le défi, les Talibans ont affirmé que l’opération Khaïbar visera principale­ment les envahisseurs étrangers et ceux qui les soutiennent, quels que soient leurs noms, espions, militaires ou contractants civils, mais aussi tous ceux qui travaillent pour eux, comme les interprètes.

Les rebelles promettent également de s’en prendre aux hauts responsables gouvernemen­taux, aux parlementaires et aux magistrats qui attaquent leurs partisans en justice. Lors de la précédente offensive du printemps, baptisée opération Khalid Bin Walid, du nom du grand commandant des troupes musulmanes au VIIe siècle, les Talibans avaient mené plus de 6 600 opérations, tuant plus de 2 000 policiers afghans, selon le ministère de l’Intérieur afghan.

Un second tour sous haute tension

Or, l’offensive de cette année n’est pas comme les autres, car elle intervient dans un contexte fort crucial, à l’approche du retrait des troupes de l’Otan et aussi en plein entre-deux tours de l’élection présidentielle qui désignera le successeur de Hamid Karzaï. Alors que les résultats officiels finaux du scrutin seront annoncés le 14 mai après l’exa­men de toutes les plaintes électorales, les résultats préliminaires ont montré qu’un second tour opposera, mi-juin, Abdullah Abdullah (44,9 %) à Ashraf Ghani (31,5 %), deux anciens ministres de Karzaï, les deux n’ayant pas remporté la majorité (50 %).

Dans cette ambiance alourdie par les menaces talibanes, ce second tour semble fort risqué, surtout qu’il coïncide avec le début de la période estivale, à l’encontre du premier tour, tombé à la fin de l’hiver, et qui n’a pas été entaché de violences importantes. Dimanche, les Talibans n’ont pas caché leur intention de mobiliser tous leurs moyens pour saboter ce second tour.

Là, une question importante s’impose à l’esprit : à la lumière de ces évolutions inquiétantes, quel sera l’avenir du Traité de sécurité bilatérale (BSA) encadrant la pré­sence américaine dans le pays après 2014 ? Cette question nous enfonce dans un laby­rinthe, ou plutôt dans un cercle infernal. Il est vrai que les forces américaines envisagent de laisser plusieurs milliers de soldats en Afghanistan après 2014 pour soutenir les opérations antiterroristes, mais le maintien de ce contingent est subordonné à l’entrée en vigueur du BSA qui ne sera pas signé avant l’arrivée d’un nouveau président. Ce qui nous met face à deux scénarios cauchemardesques : si le président signe le BSA, il va s’attirer la foudre des rebelles opposés à tout maintien de la présence militaire étrangère sur le sol afghan. Et s’il ne le signe pas, il va affronter, seul, des Talibans incassables hantés par le rêve de reprendre le pouvoir et qui pourraient renverser le pouvoir du président à aucun moment.

Selon les experts, la légitimité et la force du futur président joueront un rôle clef dans l’évolution du conflit : un pouvoir central faible contribuerait à faire perdurer davantage les violences dans le pays. « Un gouverne­ment faible, impopulaire et incompétent don­nerait la chance aux Talibans pour perturber le pays et récupérer le pouvoir par force », préviennent les experts. Ceci dit, le nouveau président ne sera pas à envier tant qu’il aura des tâches draconiennes à assumer dans une période critique marquée par le retrait de l’Otan et la grave montée talibane.

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