Mercredi, 17 avril 2024
Dossier > Dossier >

Hamas-Fatah  : Vers une seule Palestine  ?

Samar Al-Gamal, Mardi, 06 mai 2014

L'accord de réconciliation signé à Gaza par le Hamas et le Fatah pourrait donner plus de poids aux négociations israélo-palestiniennes. De son côté, Tel-Aviv continue de bloquer, par tous les moyens, toute avancée vers la paix.

Hamas-Fatah
(Photo : AP)

Le terme de « Réconciliation palestinienne » est devenu presque vulgaire. Il a été utilisé comme titre ou sujet de maintes rencontres, consultations et plusieurs accords avortés, au Caire, à Doha, à La Mecque...

Aujourd’hui, c’est une nouvelle réconciliation, signée à Gaza, le territoire palestinien sous l’emprise du Hamas qui voit le jour. Son rival, le Fatah, a fait le déplacement depuis Ramallah, pour signer un accord qui vise à mettre fin à la division politique et à la partition de fait entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.

Pourtant, les deux parties n’ont pas modifié leur position et ne l’ont pas cachée. Ce qui a changé c’est plutôt la réalité sur le terrain, réalité qui a poussé les rivaux vers l’entente. Le Hamas a perdu l’appui égyptien avec la chute du régime des Frères musulmans, alors que le Qatar, son protecteur « temporaire », est pris dans des turbulences régionales avec les pays du Golfe (lire page 5).

Manque de soutiens

La visite en Iran de Khaled Mechaal, chef du Hamas, est reportée. Bref, le mouvement manque d’amis. Mahmoud Abbas, président palestinien et chef de l’OLP, est également dans l’impasse. Il s’est engagé il y a neuf mois, sous l’égide des Américains, dans un nouveau cycle de négociations avec Israël. Arrivé à échéance le 29 avril, ce round que John Kerry avait pris à son compte n’a abouti absolument à rien.

Aucune question des principaux désaccords (frontières, réfugiés, colonisation, statut de Jérusalem) n’a été abordée, et aucun progrès vers la création d’un Etat palestinien n’est à noter. « Abbas cherche à renforcer sa position dans les négociations, surtout s’il entend se présenter à la prochaine présidentielle », explique Tareq Fahmi, directeur de la branche israélienne au Centre des études du Proche-Orient.

Fahmi, qui a rencontré Abou-Mazen (le surnom de Mahmoud Abbas, ndlr) lors de sa dernière visite en Egypte, estime qu’il n’y a aucune garantie pour que ce nouvel accord échappe au sort des précédents. L’accord, comme révèle une source sécuritaire égyptienne, est basé sur un papier du Caire reprenant des idées de Doha. « Mais le diable est dans les détails », dit-il, en préférant garder l’anonymat.

L’accord fixe un calendrier de cinq semaines pour la formation d’un nouveau gouvernement, non fractionnel, lequel serait dirigé par Abou-Mazen lui-même. Un premier pas a été franchi en ce sens, vendredi 25 avril, avec la démission du premier ministre palestinien, Rami Hamdallah.

Le nouveau cabinet aurait comme mandat la préparation des futures présidentielle et législatives. Les dernières législatives dans les Territoires palestiniens ont été remportées par le Hamas en 2006, et la présidentielle a été gagnée par Mahmoud Abbas en 2005. Autre mission: la restructuration de l’OLP dans un délai de cinq mois pour y inclure le Hamas et le Djihad, une déclaration implicite donc de leur reconnaissance de l’existence de l’Etat d’Israël.

Les deux parties tiennent apparemment à faire réussir leur nouvelle entente, Abbas et Mechaal se sont ainsi retrouvés il y a quelques jours au Qatar, pour discuter des détails, et Abou-Mazen aurait affirmé dans une réunion avec le Conseil national, le 29 avril, que la réconciliation est la seule solution, car « nous sommes tous palestiniens ».

De nombreuses difficultés ne manqueront pas de jalonner la mise en oeuvre de ce nouvel accord, puisqu’il ne s’attaque pas aux dossiers de désaccord, comme l’unification des services de sécurité palestiniens et la gestion de la bande de Gaza. « Abou-Mazen se rendra-t-il à Gaza comme preuve de son pouvoir sur l’ensemble du territoire? Qu’en est-il de l’unification des services de sécurité palestiniens ? Quel sera le sort du terminal de Rafah ? », se demande Fahmi, précisant que même si le papier d’entente porte l’empreinte égyptienne, Le Caire n’en fait pas partie, et sa marge de manoeuvre est désormais limitée par une décision de justice qui incrimine toute activité du Hamas sur son sol.

En vertu de cet arrêt, le Hamas ne peut désormais plus opérer en Egypte, ses représentations devront être fermées et ses responsables doivent quitter les pays. Mais le terminal de Rafah à la frontière de Gaza fonctionne toujours selon une coordination entre l’Egypte et le Hamas. Une figure du Hamas, Moussa Abou-Marzouq, a accédé à Gaza via l’Egypte, pour finaliser l’accord.

L’entente « tue la paix »

A Tel-Aviv comme à Washington, la réconciliation interpalestinienne a été critiquée. Barack Obama dit qu’elle « n’aide pas », et Benyamin Netanyahu estime qu’elle « tue la paix », que lui même refuse signer. Le président palestinien a rétorqué qu’il n’existe aucune incompatibilité entre la réconciliation et les négociations.

« Ils veulent un partenaire isolé pour lui imposer leur vision car, en cas de différend, les Israéliens disent qu’ils ne gouvernent qu’à moitié », explique le chercheur qui a siégé auprès des Palestiniens lors des accords d’Oslo.

Pourtant, selon la source sécuritaire, les négociations de paix ont repris le 29 avril. Martin Indyk, l’envoyé spécial américain, continue de rencontrer les deux parties, pour trouver un moyen de renouveler les négociations de façon à sauver la face de tout le monde. La formation du gouvernement serait le facteur-clé. Mais la présence de membres du Hamas au sein du gouvernement pourrait bloquer une paix déjà freinée.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique