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La crise ukrainienne de plus en plus menaçante

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 25 mars 2014

Le bras de fer se durcit entre l’Occident et la Russie. Les deux blocs campent sur leur position : ils ont annulé une série de rencontres et multiplient les sanctions à l’égard de l’autre.

La crise ukrainienne de plus en plus menaçante
Les Ukrainiens paient le tribut du bras de fer opposant l'Occident à la Russie. (Photo:AP)

Le fossé ne cesse de se creu­ser entre Moscou et l’Occi­dent, laissant planer le spectre des pires jours de la Guerre froide. Les deux antagonistes campent toujours sur leurs positions inconciliables, abstraction faite des douleurs d’une Ukraine déchirée.

Dans un monde où « la raison du plus fort est la meilleure », deux scé­narios se profilent à l’horizon : la guerre ou la division du « gâteau » entre Russes et Occidentaux. Se contentant de la division du gâteau, au moins pour le moment, l’Union euro­péenne a signé cette semaine le volet politique de l’accord d’association avec Kiev, alors que la Chambre haute du Parlement russe a ratifié à l’unani­mité le traité sur le rattachement de la Crimée à la Russie.

Cette division du pays a amené les responsables ukrainiens pro-euro­péens à lancer un cri d’alarme, alors que des milliers de personnes se ras­semblaient sur le Maïdan à Kiev pour soutenir l’unité nationale face à l’agitation séparatiste qui menace l’est et le sud du pays, après la séces­sion de la Crimée. « La situation est plus explosive qu’elle ne l’était il y a une semaine », a estimé le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Dechtchitsa. Se rendant compte que leur pays n’est qu’un « bouc émis­saire » dans une équation politique qui ne les concerne pas, des patriotes ukrainiens dans certaines régions rus­sophones séparatistes comme l’Odes­sa ont haussé le drapeau national lors de manifestations pour s’opposer à l’effritement du pays.

Foulant aux pieds les inquiétudes du peuple ukrainien, les deux prota­gonistes de la crise ukrainienne ont poursuivi de plus belle leur guerre cette semaine. Barack Obama a enta­mé lundi dernier une tournée de six jours en Europe pour participer à plusieurs sommets internationaux, entre autres le G7 consacré à l’Ukraine. Cette tournée, qui a com­mencé par les Pays-Bas, a mis en relief l’isolement de la Russie sur la scène internationale et l’union des Occidentaux face à un défi commun. « L’Europe et les Etats-Unis sont unis pour soutenir le gouvernement ukrainien et les Ukrainiens. Nous sommes unis à faire payer la Russie », a menacé le président Obama lors de sa visite aux Pays-Bas.

De même, les 28 ont adressé un nouveau coup à Moscou en décidant d’accélérer les préparatifs pour signer « au plus tard en juin » un accord d’association avec la Géorgie et la Moldavie, deux ex-Républiques soviétiques souhaitant sortir de la sphère d’influence russe.

Montrant leurs griffes, Européens et Américains ont imposé une nouvelle vague de sanctions contre Moscou cette semaine. Franchissant un nou­veau cap, Washington a frappé haut, en élargissant la liste de ses sanctions contre Moscou, ajoutant 20 personnes à la liste des onze dont les avoirs étaient déjà gelés.

Cette fois, la liste cible de proches collaborateurs du président Vladimir Poutine, dont Sergueï Ivanov, son chef de cabinet. Bruxelles a emboîté le pas en décidant l’ajout de 12 Russes et Ukrainiens pro-russes à la liste, portant à 33 le nombre de personnes ciblées. Les nouveaux sanctionnés sont des responsables « haut placés » comme le vice-premier ministre Dmitri Rogozine, et les présidents des Chambres haute et basse du Parlement russe. Les Européens se sont par ailleurs entendus sur l’annulation du prochain sommet UE-Russie prévu en juin à Sotchi, ainsi que de réunions bilatérales avec Moscou.

Moscou inflexible

Malgré tout cela, l’arme des menaces n’a guère affaibli la détermi­nation de la Russie de mener à bien le rattachement de la Crimée. « Toutes ces sanctions ne valent pas un seul grain de sable de la terre de Crimée qui est retournée à la Russie », a réagi M. Rogozine, alors que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé que « les tentatives d’isoler la Russie sont une voie sans issue ».

Loin d’être affolées par les sanc­tions, les forces russes ont achevé lundi leur conquête de toutes les bases ukrainiennes en Crimée, amenant Kiev à retirer ses troupes vers l'Ukraine continentale. Le ministre russe de la Défense s’est rendu lundi en Crimée pour y inspecter les instal­lations militaires. Ce ministre est le plus haut responsable russe à se rendre en Crimée depuis le début de la crise.

Ne pouvant plus rester les bras croi­sés face aux sanctions occidentales, la Russie a riposté en sanctionnant trois conseillers du président Barack Obama et des parlementaires, dont le sénateur conservateur John McCain. « Qu’il n’y ait aucun doute : à chaque acte hostile nous répondrons de manière adéquate », a prévenu le ministère russe des Affaires étran­gères.

Les nouvelles sanctions américaines annoncées contre Moscou ont com­mencé cette semaine à se concrétiser. Alors que la première série de sanc­tions contre des personnalités russes, annoncée la semaine dernière par les Etats-Unis, n’a pas eu d’impact parti­culier sur l’économie, la deuxième, rendue publique vendredi dernier par le président Obama, a eu des effets plus perceptibles.

Cette semaine, les clients de plu­sieurs banques russes ont eu la mau­vaise surprise de ne plus pouvoir utili­ser leurs cartes bancaires Visa ou Mastercard pour effectuer leurs achats ou aux distributeurs d’autres établis­sements. Les deux géants américains des cartes bancaires ont en effet mis fin à leurs services de paiement pour les clients de ces banques. Pour les experts économiques, l’Occident ne peut pas imposer beaucoup plus de sanctions économiques, car cela nui­rait à ses propres intérêts.

Quelles que soient les pertes, il semble que M. Poutine ne renoncera pas à son rêve de bâtir son « Union eurasiatique ». Le dirigeant russe n’a jamais caché que la dislocation de l’URSS avait été « le plus grand désastre politique du siècle dernier ».

Il pourrait tout faire pour retrouver son « empire perdu ». Pour Poutine, la Crimée n’est qu’un test lancé à la communauté internationale pour voir jusqu’où peut aller la riposte. Regrettant la décision de la France et de l’Allemagne de suspendre leur coopération militaire avec Moscou, la Russie a augmenté de 44 % son bud­get de défense dans les trois ans à venir après avoir mis ses troupes en état d’alerte maximum, de quoi rendre de plus en plus envisageable le scéna­rio de la guerre.

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