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Le pétrole libyen, objet de convoitises

Chaïmaa Abdel-Hamid, Lundi, 24 mars 2014

Le pétrole libyen, principale source de revenus, est aussi source de conflits entre le gouvernement et les milices armées.

Le pétrole libyen
En conflit avec le gouvernement, les milices armées ferment régulièrement les terminaux. (Photo : Reuters)

Le Conseil de sécurité des Nations-Unies a voté à l’unanimité, mercredi 19 mars, une résolution visant à sanctionner les exportations illégales de pétrole libyen. Ce vote intervient deux jours seulement après que la Marine américaine eut, à la demande des autorités de Tripoli, pris d’assaut le pétrolier Morning Glory dans les eaux internationales au large de Chypre. Ce tanker, chargé de pétrole brut obtenu illégalement, avait échappé au bloc maritime imposé par la Marine libyenne après avoir quitté le port de Sidra.

Une décision qui a pour but d’em­pêcher la vente du pétrole par les rebelles autonomistes libyens sur le marché international, alors que depuis plusieurs mois les ports pétroliers libyens sont sous le contrôle des milices armées. Les rebelles contrôlent les grands ports pétroliers de Zueitina, Brega, Ras Lanuf et Sidra, empêchant le gou­vernement de relancer ses exporta­tions de brut. Le gouvernement auto­proclamé— en juin 2013— de la Cyrénaïque (située à l’est du pays), bras politique de la rébellion, a orga­nisé début mars une cérémonie en vue de marquer le début des exporta­tions de brut hors du contrôle du gouvernement, depuis le port de Sidra. Abd-Rabbo Al-Barassi, prési­dent du bureau exécutif de la Cyrénaïque, avait indiqué ne vouloir défier ni le gouvernement, ni le Congrès, mais qu’il était contraint d’« arracher ses droits » assurant que les revenus du pétrole seraient répartis sur trois régions.

Les milices affirment agir sur la base de la Constitution de 1951 qui divisait le pays en trois régions: la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzane, avant la suppression du système fédéral en 1963. Comme l’explique Ziad Akl, spécialiste de la Libye au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, ces miliciens gardaient les installations pétrolières, avant de se rebeller contre les autorités de transition. « Même si les gisements de pétrole sont officiellement sous le contrôle du gouvernement libyen, ces groupes armés contrôlent les ports et les raffineries, et n’hésitent pas à cambrioler des véhicules ou des navires étatiques transportant du pétrole ».

Tout a commencé en juillet 2013, lorsque les autonomistes de l’est ont bloqué des sites pétroliers, suspen­dant les exportations de brut et pri­vant ainsi le pays de sa principale source de revenus. Leur chef, Ibrahim Jodhrane, président du bureau politique de la Cyrénaïque, avait initialement accusé le gouver­nement de Zidan de corruption et de mauvaise gestion des revenus pétro­liers nationaux. Refusant ces accusa­tions, le gouvernement avait annon­cé l’ouverture d’une enquête. Mais les protestataires ont rapidement affiché leurs véritables intentions en réclamant l’autonomie de la Cyrénaïque et en formant un gouver­nement local, ainsi qu’une banque et une compagnie fédérale de pétrole, afin de gérer la production et la vente du pétrole et du gaz. « La fai­blesse du gouvernement, qui n’a pas réagi face au gouvernement auto­proclamé, a encouragé ces milices à aller plus loin en s’emparant des ports et du pétrole du pays », explique Akl qui précise que la dis­tribution équitable des revenus pétroliers et la lutte contre la corrup­tion ne sont que de faux arguments employés par ces milices.

D’énormes pertes

La Libye est le deuxième produc­teur de pétrole brut en Afrique après le Nigeria et abrite la plus grande réserve de pétrole dans ce continent, ce qui représente 40% des réserves africaines et 3% des réserves mon­diales. Mais aujourd’hui les pertes sont incessantes. Le pays est plongé dans une grave crise économique depuis le blocage de ses principaux sites pétroliers. Selon l’économiste Fakhri Feqqi, « la fermeture des ports peut provoquer d’énormes pertes pour la Libye, car l’économie du pays dépend du pétrole ». Les pertes sont évaluées à plus de 10 milliards de dollars en sept mois. De 1,5 million de barils par jour, la pro­duction est descendue sous la barre des 400000 barils. Or, le secteur pétrolier représente 70% du PIB, 98 % des recettes d’exportations et 95 % des ressources de l’Etat.

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