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Samia Alamoudi: L’eau de Zamzam n’est pas un traitement

Dina Bakr, Dimanche, 09 mars 2014

Samia Alamoudi, une gynécologue saoudienne, a guéri du cancer du sein. Elle a transformé sa maladie en combat, luttant contre les stéréotypes associés à la maladie dans sa société conservatrice

Samia Alamoudi

« J’ai transformé mon cancer du sein en un message d’amour que j’envoie à toutes les femmes afin de leur dire de ne pas oublier de faire un dépistage précoce et régulier », lance Samia Alamoudi, gynécologue saoudienne, qui a guéri d’un cancer du sein en 2006.

Elle a réussi à rompre les barrières du silence dans une société conservatrice comme celle de l’Arabie saoudite, en annonçant haut et fort qu’elle a été atteinte d’un cancer. « J’ai ressenti une responsabilité à sensibiliser les gens : la connaissance est un pouvoir ».

Alamoudi avoue que cette expérience a forgé sa personnalité. Elle est devenue plus efficace, plus influente. Elle a dû combattre l’isolement imposé aux malades et n’a pas répondu aux conseils selon lesquels elle devait rester chez elle et se contenter de boire de l’eau de Zamzam (eau sacrée puisée dans un puits se trouvant à La Mecque).

« Cette eau sacrée n’est pas une alternative au traitement médical. Sinon, nous aurions dû faire breveter cette eau et l’exporter vers le monde entier ». Dès qu’Alamoudi a appris sa maladie, elle a commencé à sensibiliser ses proches. Elle a fait comprendre à ses enfants, malgré leur jeune âge à l’époque, qu’elle était gravement malade et que le traitement était un peu difficile. « J’ai voulu mettre mes enfants au courant de ce qui allait m’arriver à cause des changements qu’entraînent les divers traitements ». Alamoudi ne voulait pas laisser ses enfants en proie aux paroles médisantes des gens sur son état de santé.

En 2007, le secrétariat d’Etat américain a classé Alamoudi parmi les 10 femmes les plus courageuses du monde. Cette militante a formé un centre médical Tamayoz, à l’Université du roi Abdel-Azziz à Djeddah pour le dépistage précoce du cancer du sein, gratuitement et pour toutes les femmes.

Durant le mois de mars, ce centre organise des stages de formation pour diffuser une culture de la santé dans les médias. Aujourd’hui, Alamoudi souhaite faire de ce centre une référence pour le dépistage, le traitement et le suivi des malades dans toute la région. Il est devenu un exemple mis en avant par l’Union internationale du cancer, qui siège à Genève et dont Alamoudi est membre et pour l’association Komin, l’une des plus importantes ONG internationales oeuvrant dans le domaine du cancer du sein.

Les activités d’Alamoudi sont multiples. Fondatrice et rédactrice en chef de Wardi (rose), premier magazine électronique pour le cancer du sein au Moyen-Orient avec 30 000 abonnés sur Twitter. Elle invite les experts et les spécialistes à lui donner un coup de main dans son message : celui de combattre le silence de la société et de faire face à la maladie par un dépistage précoce.

Elle veut changer la culture de la société en modifiant les croyances. « Plusieurs femmes croient que la mammographie cause le cancer. Il faut qu’elles sachent que prendre un échantillon de la tumeur pour des analyses ne signifie pas la propagation de la maladie dans tout le corps. Je suis contente d’avoir des hommes qui partagent mes tweets à propos des droits de la femme à la santé, nous avons besoin de leur soutien pour sensibiliser davantage de personnes ».

Alamoudi a également écrit une série d’articles intitulés Messages d’amour dans le quotidien Al-Madina. Elle a appelé à la nécessité de changer la culture du silence en allant dans les écoles d’Arabie saoudite pour parler aux filles de la maladie, pour leur expliquer de quoi il s’agit et des moyens de la prévenir le plus tôt possible. « J’ai découvert une génération assez mûre, ouverte et qui prend en considération les conséquences scientifiques ».

Samia Alamoudi, qui porte la tenue traditionnelle des Saoudiennes, met comme un motif sur toutes ses abayas le ruban rose qui fait allusion au cancer du sein. « Je ressens que la honte de parler du cancer du sein a disparu, surtout parmi les jeunes. Ce qui nous manque c’est tout un système social pour remédier à la longue attente dans les hôpitaux publics pour effectuer les différentes étapes du dépistage précoce ».

Alamoudi a aussi récolté le fruit de ses efforts. Sa fille, Israa Al-Harbi, 17 ans, a décrit dans un roman Satakonine bekheir (tu seras en bonne santé) la période du traitement de sa mère et ses sentiments gravement touchés par cette période. A la fin du bouquin, elle invite toutes les filles, quand elles seront âgées de 40 ans, à faire un dépistage du cancer du sein .

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