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Iran : Une volonté de changement, mais …

Maha Salem , Mercredi, 10 juillet 2024

Après la victoire du réformateur Massoud Pezeshkian à la présidentielle iranienne, plusieurs dossiers devraient connaître un certain changement. Mais les grandes lignes de la politique iranienne restent fixées par le guide suprême.

Iran : Une volonté de changement, mais …

« Le chemin devant nous est difficile. Il ne sera facile qu’avec votre collaboration, empathie et confiance. Je vous tends la main », a déclaré sur X Massoud Pezeshkian, le nouveau président iranien, après sa victoire. En effet, de nombreux défis attendent Pezeshkian, ce réformateur qui a remporté le second tour de la présidentielle en Iran (53,6 % des voix), vendredi 5 juillet, face à l’ultraconservateur Saïd Jalili (44,3 %), pour succéder à Ebrahim Raïssi, décédé dans un accident d’hélicoptère en mai dernier. « Les Iraniens espèrent qu’il pourra trouver des solutions à leurs maux, notamment économiques », explique Ali Atef, chercheur et spécialiste de l’Iran. « La victoire d’un réformateur témoigne du mécontentement qui règne parmi les Iraniens », dit-il.

Or, en Iran, le président a des prérogatives limitées en politique étrangère et dans certains dossiers internes. Il est chargé d’appliquer les grandes lignes politiques fixées par le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, en poste depuis 35 ans. « Pezeshkian peut tenter d’imposer ses vues sur la politique intérieure et étrangère. Mais il devra pour cela mener une bataille difficile. Certes, c’est lui qui choisit le premier ministre, il peut prendre des décisions dans plusieurs domaines, surtout social et économique. Mais il reste soumis aux grandes lignes fixées par le guide suprême et des dirigeants des Gardiens de la Révolution », explique Dr Atef. Et d’ajouter : « Pezeshkian sera confronté à de sérieux défis, car la quasi-totalité des institutions du pays est contrôlée par les conservateurs. C’est le cas notamment du Parlement », ajoute Atef. Pezeshkian a dénoncé à plusieurs reprises le recours à la force par la police pour appliquer l’obligation du port du voile par les femmes et a promis d’enlever les restrictions imposées à Internet. En outre, il a plaidé pour davantage de représentation des femmes, ainsi que des minorités religieuses et ethniques dans le gouvernement. Il a promis de réduire le taux d’inflation, actuellement autour de 40 %.

Pour ce qui est des relations étrangères, Pezeshkian a appelé à des « relations constructives » avec Washington et les pays européens, afin de « sortir l’Iran de son isolement », estimant que l’Iran avait besoin de 200 milliards de dollars d’investissements étrangers qui, selon lui, ne pourraient être obtenus qu’en rétablissant les liens avec le monde. Il s’est engagé à tenter de relancer l’accord sur le nucléaire. « Mais ces négociations ne reprendront pas avant la présidentielle américaine de novembre prochain. Et il ne faut pas espérer trop, car ce dossier épineux est sous le contrôle des conservateurs et de l’Administration américaine. Même si Pezeshkian exerce une forte pression à l’interne, la position américaine est inconnue et dépendra de l’issue des élections », estime Ali Atef. Et de conclure : « L’Iran maintiendra son soutien à ses proxys dans la région, comme le Hezbollah, les Houthis, le Hamas et les milices chiites en Iraq et en Syrie. Mais en même temps, il oeuvrera à améliorer ses relations avec l’autre poids lourd du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et les autres monarchies arabes du Golfe, ainsi qu’avec l’Iraq, la Syrie, l’Inde, la Chine et la Russie ».

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