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L’économie, ultime priorité

Gilane Magdi , Jeudi, 04 juillet 2024

Le remaniement ministériel du 3 juillet a vu le retour du ministère de l’Investissement après 6 ans de disparition et la fusion des autres ministères économiques. Des changements importants pour surmonter les défis. Analyse.

L’économie, ultime priorité

Le remaniement ministériel du 3 juillet comprend des changements radica ux au niveau des ministères économiques. Il s’agit notamment de la disparition du ministère du Secteur public des affaires de la nouvelle formation gouvernementale et du départ des trois ministres du Pétrole, de l’Electricité et des Finances. L’ancien ministre du Pétrole et des Ressources minérales Tarek El-Molla, nommé en juin 2015, a été remplacé par l’ingénieur Karim Badawi, qui a été président régional de Schlumberger (SLB) pour l’Egypte et la Méditerranée orientale. Le ministre de l’Electricité, Mohamed Shaker, a été remplacé par l’ex-ministre du Secteur public des affaires, Mahmoud Esmat. Quant au ministre des Finances Mohamed Maait, nommé en 2018, il a été remplacé par le vice-ministre pour les politiques financières, Ahmed Kouchouk. Le nouveau gouvernement comprend aussi deux fusions : la première est celle des ministères de l’Industrie et des Transports sous la direction du ministre sortant des Transports, Kamel El-Wazir. La deuxième fusion est celle des ministères de la Planification et du Développement économique, qui était dirigé par Hala Al-Saïd depuis 2019, et de la Coopération internationale, dirigé par Rania Al-Mashat également depuis 2019. Mais le changement le plus important est le retour du ministère de l’Investissement après 6 ans d’annulation et sa fusion avec le ministère du Commerce extérieur sous la direction de Hassan Al-Khatib. Le nouveau ministre était membre non exécutif au conseil d’administration du Fonds souverain et directeur exécutif responsable de l’investissement direct au sein de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Si la nouvelle formation des ministères économiques a été saluée par les économistes, elle a soulevé les interrogations de certains. « Il était nécessaire de créer un ministère pour l’Investissement sous la direction d’un ministre jouissant d’une expérience juridique plutôt qu’économique chargé en premier lieu de faciliter les procédures liées à l’investissement. Nous n’avons pas de problème pour attirer des investissements, mais nous avons un problème au niveau de l’environnement législatif, ce qui nécessite plus d’efforts pour simplifier les procédures aux investisseurs étrangers », commente Mohamed Shadi, économiste auprès du Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques. Le ministère de l’Investissement a été annulé dans le remaniement ministériel de 2018 en donnant ensuite de grandes compétences à l’Autorité générale de l’investissement sous la présidence du premier ministre, Mostafa Madbouly.

Shadi salue aussi le choix du ministre des Finances, Ahmed Kouchouk, considéré comme le bon choix pour diriger le dossier du financement international. « Kouchouk va poursuivre le parcours du ministre sortant des Finances Mohamed Maait, qui a réussi, au cours des six dernières années, à diversifier les outils de financement avec l’émission des Eurobonds et des obligations vertes à faibles taux d’intérêt. Il est important de connaître la vision de Kouchouk sur la gestion des dossiers du financement et de la dette publique au cours de la prochaine période », affirme Shadi.

L’ex-conseillère des ministres des Finances et de la Planification, Doha Abdel-Hamid, salue la décision de fusionner plusieurs ministères pour réduire les coûts. Cependant, elle émet des réserves sur la fusion des ministères de l’Industrie et des Transports. « Nous savons que le transport est important pour l’industrie, mais les deux ministères sont complètement différents l’un de l’autre », souligne-t-elle. Doha Abdel-Hamid faisait partie de ceux qui appelaient à réduire le nombre de ministères dans le cadre de la réforme de l’appareil administratif de l’Etat. « Les nouveaux ministres auraient dû mettre en place des systèmes de suivi et d’évaluation au sein de leurs ministères au lieu de se contenter des indicateurs de performance comme c’était le cas avec l’ancien gouvernement », souligne-t-elle. Selon elle, il faut vérifier si le citoyen obtient des services de bonne qualité et à des prix raisonnables. « C’est pourquoi j’ai proposé, dans une étude présentée au Dialogue national, tenu l’année dernière, un projet de loi consistant à créer une autorité générale de suivi et d’évaluation du développement en Egypte. Il s’agit d’un organisme indépendant sous la supervision directe du président, qui détiendra toutes les prérogatives du pouvoir exécutif. Cet organisme sera chargé de s’assurer que le gouvernement a réalisé les objectifs de développement durable qui touche à la vie quotidienne des citoyens conformément à la Vision Egypte 2030 », renchérit-elle.


Kamel Al-Wazir devient vice premier ministre et ministre des Transports et de l’Industrie.

Lutter contre l’inflation

La lutte contre l’inflation et le contrôle des marchés figurent à la tête des défis auxquels sera confronté le nouveau gouvernement et qui exigent des solutions rapides. « Même si le taux d’inflation a baissé au cours des deux derniers mois, il est encore élevé et doit baisser de 30 à 20 % d’ici la fin de cette année. Cela exige notamment l’application de nouvelles politiques financières en coordination avec les politiques monétaires », souligne Mohamed Shadi. Et d’expliquer que le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), Hassan Abdallah, en coopération avec l’ancien gouvernement, a déjà accompli sa mission concernant le taux de change et il a réussi à éliminer le marché noir du billet vert et à unifier le taux de change du dollar. « Les nouveaux ministres doivent travailler avec le gouverneur de la BCE pour lutter contre l’inflation en évitant toute répercussion sur le taux de la croissance et de la productivité », ajoute-t-il, en insistant sur l’importance de travailler sur l’augmentation de l’offre des produits sur le marché en vue de contrôler les marchés et freiner la hausse des prix. « Augmenter l’offre est un grand défi qui nécessite l’attraction de nouveaux investissements et l’augmentation de la production », recommande-t-il.

Le problème de l’approvisionnement électrique

Le deuxième défi concerne le retour de la stabilité au niveau de l’approvisionnement en gaz et en électricité. « Il est important de régler ce problème au plus vite, car il a des répercussions sur le climat d’investissement dans le pays », explique Shadi, ajoutant que les ministres du Pétrole et de l’Electricité ont réussi ces dix dernières années à remédier à ce problème avant qu’il ne réapparaisse à nouveau cette année en raison de la baisse de la production du gaz naturel. Au cours des dix dernières années, l’Egypte a réussi à développer son réseau électrique considéré désormais comme l’un des plus puissants du monde. L’expansion des projets de production de l’électricité à partir des énergies nouvelles et renouvelables est l’une des plus grandes réalisations de ces dernières années en Egypte. Les projets d’énergies renouvelables se développent dans toute l’Egypte, notamment les stations d’énergie solaire comme Benban à Assouan, considérée comme le plus grand complexe d’Afrique et du Moyen-Orient, et les centrales éoliennes à Zaafarana et dans le golfe de Suez. La contribution des énergies renouvelables dans le mix énergétique s’élèvera à 42 % en 2035.

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