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Le neuvième art a le vent en poupe

Dina Bakr , Mercredi, 26 juin 2024

La bande dessinée connaît un engouement. C’est à travers cet art que les bédéistes transmettent des messages sociaux et culturels aux adultes depuis les années 2000.

Le neuvième art a le vent en poupe
La légèreté et la simplicité des bandes dessinées sont des atouts appréciés par la nouvelle génération.

Quatorze contes réalisés en bandes dessinées sont le fruit d’un partenariat entre l’Agence allemande pour la coopération internationale (GIZ) et l’initiative Kawkab Rassamine (planète des dessinateurs). Ces contes, regroupés dans un album BD, paraîtront courant juillet 2024. Ils abordent des problèmes sociaux tels que l’égalité des sexes et l’intégration des personnes handicapées. Avant la réalisation des bandes dessinées, les dix-huit amateurs de BD ont suivi une formation lors d’ateliers préparatoires pour comprendre les notions d’égalité entre les sexes et le rôle à jouer en faveur de l’intégration des personnes handicapées dans la société. Ces jeunes artistes ont mis en lumière des récits en utilisant des images dessinées et du texte pour montrer les difficultés auxquelles sont confrontées ces personnes, à travers cet art séquentiel simple et accessible. « L’atelier a guidé les artistes à chaque étape de l’élaboration du scénario, en choisissant des thèmes visant à sensibiliser sur ces problèmes et en appelant les autorités publiques, la société civile et l’opinion publique à agir pour trouver des solutions », explique Amani Bassili, experte dans la création des récits chez Kawkab Rassamine.


Photo : GIZ

Cet album BD, relevant du programme d’art visuel et numérique de l’Agence allemande pour la coopération internationale, fera l’objet d’une unique édition. « Traiter des questions de société à travers la bande dessinée est une façon de nous rapprocher de la jeune génération. Nous souhaitons impliquer les jeunes des deux sexes pour qu’ils puissent nous guider sur la meilleure manière d’atteindre leur tranche d’âge, car ils sont les moteurs du développement », affirme Dina Eskander, vice-directrice du programme pour l’égalité des chances et le développement social à la GIZ.

Des bédéistes au féminin

La participation des femmes dans la bande dessinée a facilité la mise en lumière des véritables problèmes rencontrés par les femmes. Ce projet estime que les bandes dessinées créées par des femmes serviront de référence pour améliorer leurs conditions de vie, telles que l’instauration de lois et le changement du regard de la société à leur égard. L’objectif d’Ahlam Gamal, bédéiste travaillant sur le projet de GIZ, a été de renforcer la documentation des récits. Elle a ainsi raconté l’histoire des femmes bédéistes qui n’étaient pas aussi célèbres que les hommes à l’époque de la Renaissance. Malgré la majorité féminine à la faculté des beaux-arts, les femmes ne bénéficient pas de suffisamment d’espace ni de chances pour évoluer dans cette carrière en pratique. Ahlam décrit avoir commencé à faire de la bande dessinée sous un pseudonyme masculin pour exprimer sa passion. Une fois qu’elle a démontré ses compétences sur le marché en tant que dessinatrice, elle a décidé de créer des bandes dessinées pour encourager les femmes bédéistes à aborder leurs problèmes de vie tout en mettant en avant leurs compétences artistiques.

L’utilisation du dessin pour raconter des histoires vraies touch davantage les gens, car cela permet de mémoriser chaque scène et de mieux comprendre la situation. Dalia Réda, nouvelle participante dans la bande dessinée et graphiste freelance, s’est inspirée de la souffrance de ses soeurs albinos. En Egypte, elles sont souvent perçues comme handicapées, tandis que dans d’autres pays arabes, on les considère comme atteintes d’une maladie dermatologique, alors qu’il s’agit, en réalité, d’une anomalie génétique héréditaire. Dalia cherche à mettre en avant les difficultés auxquelles les albinos sont confrontés en raison des discriminations subies. Elle est convaincue que si la société accepte cette différence, les albinos pourront développer leur créativité et contribuer au progrès social. Son histoire, « Laïla, la combattante du soleil », met en scène Laïla, une élève albinos qui préfère rester en retrait à l’école en raison des regards insistants et des commentaires discriminatoires de ses camarades. Seule Chams, qui est bien informée sur l’albinisme, s’approche d’elle et la soutient au fil des ans. Aujourd’hui, Laïla est une styliste renommée.


La bande dessinée pourrait couvrir tous les sujets et pas seulement ceux qui sont de nature comique.

Selon Dina Eskander, les bandes dessinées sont des outils innovants pour sensibiliser le public aux problèmes entravant le progrès du développement social de manière plus accessible grâce au dessin.

Cibler la génération Z

Autrefois, plus précisément en 1952, les bandes dessinées en Egypte étaient principalement destinées aux enfants. En 2007, Garage a été la première bande dessinée pour adultes à être publiée. Parallèlement, les pays du monde arabe ont vu émerger des albums de bandes dessinées tels que Samandel au Liban, Sakafkaf et Jedar au Maroc et Mokhtabar 619 en Tunisie. Mohamed Raafat, fondateur de Kawkab Rassamine, souligne l’évolution significative du neuvième art, la bande dessinée, au début des années 2000. Malgré des coûts réduits par rapport au cinéma, le financement des bandes dessinées reste limité en raison du manque de maisons d’édition disposées à y investir. Selon lui, les bandes dessinées offrent la liberté d’aborder divers thèmes sensibles. Cependant, les revenus générés par cet art restent modestes par comparaison au cinéma. Ahlam Gamal souligne que les bandes dessinées peuvent servir de documentation visuelle, tout comme les gravures murales de l’époque pharaonique. Elle explique que la bande dessinée transmet rapidement des messages facilement compréhensibles pour la génération Z, qui privilégie une information concise sans entrer dans des détails linguistiques complexes. Les illustrations et les phrases succinctes peuvent renfermer des informations riches pour les lecteurs.

Le comédien et écrivain Karim Fahmi a adapté l’histoire de « Mamlaket Al-Mout » (le royaume de la mort) en scénarios de bandes dessinées en raison du budget élevé nécessaire pour une adaptation en film d’action. Il a collaboré avec l’artiste Migo pour créer un album de bande dessinée de 110 pages. Bien que la bande dessinée soit plus abordable économiquement que le cinéma, la réalisation exige un travail minutieux et organisé pour garantir un résultat satisfaisant. Chaque étape de production demande la présence d’experts et souvent, le bédéiste endosse plusieurs rôles, y compris celui de scénariste. Selon Migo, la suggestion des personnages, du style, des tenues, des décors, du nombre de cases, du sketch, entre autres aspects, rend le processus exténuant. Une approche méthodique est nécessaire pour transmettre efficacement les histoires en bandes dessinées et attirer un large public.

Plus tard, la maison d’édition Honna (elles) a publié une bande dessinée intitulée Super Hero qui a connu un succès grandissant. Elle a été bien accueillie au Festival des bandes dessinées du Caire, organisé chaque année depuis 2015. Haguar Saqr, connue sous le nom de GoGo, est une jeune dessinatrice de bandes dessinées qui a participé à un atelier de 30 heures avec l’artiste Migo lors de la réalisation des planches de Super Hero. Elle a ensuite décidé de se documenter pour raconter les dernières heures de la vie de Dorriya Chafiq, une militante féministe pionnière qui a lutté pour les droits politiques des femmes, tels que le droit de vote et d’éligibilité. GoGo a imaginé, dans sa bande dessinée, que suite à sa chute du balcon, Dorriya s’est métamorphosée en une grande statue invincible. Au pied de cette statue, une plaque rappelle la phrase « J’ai voulu que ma vie soit un chef-d’oeuvre ... signature Dorriya Chafiq ... 20/9/1975 ». Pour GoGo, cette statue symbolise l’héritage de Dorriya et les injustices qu’elle a endurées en tant qu’activiste intrépide.


Photos : GIZ

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