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Des joyaux de l’art islamique retrouvent leur éclat

Nasma Réda, Jeudi, 27 juin 2024

Trois mosquées historiques, joyaux de l’architecture mamelouke, font l’objet de travaux de restauration dans Le Caire islamique.

Des joyaux de l’art islamique retrouvent leur éclat

La mosquée Al-Maridani

Après six ans de travail, la mosquée de l’émir Al-Tanbugha Al-Maridani rouvre ses portes aux fidèles. Située dans le quartier d’Al-Darb Al-Ahmar dans le Vieux Caire islamique, cet édifice mamelouk construit en 1340 a été restauré par le Trust Agha Khan pour la culture (AKTC) qui a achevé les travaux en deux phases, en 2018 et 2024, dans le cadre de son programme de régénération urbaine du quartier et des monuments de la rue Bab Al-Wazir.

Avec un budget de 5 millions d’euros, dont 1,8 million provenant de la représentation de l’Union européenne au Caire, les travaux ont débuté en 2018 pour se terminer le 28 mai dernier. Nader Ali, archéologue et membre de l’équipe de restauration, souligne que la restauration du minaret, du mihrab et du minbar a été particulièrement complexe en raison de leur état très dégradé. Il évoque notamment le minaret incliné et le minbar ayant perdu la plupart de ses motifs décoratifs en 2008 à la suite de vols. Mohamed Ismail Khaled, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), souligne l’importance de la mosquée Al-Maridani en tant qu’attraction touristique contribuant à la revitalisation du quartier.

Construite au XIVe siècle par l’émir Al-Tanbugha Al-Maridani, la mosquée est réputée pour être l’une des plus décorées du Caire. Elle présente des éléments architecturaux remarquables de divers styles. Outre sa façade emblématique, son minaret octogonal et son grand dôme sont considérés comme de superbes exemples de l’architecture mamelouke. Le plafond en bois de la cour de prière est soutenu par des colonnes en granit rose provenant de l’époque pharaonique ou en marbre blanc de l’époque romaine.

Dans la grande cour récemment pavée se trouve la fontaine réservée aux ablutions, surmontée d’une structure en bois soutenue par des colonnes provenant de la mosquée d’Al-Sultan Hassan au début du XXe siècle. « La mosquée d’Al-Maridani a été classée en 1951 sur la liste des monuments islamiques les plus distingués d’Egypte. Lors des travaux, les restaurateurs ont découvert un réservoir antique d’eau à côté de la structure d’ablution et un puits à côté de l’Iwan sud-ouest », conclut Gamal Abdel-Réhim, spécialiste en patrimoine islamique à l’Université du Caire et membre du comité permanent des sites islamiques au ministère du Tourisme et des Antiquités.

 La mosquée Al-Rifaï

 Située près de la place de la Citadelle, la mosquée Al-Rifaï a été construite au XIXe siècle pour être l’équivalente de celle du sultan Hassan du XIVe siècle. Elle tire son nom de Ali Abou-Cheibak, petit-fils du frère de l’imam soufi Ahmad Al-Rifaï. Bien que la mosquée soit associée à Al-Rifaï et qu’elle soit témoin jusqu’à nos jours d’une grande célébration soufie annuelle commémorant sa naissance, Al-Rifaï n’y est pas enterré. La mosquée est érigée sur les vestiges d’une ancienne petite mosquée fatimide appelée Zakhirat Al-Molk, qui a été transformée en cimetière pour Abou-Cheibak.

 En 1869, Khochiyar Hanem, la mère du khédive Ismaïl, a décidé d’acheter les terrains entourant la tombe d’Abou-Cheibak pour construire une grande mosquée de style mamelouk. Elle a confié la construction à l’architecte Hussein pacha Fahmi. Le plan incluait d’aménager une partie de la mosquée pour servir de lieu de sépulture pour la famille royale.

La conception architecturale de la mosquée Al-Rifaï est aussi remarquable que son histoire de construction. Les travaux ont débuté en 1869, mais n’ont été achevés qu’en 1912 par le khédive Abass Hélmy II. Les constructions avaient été interrompues après la mort de Khochiyar Hanem et ont repris 25 ans plus tard sur ordre du khédive Abass.

De style néo-mamelouk, la mosquée, avec ses murs ocre et ses minarets effilés, impressionne encore les visiteurs de nos jours, selon Abdel-Réhim. Il s’agit de la première mosquée en Egypte à utiliser le ciment comme matériau de construction. « La mosquée conserve presque tous ses meubles, incluant le minbar, qui attire l’attention des visiteurs », affirme l’expert, soulignant la présence continue de fidèles soufis dans l’enceinte de la mosquée.

Une partie de la mosquée est dédiée aux prières tandis qu’une autre accueille les tombeaux de plusieurs souverains égyptiens, dont le khédive Ismaïl, sa mère, ainsi que les rois Fouad Ier et Farouq, dernier roi d’Egypte. On y trouve également le tombeau du dernier chah d’Iran, Mohamad Reza Pahlavi, mort en exil.

La mosquée a bénéficié de travaux d’isolation pour son plafond, ainsi que de la consolidation de ses murs entre 2018 et 2020 par la compagnie Arab Contractors. Les travaux de restauration de la deuxième phase sont en cours, parallèlement au projet de réhabilitation de la place de Salah Eddine visant à transformer toute la région en une attraction touristique.

 La mosquée et la madrasa du sultan Hassan

 Avec une superficie de 7 906 m2 et des murs d’une hauteur de 38,8 mètres, la mosquée du sultan Hassan est un véritable joyau architectural construit au milieu du XIVe siècle. C’est le sultan mamelouk Hassan bin Al-Nasser Mohamed bin Qalaoun qui a ordonné en 1356 de bâtir une grande mosquée et madrasa (école) pour les quatre écoles de la jurisprudence religieuse de l’islam. « Cette école regroupait à l’époque plus de 1 000 élèves à la fois, la partie la plus importante étant celle des Hanafites, qui accueillait près de 400 élèves simultanément », explique Abdel-Réhim. Bien que le sultan ait été tué subitement, le bâtiment était pratiquement achevé, à l’exception de quelques travaux finalisés par Bachir Al-Jamdar, et ce complexe a été inauguré en 1362.

Avec son style architectural mamelouk, ce complexe combine puissance et splendeur, élégance et beauté. Sa façade principale est l’un de ses éléments les plus intéressants offrant une grande variété de décors sculptés dans la pierre et le marbre, et se termine par une superbe corniche. Le haut portail est l’une des entrées de style mamelouk les plus imposantes existantes. Deux minarets, dont le plus ancien situé au sud, mesurent 81,6 mètres de hauteur. « Selon l’histoire, la mosquée avait 4 minarets, mais deux se sont effondrés il y a bien longtemps. Il n’en reste que deux », souligne Abdel-Réhim. Son mihrab, orné de marbre polychrome et d’inscriptions dorées, est souvent présenté comme l’un des plus beaux d’Egypte.

« Donnant sur la citadelle ayyoubide, siège du règne, la mosquée et la madrasa ont été utilisées à plusieurs reprises comme forteresse par les ennemis pour lancer des attaques sur la citadelle », raconte Abdel-Réhim, expliquant que lors de la Campagne française en Egypte, la mosquée avait servi de caserne militaire.

A noter que le khédive Abass Hélmy II (1892-1914) a restauré ce complexe religieux lui rendant sa beauté d’antan. « Cette mosquée est adorée par les Egyptiens qui viennent spécialement pour y prier. Actuellement, cet ensemble suscite un intérêt exceptionnel de la part de l’Etat, car il fera partie du circuit de visites incluant les mosquées d’Al-Sayeda Nafissa et d’Al-Sayeda Zeinab », conclut Abdel-Réhim.

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