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Israël entre dans une phase moins intense mais plus longue de la guerre à Gaza

AFP , Mardi, 25 juin 2024

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Photo : AFP

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé la fin de la partie "intense" des combats dans le sud de la bande de Gaza, tout en insistant sur le fait que la guerre n'était pas terminée.

Les experts interrogés par l'AFP s'accordent sur le fait que cette nouvelle phase, après plus de huit mois de combats, sera plus longue que les précédentes.

Quant aux détails de la gouvernance de ce territoire palestinien, ils restent flous, les dirigeants israéliens n'ayant pas tous les mêmes ambitions pour Gaza.

 Que signifie la fin de la "phase intense" ? 

"La phase intense des combats contre le Hamas est sur le point de se terminer", a déclaré M. Netanyahu dimanche lors de sa première interview dans les médias israéliens depuis le 7 octobre.

La présence de l'armée israélienne doit ainsi "être réduite" au sol, remplacée par un usage renforcé des "drones ou des avions", selon Omer Dostri, expert en stratégie militaire de l'Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité (JISS).

Selon lui, après des frappes aériennes importantes sur des structures militaires à Gaza, puis une large manoeuvre terrestre, une troisième phase doit permettre de "démanteler davantage" le Hamas, "de mettre fin à la contrebande le long de la frontière égyptienne et de sauver les otages".

 Combien de temps va durer la phase suivante ? 

"Ils garderont toujours des troupes sur le terrain", estime Mairav Zonszein, analyste à l'International Crisis Group (ICG), pour l'AFP.

Elle souligne que l'armée est désormais stationnée dans "certains lieux stratégiques", notamment "l'axe de Netzarim", qui traverse le territoire d'est en ouest et "le coupe en deux, empêchant les habitants de Gaza de remonter vers le nord de la bande de Gaza".

"Ca devrait durer un bon moment", note-t-elle encore, quand Dostri parle d'"au moins quelques années".

"Cela prendra de nombreuses années", a également avancé l'ancien membre du cabinet de guerre et militaire Gadi Eisenkot lors d'une conférence en Israël lundi.

Comparant la situation à venir de la bande de Gaza à celle de la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, Kobi Michael, chercheur à l'Institut d'études de sécurité nationale de Tel-Aviv (INSS) a évoqué la possibilité, selon lui, que des bataillons israéliens puissent contrôler "toute la bande de Gaza".

Quelle administration pourrait être mise en place ? 

"Je n'accepterai pas l'établissement d'une administration militaire israélienne dans Gaza, Israël ne doit pas avoir de contrôle civil sur la bande de Gaza", avait déclaré dès le 15 mai Yoav Gallant, le ministre de la Défense israélien.

Après des semaines de flottement où s'opposaient différentes institutions sur la nécessité de plancher sur des solutions de gouvernance pour Gaza, le conseiller israélien à la sécurité nationale Tzachi Hanegbi a indiqué lundi que "le cabinet (de guerre, NDLR) a autorisé l'armée israélienne à mener le processus de recherche d'une alternative gouvernementale".

Il a ajouté que l'alternative privilégiée serait "une direction locale qui puisse vivre aux côtés d'Israël sans chercher à tenter de tuer des Israéliens".

Pour y parvenir,  Hanegbi a déclaré qu'il envisageait "un processus chapeauté par une coalition de pays arabes modérés, avec les Etats-Unis, l'Europe et les Nations unies", qui se partageraient les responsabilités, en lien avec des Palestiniens.

Si l'armée restait présente, une forme d'administration civile pourrait être confiée à des Palestiniens, éventuellement sous la tutelle d'une tierce partie - ce projet balayant les aspirations des Palestiniens ainsi que les recommandations de nombreux pays.

"L'extrême droite fait pression pour une administration militaire à Gaza, une occupation, et une réinstallation (des colonies israéliennes, comme jusqu'en 2005)", explique Zonszein qui précise que l'armée israélienne repousse ce scenario

Qu'advient-il des otages? 

Alors que les médiateurs internationaux s'efforcent de parvenir à un accord pour mettre fin à la guerre, l'un des points d'achoppement est le désaccord autour du caractère permanent ou non du cessez-le-feu.

Le Hamas veut garantir un retrait total de l'armée et un cessez-le-feu permanent, en échange de la libération de tous les otages. Israël exige également la libération des otages, mais affirme qu'elle ne peut retirer l'intégralité de ses troupes de la bande de Gaza, si ce n'est éventuellement dans le cadre de départs échelonnés.

Les médiateurs cherchent donc à définir un calendrier en plusieurs phases, mais sans succès jusqu'à maintenant.

"Il est possible qu'ils (le Hamas, NDLR) libèrent une partie des otages, puis que le cessez-le-feu prenne fin et que la guerre reprenne, ce qui reviendrait à ce que Netanyahu et Israël renoncent aux otages restants", note  Zonszein.

De fait, la principale association de proches d'otages en Israël a condamné l'idée selon laquelle une partie seulement des otages serait libérée, dans le cadre d'un "accord partiel" évoqué par Netanyahu, revenu depuis sur ses propos.

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