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Un album à 100 % féministe

May Sélim, Mercredi, 12 juin 2024

Dans Mra, le nouvel album d’Emel Mathlouthi, cette dernière est plus que jamais bouleversante et ensorcelante.

Un album à 100 % féministe

De par sa voix mélodieuse, elle nous transporte ailleurs, transcende les frontières et les genres, pour trouver son propre style. Le nouvel album de la chanteuse tunisienne Emel Mathlouthi bouleverse la scène musicale internationale. Car Mra (femme en dialecte tunisien) est une ode aux femmes et à l’humanité. C’est un album à 100 % féministe, créé en collaboration avec 24 femmes : productrices, musiciennes, techniciennes, rappeuses, compositrices … Il révèle le poids des femmes dans le champ de l’industrie musicale, majoritairement dominé par les hommes.

Composé de 12 chansons, Emel y chante la liberté sous toutes ses formes. Le politique est assez présent, avec des allusions directes à la résistance et au militantisme. Dans cette optique, on peut retrouver l’image du pays au sens abstrait, parfois celle de la Palestine.

La voix d’Emel Mathlouthi est devenue symbole de la liberté, depuis la révolution tunisienne en 2010, lorsqu’elle a interprété Kelmeti Horra (ma parole est libre) ; sa musique est souvent aussi révolutionnaire qu’elle.

Dans ce nouvel album, la chanteuse poursuit sa révolution électro-pop, en ayant recours à des rythmes électroniques assez forts, chantant en arabe, en anglais et parfois même en français. Emel mêle le personnel et le politique dès la première chanson, Massive Will (volonté de masse), disant en anglais : « C’est la voix qui grandit en toi et moi. C’est la nouvelle façon dont tu dessines le jour où tu es libre ». Elle manipule sa voix pour faire dominer le timbre aigu.

Celle-ci devient plus douce dans Souty (ma voix), une méditation sur le pouvoir de la voix féminine au quotidien, celle qui affronte toutes sortes de contraintes et de paradoxes. La chanson débute par : « Ma voix n’a pas de limites / Ma voix n’a pas de fin / Ma voix dessine mon existence, ainsi que les couleurs de l’arc-en-ciel ». Dans cette chanson, Emel Mathlouthi glisse dans une partie inférieure de sa gamme vocale. Le vidéo-clip où elle danse est associé à des séquences où l’on voit des femmes accomplir leurs besognes quotidiennes : faire le ménage, faire ses courses dans la rue, faire ses études en portant le keffieh sur les épaules, ... La performance de danse constitue une partie intégrante de l’oeuvre.

Les vidéo-clips d’Emel mettent souvent en avant une femme rebelle, une combattante issue d’une ancienne civilisation, une reine qui détient un pouvoir magique ...


Emel Mathlouthi, une vraie battante.

Des rappeuses d’un peu partout

Avec la rappeuse malienne émergente Ami Yerewolo, elle chante Nar (feu) sur un air électrique. Les paroles de Yerewolo ajoutent une note tranchante : « Je suis un soldat, Je suis une battante, Je suis une balle ». Dans Lose My Mind (je perds la tête), Emel collabore avec la rappeuse suédo-iraqienne Nayomi. Celle-ci se déchaîne sur les rythmes orageux de reggaeton.

Idha (si) est en coopération avec la rappeuse nigérienne Eva Alordiah, une création inspirée des Afrobeats avec un zeste mélancolique.

La longue section de la rappeuse persane Justina, dans la chanson intitulée : L’amour puise dans les rythmes du trap, Emel y chante : « Love will take me / Where I need to be » (l’amour va m’emmener là où j’ai besoin d’être). Dans cet album, chaque chanson constitue une surprise au niveau des rythmes, des paroles et des partenariats avec des interprètes femmes qui font parler d’elles.

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