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Faire revivre le patrimoine d’Ismaïliya

Doaa Elhami , Mercredi, 05 juin 2024

Trois jeunes architectes ont lancé une initiative pour documenter le patrimoine matériel et immatériel de la ville d’Ismaïliya.

Faire revivre le patrimoine d’Ismaïliya

La détérioration du patrimoine de la ville d’Ismaïliya a encouragé trois jeunes architectes de la faculté de polytechnique de l’Université du Canal de Suez à lancer l’initiative « Resmailia ». Leur but est de préserver le patrimoine de la ville. Bien que celle-ci comprenne des bâtiments de grande valeur historique et architecturale, seuls ceux appartenant à l’Autorité du Canal de Suez bénéficient de travaux de restauration et de conservation. Une grande partie des bâtiments de la ville sont en effet dans un état détérioré ou en voie de disparition. C’est ce qui a poussé Faïrouz Achraf, Radwa Soliman et Hind Al-Chaféï à lancer une initiative pour préserver le riche patrimoine de leur ville.

Ismaïliya a été créée pour répondre aux besoins des fonctionnaires de la Compagnie universelle du Canal de Suez, l’actuelle Autorité du Canal de Suez. Raison pour laquelle la ville occupe un endroit privilégié qui a été soigneusement sélectionné. Elle abrite des bâtiments qui se distinguent par leur architecture, un mélange des styles marocain et colonial français. Cet amalgame de styles était le résultat du fait que la ville abritait des citoyens venant de différents pays arabes comme le Maroc.

Le siège de la Compagnie du canal a été transformé en siège du Parti National démocrate (au pouvoir) dès 1978 jusqu’à la Révolution de Janvier 2011. Le bâtiment a été ensuite repris par son propriétaire d’origine, l’Autorité du Canal de Suez, qui l’a restauré et transformé en un musée racontant l’histoire du canal et dont l’inauguration est prévue prochainement. Les architectes considèrent ce bâtiment comme étant le joyau de l’architecture de la ville.

Du temps de la Compagnie universelle du Canal de Suez, Ismaïliya se composait de deux quartiers essentiels. Le premier, connu sous le nom de quartier des francs, se distingue par le style architectural colonial français. « Il s’agit d’un ensemble de villas qui se ressemblent et sont dressées dans des rues vastes plantées d’arbres. Ces villas appartiennent actuellement à l’Autorité du Canal de Suez et abrite ses fonctionnaires », souligne l’architecte Faïrouz Achraf. Elle explique que ce type de villas bénéficie de travaux de nettoyage, restauration et conservation entamés par l’Autorité du Canal de Suez, qui accorde également son intérêt aux édifices administratifs et ceux de services comme l’hôpital qui se trouve au centre historique d’Ismaïliya.

Le deuxième quartier est connu sous le nom de quartier arabe, ses édifices sont construits en bois et se caractérisent par leurs terrasses et leurs balcons brodés. « Malheureusement, ces bâtiments, appartenant aux Egyptiens, ont disparu en grande partie en raison de la négligence. Il n’en reste qu’une minorité, qu’on tente de préserver », souligne amèrement l’architecte. Le rythme de démolition s’est accéléré ces dernières années. Mais il avait des origines remontant au début du XXe siècle. C’est le cas du palais du khédive Ismaïl qui a été édifié pour accueillir ses convives d’empereurs, d’impératrices, de rois, de reines et de souverains du monde pour assister aux festivités de l’inauguration du Canal de Suez en 1869. Ce palais a été démoli en 1903. Quant au terrain du palais, il a été transformé en jardin public.

Par ailleurs, Ismaïliya se distingue également par son patrimoine immatériel représenté par les chansons et les instruments de musique comme Al-Sémsémiya, les métiers locaux comme la pêche et la fabrication des filets de pêche. Et ce, sans oublier les contes populaires tombés dans l’oubli et ignorés par les nouvelles générations.

Un pont entre le passé et le présent

Vu l’importance et la variété de ce trésor patrimonial, matériel et immatériel, les trois jeunes architectes ont ressenti la nécessité de lancer l’initiative « Resmailia ». « On cherche à documenter le patrimoine matériel et immatériel qui compose l’identité de la ville pour qu’il soit accessible à tous les citoyens », souligne Faïrouz Achraf, l’une des fondatrices de l’initiative.

Les jeunes initiateurs ont exploité la technologie moderne pour enrichir leurs travaux de documentation. « Nous utilisons des technologies sophistiquées comme la réalité virtuelle et augmentée pour conserver des bâtiments historiques. Nous nous sommes basées, par exemple, sur les documents anciens renfermant les façades du palais du khédive Ismaïl et nous l’avons reconstruit virtuellement. Par le biais de lunettes VR, la reconstruction virtuelle du palais sera disponible au cours de nos événements qui seront prochainement organisés », explique Hind Al-Chaféï, une autre fondatrice de l’initiative, ajoutant qu’elles travaillent actuellement sur la reconstruction d’autres édifices déjà disparus. « Ces reconstructions seront disponibles sur la page web de Resmailia et à travers une application sur les portables, afin d’installer des voies interactives entre les membres de l’initiative et les citoyens. L’utilisateur de l’application trouvera l’édifice sur l’écran de son portable et pourra se rappeler les anecdotes, contes, souvenirs et chansons en lien avec ce bâtiment. Ainsi sera établie une interaction entre les citoyens et les membres de l’initiative », explique l’architecte Al-Chaféï. Une telle interaction contribuera à la renaissance de ce patrimoine précieux dans le but de le diffuser parmi le grand public, notamment les nouvelles générations. « Ainsi cette initiative jette un pont entre le passé et le présent », souligne Radwa Soliman.

L’initiative ne s’arrête pas là, puisque les membres de l’initiative comptent organiser des tournées dans la ville pour faire connaître aux participants l’historique des bâtiments. « Nous sommes en train de développer une application en utilisant la technologie de la réalité augmentée pour l’exploiter pendant la prochaine tournée qui aura lieu au début du mois de juin », assure les fondatrices de l’initiative.

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