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Face aux inondations en série, l'heure du départ pour des familles brésiliennes

AFP , Mardi, 28 mai 2024

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Des hommes regardent une rue inondée dans le quartier de Sarandi, l’un des plus durement touchés par les fortes pluies à Porto Alegre, dans l’État de Rio Grande do Sul, au Brésil. Photo : AFP

"On ne peut plus vivre comme ça", soupire Fabiana Alves pendant que son conjoint charge la voiture avec les rares objets sauvés de la boue qui a envahi leur maison.

Ils s'apprêtent à quitter Roca Sales, une des localités les plus touchées par les inondations historiques qui ont dévasté l'Etat du Rio Grande do Sul, dans le sud du Brésil, faisant près de 170 morts et plusieurs dizaines de disparus.

"Je suis terrorisée. Dès que je vois un nuage, je crains une nouvelle inondation", confie à l'AFP Mme Alves, 50 ans.

C'est la troisième fois en huit mois que cette bourgade de 12.000 habitants est inondée.

Mais cette fois, la crue de la rivière Taquari a déferlé avec une telle violence qu'elle a tout emporté sur son passage dans le centre-ville.

De nombreux bâtiments sont en ruines et la plupart des commerces sont désertés, y compris les supermarchés.

"C'est la troisième fois qu'on reconstruit, mais on est à court de moyens. Le centre est inhabitable", dit le maire de Roca Sales, Amilton Fontana.

Localisée au bord de la rivière Taquari, Roca Sales était habituée à subir de fortes inondations. Mais ces épisodes se sont tellement répétés ces derniers mois que la situation est devenue intenable.

Selon les experts, les événements climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquents et intenses en raison du réchauffement climatique.

Nouveau centre-ville

"Nous sommes un peuple courageux, mais ces dernières inondations nous ont mis à bout, physiquement et mentalement", reconnaît l'édile.

Il envisage de prendre un décision radicale: déplacer le centre-ville trois kilomètres plus loin, pour que les habitants puissent "commencer une nouvelle vie en lieu sûr".

Mais ce n'est pas suffisant pour Fabiana Alves.

Elle a quitté son emploi, dans une entreprise du secteur de la viande, et va s'installer avec sa fille de 10 ans et son conjoint dans la région de Porto Alegre, la capitale du Rio Grande do Sul située à environ 130 km au sud-est de Roca Sales.

La région métropolitaine a été durement touchée par les inondations, mais certaines zones ont été épargnées.

Mme Alves ne pourra emporter pratiquement rien avec elle. Des meubles complètement détruits s'amoncellent en dehors de la maison qu'elle louait avec sa famille.

Seul le canapé est vaguement reconnaissable, sous une épaisse couche de boue.

"J'ai aussi perdu des souvenirs, des photos de mes grands-parents, des vêtements de ma fille que je conservais", déplore-t-elle.

Tout le monde souffre

Dans la rue principale de Roca Sales, quelques habitants se dirigent tristement vers un lieu de distribution de nourriture gratuite.

"Notre réalité, c'est que tout le monde souffre", résume Gelson Moraes, 48 ans, au moment de recevoir d'un bénévole des paniers-repas avec des pâtes.

Originaire de l'Etat voisin du Parana, il s'est installé avec son épouse à Roca Sales l'an dernier, attiré par la qualité de vie de cette ville où le revenu annuel per capita, d'environ 50.000 réais (près de 9.000 euros), est de 16% supérieur à la moyenne brésilienne (chiffres de 2021).

A peine arrivé, en septembre, ce serveur a perdu lors d'une première inondation presque tout ce qu'il avait apporté avec lui.

Il en a subi une autre en novembre, et lors de la dernière, la plus dévastatrice de toutes, début mai, la boue qui a envahi son appartement est montée à jusqu'à un mètre de haut.

C'en est trop pour Gelson Moraes: "On retourne au Parana".

Alerte de l'ONU

Jania Delay Silva, 60 ans, et son mari Joao Carlos Vargas, 61 ans, ne peuvent pas se permettre de partir, faute de moyens.

"Nous devons rester ici, nous ne pouvons pas survivre autrement", confie-t-elle en séchant ses larmes.

La maison où vivaient ces retraités a été détruite par les inondations de novembre. Ils ont commencé à en construire une autre sur un terrain plus sûr, car plus élevé, près des champs qu'ils cultivent, mais ils n'ont pas eu le temps de la terminer avant les pluies diluviennes de mai.

Ils vivent à présent dans une maison prêtée par des proches, "sans porte, ni électricité".

Vendredi, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a jugé "très préoccupante" la situation dans le Rio Grande do Sul. Il a appelé à aider la population à se remettre des catastrophes climatiques, tout en se préparant à en subir de nouvelles.

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