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Cannes : Du cinéma mais pas seulement

Yasser Moheb , Mardi, 14 mai 2024

23 films sont en lice pour la Palme d’Or de cette 77e édition du Festival de Cannes qui se tient jusqu’au 25 mai. La sélection officielle tente de se positionner loin du politique, avec un penchant pour les nouvelles technologies et leur impact sur le septième art. Coup de projecteur.

Cannes : Du cinéma mais pas seulement

La 77e édition du Festival de Cannes a été lancée hier dans une situation politique assez sensible. 52 films au total, dont 23 en compétition officielle et 15 projetés dans la section Un Certain Regard. « La sélection est le fruit de la projection de 2 000 films au total que nous avons tous vus », a révélé Thierry Frémaux, délégué général du festival. Et d’ajouter : « Cela n’a pas été particulièrement facile à faire, le cinéma américain ayant été frappé par une longue grève, ce qui a impacté à son tour le Festival de Cannes. Toutefois, le cinéma américain sera tout à fait présent ».

Justement, trois métrages sont en lice pour la Palme d’Or : Anora de Sean Baker, une comédie sociale mettant en scène une histoire d’amour, Oh Canada ! de Paul Schrader sur la confession d’un documentariste canadien, campé par Richard Gere, sur ce qu’a été sa vie et Mégalopolis, nouvelle fiction de Francis Ford Coppola. Et ce, en plus d’une Palme d’Or d’honneur remise à Meryl Streep.

L’ouverture de cette 77e édition a porté la signature de Quentin Dupieux, avec Le Deuxième acte. Projetée hors compétition, cette comédie loufoque est campée par Léa Seydoux, Vincent Lindon et Louis Garrel, ainsi que la nouvelle star du cinéma français Raphaël Quenard, récompensé par le prix de la révélation masculine lors de la dernière cérémonie des César pour Chien de la casse.

Dans ce film, sorti en salle le jour même, les quatre personnages se retrouvent dans un restaurant au milieu de nulle part et à partir de là, tous les coups sont permis. Une comédie noire et un huis clos surréaliste d’une heure et quart sur un trio malgré lui amoureux, dans laquelle on retrouve tout le pouvoir de l’absurde dont le réalisateur maîtrise le savant secret.

Les habitués de la Croisette

Parmi les habitués du festival : le Chinois Jia Zhang-Ke qui présentera Caught by the Tides (capturé par les marées). « Le film dit quelque chose de la Chine, quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de voir », commente Thierry Frémaux. On y suit, durant plus de 20 ans, de 2001 à 2023, la vie d’une femme solitaire et silencieuse, Zhao Tao, actrice fétiche du cinéaste, qui vit une histoire d’amour passionnée, mais fragile. Le film aborde deux décennies de l’histoire du vaste pays en pleine mutation.

Le Grec Yorgos Lanthimos présente en compétition et en avant-première mondiale Kinds of Kindness, après avoir remporté le Lion d’Or à Venise et quatre Oscars pour son film précédent Pauvres créatures. Son nouveau métrage est une fable suivant un homme sans choix qui tente de prendre le contrôle de sa vie.


Annonce de la sélection du festival, le 11 avril dernier.

Le cinéaste canadien David Cronenberg revient à Cannes pour la septième fois. Il concourt pour la Palme d’Or avec The Shrouds (les linceuls), un thriller mettant en scène un homme d’affaires innovant et veuf affligé, ayant construit un dispositif permettant de communiquer avec les morts à l’intérieur d’un linceul funéraire. Avec le duo d’enfer Vincent Cassel et Diane Kruger.

Après avoir obtenu le prix du jury en 2016 pour American Honey, la réalisatrice britannique Andrea Arnold brigue, encore une fois, la Palme d’Or avec Bird qui suit le destin d’une jeune fille dans une banlieue anglaise.

Le cinéma italien est représenté par le métrage de Paolo Sorrentino, cet autre grand habitué du festival, sélectionné pour la septième fois en compétition officielle avec Parthenope, un drame fantastique portant sur la vie d’une jeune fille, de sa naissance dans les années 1950 à nos jours. Un film porté par une pléiade d’acteurs, dont Luisa Ranieri, Gary Oldman et Stefania Sandrelli.

De son côté, Ali Abassi, cinéaste danois d’origine iranienne, est pour la deuxième fois en compétition, après Mashad en 2022, avec The Apprentice, un film à la fois dramatique et biographique, évoquant les jeunes années de l’entrepreneur immobilier Donald Trump, incarné par Sebastian Stan, et sa relation avec l’homme politique Roy Cohn !

Digne de noter également qu’après une longue absence, le cinéma indien revient sur la Croisette avec All We Imagine as Light (tout ce que nous imaginons comme lumière) de la réalisatrice indienne Payal Kapadia. Ce sera le premier film indien à figurer en compétition officielle depuis 30 ans. L’opus met en scène deux infirmières, toutes deux troublées par leur relation, qui se lancent de Mumbai dans un road trip vers une ville balnéaire.

L’Arabie saoudite dans Un certain Regard

Dans les autres catégories de la sélection officielle, des noms importants du cinéma sont avertis. Entre autres : Kevin Costner avec son film façon Western : Horizon, An American Saga donné hors compétition. Un projet en quatre épisodes sur la conquête de l’Ouest américain, alors que dans la même catégorie, Georges Miller présente Furiosa, nouveau volet de la saga Mad Max.


Norah, de Tawfik Alzaidi.

Enfin, une première pour le cinéma saoudien, qui se retrouve dans la sélection officielle avec Norah de Tawfik Alzaidi, sélectionné dans la section Un Certain Regard. « Il marque la première entrée de l’Arabie saoudite dans la sélection officielle », a déclaré le délégué général du festival, ajoutant que « c’est un film de désert, de sable et de paysages, mais aussi l’histoire d’un enseignant et d’une jeune fille Norah ».

L’action a lieu dans un village isolé du Royaume dans les années 1990 où Norah, jeune fille analphabète et orpheline, aspire à sortir de son monde après avoir découvert que Nader est plus qu’un nouveau professeur dans le village. Le film explore le rapport à l’art en tant que moyen de communication entre les gens.

En dépit de ses 77 ans, le Festival de Cannes reste à l’écoute des nouvelles technologies. Cette année, et pour la première fois, 8 projets sont présentés dans la nouvelle Compétition Immersive. Ces oeuvres collectives de réalité virtuelle, de réalité mixte, de video mapping ou holographique sont les expressions des nouvelles formes artistiques et permettent de questionner le concept de réalisation cinématographique.

Afin d’arbitrer tous ces films, le jury de la compétition officielle sera présidé par Greta Gerwig, actrice et réalisatrice de Barbie, l’un des plus gros blockbusters, sorti l’année dernière, elle sera la première cinéaste américaine à assurer cette mission. De son côté, le réalisateur québécois Xavier Dolan, signataire du fameux film Mommy, préside le jury de la section Un Certain Regard.

Sous les écrans, la dèche !

Malgré la déclaration du délégué général du festival que cette année, « le festival sera pacifique, pacifié, joyeux et généreux et qu’on ne parlera que de cinéma », la Croisette a bien retenu son souffle lors des quelques jours passés, puisque le Collectif des travailleurs du cinéma Sous les écrans, la dèche appelait à une grève « de tous les salariés du Festival de Cannes et des sections parallèles ». Cette grève pourrait perturber le plus grand événement du septième art mondial. Parmi les corps de métiers qui sont concernés, citons les projectionnistes, programmateurs, attachés de presse, chargés des billetteries ou de l’accueil des invités qui ont voté la grève ! L’objectif, selon un communiqué de presse du collectif, est de « dénoncer la précarité grandissante des personnes qui travaillent sur de courtes durées lors de festivals, et dénoncer les conséquences de la réforme de l’assurance chômage, notamment au niveau des règles d’indemnisation ». Le collectif demande à ce qu’il bénéficie du statut des intermittents du spectacle.

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