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Le blues « Made in Morocco »

Houda Belabd, Mardi, 24 décembre 2013

Redonner une nouvelle jeunesse à la musique blues. Telle est l’optique du groupe marocain The Blues Ramblers Band. Voici seulement une année qu’ils se déchaînent sur scène, ils sont, aujourd’hui, déterminés à être les pionniers du blues maghrébin.

Blues Ramblers Band
Les Blues Ramblers s’expriment dans la langue de Shakespeare.

Ces chanteurs de blues, qui réussissent à redonner une nouvelle jeunesse à ce style musical que l’on croyait désuet, existent toujours. Parmi eux, nommons le nouveau boys band marocain The Blues Ramblers. Une formation née en octobre 2012 et qui, pourtant, fait déjà entendre parler d’elle au-delà des frontières du pays du soleil cou­chant. Leur dernier concert, récem­ment présenté à la Villa des Arts de Casablanca, a confirmé que faire salle comble est un jeu d’enfants pour ces jeunes hommes pétris de talents.

Au commencement de cette aven­ture fut la rencontre de deux grands mordus du blues. A savoir celle de Casablanca Kid, un joueur d’harmo­nica résidant en Belgique — qui chante depuis son plus jeune âge — et Mississippi Joe, un féru de la guitare, connu depuis ses nom­breuses collaborations avec les Break for the Border. Une rencontre qui s’annonçait, de prime abord, banale, mais qui a vite pris de l’am­pleur et s’est transformée en une folle envie de constituer un blues band.

En un rien de temps, les deux hommes se sont activés. Sans y aller par quatre chemins, ils font appel au duo Omar Fig (basse) et Youssef Rami (batterie). Chemin faisant, les bluesmen, convertis au nombre de quatre, sont charmés par les talents d’un autre guitariste, à savoir Abdellah El-Khajlani, devenu célèbre grâce à son aventure avec le groupe marocain de Gnaoua-fusion Mayara Band. Cet amour contagieux pour le blues a permis aux nouveaux compagnons de défier le manque d’encadrement qui se pose au niveau des formations de blues au Maroc.

Un premier concert à Casablanca a donné naissance à un deuxième, puis à un nombre considérable de répéti­tions et de déplacements aux quatre coins du pays.

En quelques mois seulement, les Ramblers ont fidélisé un grand nombre de fans, avides de rythmes de blues du Mississippi, en passant par celui de Chicago, sans oublier cette bonne vieille touche de groove alternatif.

Contrairement aux idées reçues, la langue de Shakespeare a bel et bien ses adeptes au Maroc. Partant de cette certitude, ces bluesmen « Made in Morocco » s’expriment avec brio dans leur langue fétiche. Celle de leur blues idolâtré, après tout.

Sur scène, ils alternent reprises et créations personnelles. Etant donné qu’ils puisent leur inspiration dans le « black blues », ils se déchaînent tel un Brown Charles ou un Collin Albert réincarnés. Mais lorsqu’ils chantent la célèbre 40 Days and 40 Nights, ils sont capables de mettre leur public en transe. Indéniablement, ce groupe est pour le moins déter­miné à faire parler de lui dans les décennies à venir.

« Composer et chanter nos propres créations est un plaisir pur et simple. Nous savons pertinemment que ce registre musical a son public au Maroc. Cependant, nous sommes surpris de voir qu’ils sont également nombreux », témoigne Youssef Rami.

Kamil Sabri, lui, n’est autre que le remplaçant de Omar Fig qui a quitté la formation en avril 2013. Selon ses propos, « le blues est une musique folklorique qui a longuement été l’apanage des noirs, et plus précisé­ment des descendants d’esclaves. Immortaliser les malheurs et les bonheurs de cette classe sociale américaine est bien plus qu’un hom­mage. Il s’agit d’une vocation noble, un message d’amitié qui passe par la musique. Le messager de tous les temps ».

En effet, il fut un temps où seuls les blacks brillaient dans ce registre. Mais à partir des années 1960, le blues a réussi à percer dans le monde « blanc », notamment grâce à l’en­gouement des boys bands européens du siècle dernier. Nul besoin n’est de rappeler que même les Rolling Stones se plaisaient à mâtiner leurs chansons rock’n’roll d’une once de blues. Seulement voilà, peu de gens pouvaient s’attendre à ce que le bon blues puisse atterrir un jour au Maroc. Et pourtant, les Blues Ramblers Band en sont la preuve formelle.

Inverser la tendance …

Alors que le blues contemporain se fraye un chemin certain auprès de la jeunesse anglophone du Maroc, les mélomanes de l’ère Obama sont résolus à lier ce registre musical à la communauté de couleur. Les forma­tions américaines « blanches » ont même l’air d’être moins « bluesy » qu’elles puissent le croire. C’est du moins ce que laissent comprendre les festivals américains de blues qui continuent de favoriser le blues black, celui des origines. Mais si d’autres semblent être convaincus que la musique n’a pas de frontières, ils continuent de séduire les fans du blues où qu’ils soient. C’est notam­ment le cas de le dire pour le Blues Ramblers Band .

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