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La Libye, un Etat sans pouvoir

Abir Taleb, Mardi, 24 décembre 2013

La Libye, un Etat sans pouvoir
(Photo:Reuters)

Cela fait plus de deux ans que la Libye lutte pour instaurer un Etat de droit et que les autorités de transition peinent à contrôler l’ensemble du territoire, aux mains des milices. Le ministre libyen du Pétrole, Abdelbari Al-Aroussi, a évoqué de nouveau samedi dernier un possible recours à la force pour lever le blocage des terminaux pétroliers dans l’est de la Libye, imposé depuis juillet par des gardes autonomistes. Des gardes des installations pétrolières dépendant du ministère de la Défense, en charge de la surveillance des installations pétrolières, bloquent en effet les terminaux pétroliers de l’est du pays. Ils réclament l’autonomie de leur région dans le cadre d’une fédération en Libye.

Le ministre libyen a aussi reconnu l’incapacité de son gouvernement à agir pour reprendre le contrôle des terminaux pétroliers. A l’est, à l’ouest et au sud, les puits de pétrole, véritables épicentres des désordres de la nouvelle Libye, sont pris en otage, faisant chuter la production nationale à un niveau historiquement bas, et avec elle, les recettes de l’Etat.

Ce n’est pas tout. Le gouvernement libyen est tout aussi impuissant face à l’extension des violences. Dimanche dernier, l’explosion d’une voiture piégée devant une base militaire près de Benghazi, dans l’est de la Libye, a fait au moins six morts et une quinzaine de blessés. Deux jours auparavant, le chef des services de renseignements militaires de Benghazi a été tué. La ville de Benghazi est secouée depuis plusieurs mois par des attentats quasi quotidiens. Ces derniers mois, les assassinats visant des militaires, des policiers, des juges, des notables et responsables de médias à Benghazi et à Derna ont fait plus de 300 morts, mais les autorités n’ont pas réussi à arrêter leurs auteurs.

Entre fédéralistes et islamistes

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi fin 2011, le pouvoir libyen peine à imposer son autorité aux nombreuses milices combattantes issues de la révolution et aux groupes islamistes présents en Libye. Le tribalisme l’emporte sur le patriotisme, les milices sur l’Etat. Misrata contre Tripoli. Les fédéralistes de la Cyrénaïque contre Tripoli. Les Berbères du djebel Nefoussa contre Tripoli. Les Touareg du Sud contre Tripoli. Face à la multiplication des revendications régionales qui s’accompagnent le plus souvent de heurts violents, le pouvoir central libyen paraît débordé. Sur le terrain, ce sont les milices qui font la loi. Hier unis contre le régime du colonel Kadhafi, les ex-rebelles se font la guerre.

Les fédéralistes de l’Est ont été les premiers à faire entendre leur différence. Battus lors des premières élections libres de Libye en juillet 2012, ils ont ressurgi avec force ces derniers mois, profitant de la fragilisation grandissante du gouvernement, dont le premier ministre, Ali Zeidan, a été enlevé le 7 octobre dernier quelques heures durant par une brigade de Tripoli. Ils ont annoncé le 5 novembre la formation d’un gouvernement autonome composé de 24 membres de la région, divisée elle-même en quatre « départements » : Ajdabiya, Tobrouk, Benghazi et les Montagnes vertes de Derna.

Par ailleurs, il y a les Berbères du djebel Nefoussa, la chaîne montagneuse située le long de la frontière avec la Tunisie, qui se sentent marginalisés et sont aujourd’hui de nouveau sur le pied de guerre. Peu entendus jusqu’ici malgré des manifestations à répétition, ils ont fini, eux aussi, par prendre le contrôle de terminaux gaziers pour faire pression sur Tripoli.

Dans ce contexte, la situation en Libye préoccupe l’ensemble des pays de la région. Car l’affaiblissement, voire l’absence de l’Etat, et le vide sécuritaire qui touche la Libye ont permis une prolifération des groupes djihadistes qui oeuvrent dans la région tout entière, de quoi inquiéter la Libye, ses voisins et la communauté internationale.

Ainsi, selon des informations diffusées par le journal allemand Die Welt du 14 décembre dernier, les islamistes d’Ansar Al-Charia, actifs en particulier en Tunisie et en Libye, ont organisé une réunion secrète de trois jours avec plusieurs organisations djihadistes en septembre en Libye. Il s’agirait d’organisations libyennes, marocaines, égyptiennes et tunisiennes et de représentants d’Al-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi). La conférence, qui aurait duré trois jours, se serait tenue à Benghazi (est), l’une des places fortes de l’organisation.

Si rien ne confirme que ces informations soient certaines, on sait au moins que l’année 2013 aura été marquée par une intensification des activités djihadistes en Afrique et au Moyen-Orient et que le chaos qui règne en Libye y a contribué.

Face à ce tableau peu reluisant, deux ans après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, certains analystes vont jusqu’à affirmer qu’en Libye, il n’y a plus d’Etat, et brandissent la menace d’une somalisation, voire d’une balkanisation .

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