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Syrie: une lueur d'espoir pour les Syriens

Maha Salem, Mardi, 24 décembre 2013

L'année 2013 s'achève sur un tableau peu reluisant dans la région. Les pays du Printemps arabe pataugent dans l'ère post-révolutionnaire. La Tunisie va de crise en crise, la Libye est menacée d'éclatement, alors que l'avenir de la Syrie reste incertain. L'Iraq, de son côté, replonge dans les luttes confessionnelles, et la Palestine, l'oubliée du Printemps arabe, s'immobilise dans un statu quo dangereux.

Une lueur d

La conférence Genève-2 va finalement se tenir le 22 janvier, réunissant pour la pre­mière fois à la même table des représentants du régime et de certaines factions de l’opposition. La composition des délégations de ces deux camps syriens est un casse-tête pour les parrains de la conférence. Ainsi, l’émissaire spécial de l’Onu et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, a mené de nouvelles négociations avec ses interlo­cuteurs russes et américains, pour préparer la conférence sur la paix en Syrie, prévue à Montreux (Suisse). Outre ce casse-tête, de hauts diplomates russes, américains et de l’Onu doi­vent régler la question de la participation contro­versée de deux alliés des belligérants, l’Iran, principal soutien économique et militaire de la Syrie, et l’Arabie saoudite très engagée dans l’aide à certaines factions de l’opposition. Le principe de cette participation paraît désormais acquis en ce qui concerne l’Iran par la conclu­sion d’un accord intérimaire sur son programme nucléaire. « L’Iran utilise toujours la crise syrienne pour faire pression sur la communauté internationale dans les négociations sur le dos­sier nucléaire », explique Ayman Abdel-Wahab, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

Selon les analystes, l’Occident a changé sa perspective envers la crise syrienne. L’amélioration dans les relations américaines iraniennes va servir le régime de Bachar Al-Assad. Hassan Abou-Taleb, politologue et spécialiste du dossier syrien, affirme que la com­munauté internationale est persuadée que la persistance du régime d’Assad au pouvoir est la meilleure solution pour régler la crise syrienne. Actuellement, la communauté internationale n’a aucune confiance dans l’opposition qui n’arrive ni à s’unifier ni à s’organiser. « Au lieu de s’uni­fier, le Conseil national syrien est devenu plus divisé que jamais. Ces membres peinent pour trouver une perspective commune. A son tour, l’armée syrienne libre est affaiblie. Et, ses diri­geants n’arrivent plus à protéger les zones qu’elle contrôle surtout avec l’apparition de groupes armés liés à Al-Qaëda », explique Abou-Taleb, en affirmant que parfois l’armée libre s’allie avec l’armée syrienne d’Assad pour affronter ces groupes armés. « Consciente de son impuissance et son incapacité devant la montée des groupes liés à Al-Qaëda, la communauté internationale a décidé de suspendre ses aides et son soutien à l’armée syrienne libre », affirme Abdel-Wahab. Genève-2 est chargée de lancer la mise en oeuvre du plan adopté à Genève en juin 2012 par les grandes puissances pour un proces­sus de règlement politique d’un conflit qui a fait plus de 120 000 morts depuis mars 2011. Il s’agit de mettre en place un gouvernement de transi­tion pour préparer une élection présidentielle, mais la résolution de l’époque était restée lettre morte sur le devenir du président Bachar Al-Assad, ce qui en fait aujourd’hui l’un des principaux points de controverse. « Assad a payé les frais pour ne pas quitter le pouvoir : il était obligé à se débarrasser de ses armes chimiques. Et depuis plus de deux ans, son armée est impliquée dans des conflits et des combats continuels. Alors, son armée est épuisée », affirme Abou-Taleb.

Réalisant sa faiblesse, une délégation de la Coalition Nationale Syrienne (CNS) est à Genève. Elle essaie d’arracher des garanties et des privilèges. Ces dernières semaines, Damas n’a cessé de répéter qu’il ne fallait pas attendre à Genève une remise des clés du pouvoir à l’oppo­sition, au point d’irriter la Russie, son plus puis­sant soutien politique. La Russie a accusé le président syrien Bachar Al-Assad de faire monter la tension par des déclarations sur son éventuelle participation à l’élection présidentielle de 2014. « De tels propos ne font que faire monter la ten­sion et ne calment guère la situation », a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov. Une idée rejetée non seule­ment par l’opposition mais aussi par la commu­nauté internationale. En effet, l’opposition refuse de négocier directement avec la délégation offi­cielle. Mais une solution a été trouvée. « Le mécanisme établi par l’Onu est que les deux délégations s’adresseront à Lakhdar Brahimi et c’est lui qui mènera les discussions », a précisé Bogdanov. Les Etats-Unis et la Russie auront le statut d’initiateurs. « Ils siègeront dans deux pièces près de la salle de discussions. Leur rôle consistera à donner un conseil ou à tenter de régler un problème si une délégation veut leur faire part de difficultés », a-t-il détaillé. Après la réunion ministérielle du 22 janvier à Montreux, présidée par le secrétaire général de l’Onu, où une trentaine de pays doivent être présents, la conférence se poursuivra à Genève à partir du 24 janvier entre les deux délégations syriennes sous l’autorité de Brahimi. Aucune indication n’a été donnée sur la durée des travaux, ce sera aux représentants syriens de décider, a prévenu l’émissaire des Nations-Unies. En attendant, les grandes puissances continuent à s’opposer sur le conflit syrien. Les Etats-Unis ont renoncé cette semaine à obtenir une déclaration du Conseil de sécurité de l’Onu condamnant l’escalade des bombardements contre Alep (nord de la Syrie), devant l’opposition de la Russie, ont indiqué des diplomates. Le projet de déclaration américain exprimait l’indignation du Conseil devant l’of­fensive de l’armée de l’aviation syrienne, qui bombarde depuis cinq jours les quartiers rebelles d’Alep.

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