Lundi, 24 juin 2024
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Ibrahim Nasrallah : Dans le monde arabe, il y a un besoin urgent de création romanesque

Lamiaa Alsadaty , Mercredi, 01 mai 2024

3 questions à l’écrivain palestinien Ibrahim Nasrallah sur les problèmes propres à l’écriture romanesque dans le monde arabe

Ibrahim Nasrallah

Al-Ahram Hebdo : Pouvez-vous nous décrire les défis propres aux auteurs palestiniens ?

Ibrahim Nasrallah : L’un des défis les plus difficiles auxquels on est confronté est le fait d’écrire sur une patrie qui nous manque atrocement, sur un pays dont on est expulsés. Le travail principal de l’écrivain est donc de restaurer la mémoire de cette patrie et de restaurer ses villes et ses villages, en les reconstruisant à travers ses oeuvres. Nous témoignons aujourd’hui d’une destruction massive des villes palestiniennes, notamment la bande de Gaza et la Cisjordanie occupée. L’écrivain palestinien était autrefois exposé à la mort directe, sous la forme d’assassinat ciblé à l’étranger, à l’emprisonnement et à la marginalisation. Actuellement, son existence est menacée à l’intérieur même du pays : plus de 50 écrivains et artistes ont été tués par les forces de l’occupation à Gaza au cours des six derniers mois.

L’écrivain est par ailleurs confronté à une autre forme d’hostilité l’empêchant de faire paraître ses oeuvres, rien que parce qu’elles portent sur la Palestine ou qu’elles sont signées par un Palestinien. Les voix des Palestiniens sont étouffées, notamment ces derniers temps.

— En termes de production littéraire, qu’est-ce qui réunit les Arabes et les sépare ?

— La créativité arabe n’a jamais été un élément de séparation, mais plutôt de cohésion et d’intégration. Elle est actuellement à son plus haut niveau. Autrefois, le genre romanesque se limitait à certains pays, maintenant, il est répandu dans tous les pays arabes. On voit émerger tous les jours de nouveaux noms qui sont reçus avec beaucoup d’enthousiasme et sont lus avec beaucoup d’amour. Ils nous révèlent des endroits qu’on n’avait jamais vus ou connus de près. Je pense alors que ces écrits tiennent un rôle important quant à l’intégration des différentes régions et différents us et coutumes, dans l’imaginaire des peuples. Ils nous font apprendre beaucoup de choses sur la réalité du monde arabe. D’ailleurs, je conçois que l’écriture arabe est celle de la liberté, de la vraie voix des hommes. Parfois bloquée à un endroit donné, elle arrive, toutefois, à un autre. Mais nous pouvons dire que nous en savons beaucoup plus aujourd’hui sur tout ce qui se passe dans le monde arabe.

— Dans les pays arabes, est-on plus friand de romans que d’autres genres littéraires ?

— Sans doute oui, nous en avons besoin ! Je dirais même que c’est un besoin urgent à l’heure actuelle. C’est justement à travers le roman qu’on est plus apte à comprendre ce qui s’est passé, ce qui prend lieu maintenant et ce qui nous arrivera. Car le roman s’avère capable de lire le mieux aussi bien les faits de l’actualité que l’Histoire. Je ne dirais pas qu’il serait en mesure de prédire l’avenir, mais il peut évoquer les transformations en profondeur, sur tous les plans.

En ce qui concerne la poésie, nous avons, dans le monde arabe, un grand stock stratégique qui nous suffirait pour 100 ou 200 ans à venir.

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