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Décryptage - Le FMI publie son rapport sur les première et deuxième revues du programme de crédit pour l'Egypte

Farah Alazzouni , Samedi, 27 avril 2024

Ahraminfo vous présente une lecture des points-clés sur les développements, les risques et défis, ainsi que les conditions que l'Egypte a satisfaites selon le rapport publié par le Fonds monétaire International après les deux premières revues.

FMI
Le siège du FMI à Washington. Photo : FMI

Le Conseil d'administration du Fonds monétaire International (FMI) a publié, vendredi 26 avril, le rapport sur les première et deuxième revues de l'accord élargi au titre du programme du mécanisme élargi de crédit pour l'Egypte suite à l'augmentation du programme à 8 milliards.

L'accord avait été initialement signé en décembre 2022 pour une somme de 3 milliards de dollars sur 46 mois mais les deux revues, prévues en 2023, avaient été reporté pour plusieurs fois en raison du retard dans la mise en place de certaines réformes.

Le 30 mars, suite à la conclusion des deux premières revues, le FMI a annoncé le versement immédiat de 820 millions de dollars au gouvernement égyptien, correspondant aux deux premières tranches du programme d'aide de trois milliards de dollars accordé fin 2022.

La conclusion de la troisième revue du programme de financement est prévue pour le 15 juin 2024 ou ultérieurement et ensuite le reste des revues seront effectuées tout les six mois, comme l'a indiqué le rapport.

L'Egypte s'est engagée à fournir au FMI des données exactes et dans les délais requis pour les évaluations de suivi du programme, ainsi que toute information pertinente susceptible d'avoir un impact significatif sur les conditions économiques et les objectifs du programme.

Les objectifs atteints par l'Egypte

  • Selon le rapport, l’Egypte a atteint les objectifs fixés pour les deux premières revues, situées initialement à fin juin 2023, concernant le solde primaire, la non-accumulation d’arriérés extérieurs, la levée des restrictions du taux de change et les restrictions à l’importation. Le programme permet à la Banque Centrale d'Egypte (BCE) d’intervenir sur le marché de change sous certaines conditions et il faut que le Fond soit notifié de la situation.
  • Le Fonds a ajouté que la BCE avait finalisé la plupart de ses dettes dues accumulées en devises étrangères, estimées entre 7 et 8 milliards de dollars. Pourtant, les dettes sur l’Autorité pétrolière égyptienne s’élevaient à 4,5 milliards de dollars.
  • L’objectif de consolidation des réserves internationales à fait défaut et cela s’explique, selon le rapport, par la baisse des prix du pétrole, la baisse du montant d’envois des fonds et le détournement d’une partie de la production nationale de gaz naturel des exportations vers le marché intérieur consommation. Le rapport a précisé que le financement nécessaire pour atteindre les objectifs révisés de réserves internationales pour l’exercice 2023/24 s’élève à 6,2 milliards de dollars après prise en compte des 1,6 milliard de dollars du FMI. Le Fond a dit que des assurances ont également été reçues selon lesquelles 19 milliards de dollars de dépôts des pays arabes auprès de la BCE demeureront jusqu'à l'expiration du programme en septembre 2026 et ne seront pas utilisés pour l'achat d'actions ou de dettes.
  • L'Egypte a satisfait 7 des 15 conditions requises pour mener à bien les deux examens :
  1.  Suppression des lettres de crédit bancaires
  2.  Publication de la politique de propriété de l'Etat pour les partenariats avec le secteur privé
  3.  Modification de certaines dispositions de la loi sur la protection de la concurrence régissant les opérations de fusion-acquisition
  4.  Augmentation du nombre de familles admissibles à l'aide sociale
  5. Définir les mesures de politique fiscale pour le budget de l'exercice 2023-2024
  6. Appliquer strictement les limites nettes des positions ouvertes en devises étrangères aux banques commerciales, sans accorder d'exemptions.
  7. Eviter de proposer des programmes de prêts subventionnés par la BCE.

Les développements économiques

  • L’inflation reste élevée, mais devrait s’atténuer à moyen terme à mesure que le resserrement de la politique monétaire s’installe. Selon les projections du Fond, elle devrait baisser à 32,1% en juin 2024 et ensuite 15,3% en juin 2025.
  • La BCE avait remonté, le 6 mars, ses taux de six points de pourcentage pour les porter à 27,75 % afin de lutter contre l'inflation.
  • Le déficit global du secteur budgétaire a été réduit à 5,9 % du PIB au cours de l'exercice 2022-23, contre 6,2 % du PIB au cours de l'exercice 2021-22. Les performances au cours des six premiers mois de l'exercice 2023-24 sont conformes à l'atteinte d'un excédent primaire de 2,5 % du PIB pour l’ensemble de l’exercice budgétaire.
  • Les autorités ont vendu des participations dans cinq sociétés jusqu'en janvier 2024, ce qui a rapporté 1,5 milliard de dollars de dépôts à la BCE jusqu'à présent au cours de cet exercice. Toutefois, les flux globaux de cessions d'actifs, à l'exclusion de l'affaire de Ras Al-Hikma, sont inférieurs aux prévisions initiales à ce jour.
  • Le FMI a annoncé que l'Egypte recevra 14 milliards de dollars du financement du projet Ras Al-Hikma avant le 30 avril et le développement de la zone débutera en 2025 outre les 10 milliards de dollars déjà reçu en février. Le ministère égyptien des Finances recevra l'équivalent de 12 milliards de dollars, en monnaie locale, provenant du projet Ras Al-Hikma, pour réduire la dette publique et la BCE recevra 15 milliards de dollars pour consolider ses réserves. Six autre milliards de dollars seront vendus au secteur bancaire afin de faciliter le règlement des arriérés de devises étrangères.
  • Le FMI a indiqué que l'Egypte est sur le point d’achever des accords de Mont Al-Zayt, à Hurghada, avec un montant de 339 millions de dollars, et d’Al-Zaafarana avec un montant de 300 millions de dollars.
  • Les programmes de vente d'actif de l'Etat (IPO) ont engendré un revenu net de 2,4 milliards de dollars, en plus de 2,2 milliards de dollars provenant de devises étrangères au cours de l'exercice 2023-2024, à la date du rapport.
  • Le FMI a prévu que le gouvernement attirerait des flux de trésorerie d'environ 3,3 milliards de dollars provenant de transactions extérieures.
  • Pour l'exercice financier 2024-2025, l'Egypte prévoit de vendre au moins quatre actifs dans les secteurs de l'énergie et de la production, générant ainsi 3,6 milliards de dollars sous forme de flux de capitaux étrangers.
  • Le gouvernement égyptien est engagé à supprimer progressivement les subventions aux prix de l'énergie qui ne sont plus supportables pour le budget national.
  • D’autres transactions sont en cours de se conclure dans la période restante de cet exercice, ce qui entraînera au moins 600 millions de dollars supplémentaires.

Les risques et les défis

  • Le FMI a indiqué que le déficit de financement de l'Egypte, après le programme de financement du Fonds et de l'accord Ras Al-Hikma, s'élève à environ 28,5 milliards de dollars: Lors de la conclusion de l'accord en 2022 le déficit était de 17 milliards de dollars.
  • La croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) a ralenti pour s’établir à 3,8 % au cours de l’exercice 2022-2023, en raison de la faible confiance et des pénuries de devises, qui ont limité l’investissement global. Le Fond prévoit également qu’il ralentira encore pour atteindre 3 % au cours de l’exercice 2023-2024 avant de se redresser pour atteindre environ 4,5 % au cours de l’exercice 2024-2025.
  • Les revenus du Canal de Suez, une importante source de devises pour l’Egypte, ont chuté de près de 50 % en janvier 2024 (une perte d’environ 375 millions de dollars par rapport à janvier 2023).
  • Le Fonds a prévu également que le déficit du compte courant égyptien atteindrait 7,8 milliards de dollars au cours du prochain exercice, puis 9 milliards de dollars en 2025-2026. Il s’élèvera à 10,7 milliards de dollars d’ici 2026-2027, puis à 12,6 milliards de dollars d’ici 2027-2028 et 14,1 milliards de dollars au cours des années suivantes.
  • Le Fond cite que les plus grands risques résideraient dans l’incapacité à maintenir un taux de change flexible, une politique monétaire trop souple pour réduire l’inflation, ou l’incapacité à intégrer de manière transparente et complète le programme d’investissement hors budget dans les décisions de politique macroéconomique globale. Il ajoute d'autres facteurs aussi comme l'incapacité à mettre en œuvre la stratégie de désinvestissement, à constituer des réserves financières grâce à l'affaire de Ras Al-Hikma, à régler les retards de paiement aux compagnies pétrolières internationales et à ne pas montrer une volonté sérieuse de réduire le rôle de l'Etat dans l'économie.
  • Les retards dans l'augmentation des recettes fiscales et de l'application d'une formule de tarification du carburant pourront aussi affecter le programe de réforme. 
  • Le Fonds conseille de gérer prudemment les entrées massives de capitaux pour contenir les pressions inflationnistes et limiter les futures vulnérabilités extérieures.
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