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Dans la détresse et dans les ruines, l'Aïd "le plus triste" de Gaza

AFP , Mercredi, 10 avril 2024

​Dans une tente près des décombres d'une mosquée de Rafah, des fidèles palestiniens prient pour l'Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du ramadan, synonyme cette année de "tristesse" et de "peur" dans la bande de Gaza ravagée par la guerre.

Gaza
Les Palestiniens se rassemblent pour les prières de l’Aïd al-Fitr, dans l’enceinte de la mosquée Al Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem. Photo : AP

"L'année dernière, la mosquée Al Farouq était encore là, mais cette année, elle a été prise pour cible deux ou trois semaines avant le début du ramadan": Ahmed Abu Chaer se recueille sous la grande tente blanche servant de lieu de prière, trop exiguë pour les dizaines de Gazaouis rassemblés dans ce quartier de Rafah, dans le sud du territoire palestinien.

De Jérusalem, où des milliers de personnes ont bravé le froid et la pluie, à la bande de Gaza, où les enfants ont guetté la distribution des friandises traditionnelles, l'Aïd el-Fitr ne ressemble cette année à aucun autre.

Ni répit, ni parenthèse dans les combats entre l'armée israélienne et le Hamas, qui durent depuis plus de six mois : 14 personnes, dont des enfants en bas âge, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi lors d'une frappe sur une maison du camp de Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza, selon le ministère de la Santé palestinien. 

Un photographe de l'AFP a vu les corps des victimes de la frappe transférés par leurs familles à l'hôpital des Martyrs d'Al-Aqsa à Deir el-Balah.

- "Assez de guerre" 

"Je jure devant Dieu que nous n'avons jamais vécu un Aïd comme celui-ci, plein de tristesse, de peur, de destruction et de dévastation" à cause de la guerre, confie à l'AFP Ahmed Qishta, 33 ans, un père de quatre enfants.

"Nous essayons d'être heureux, mais c'est difficile, difficile, difficile", ajoute cet habitant de la ville de Gaza, déplacé dans la ville de Rafah, refuge précaire de centaines de milliers de Palestiniens cherchant à s'abriter des combats.

Pour Abir Sakik, qui loge dans une tente à Rafah avec sa famille, l'Aïd signifie habituellement "une atmosphère douce, les jouets des enfants, les gâteaux, les boissons et les chocolats dans chaque maison".

Mais "c'est un Aïd de tristesse et de fatigue. Ils ont détruit Gaza", soupire cette femme de 40 ans. "Assez, assez de guerre et de destruction", sanglote-elle, affirmant que les habitants de Gaza souhaitent désespérément une trêve.

A la place des montagnes de pâtisseries confectionnées par les familles pour accompagner habituellement les célébrations, un habitant raconte avoir distribué à ses enfants les sucreries de rations des Nations unies.

C'est une journée sans la chaleur des réunions familiales. Faute de téléphone et d'internet, "nous ne pouvons même pas contacter nos proches", constate Mu'een Abu Ras, un Gazaoui de 44 ans.

- Pas de réjouissance 

A Jérusalem-Est, sous haute surveillance policière, des dizaines de milliers de fidèles ont afflué sur l'esplanade des Mosquées, où se situe la mosquée al-Aqsa. La guerre à Gaza est dans toutes les têtes.

"C'est l'Aïd le plus triste que nous ayons vécu. Dans la mosquée, on pouvait le voir sur les visages", témoigne Rawan Abd, une infirmière âgée de 32 ans.

"Tout le monde pense à ce qui se passe à Gaza", affirme Zaki, 37 ans, un habitant de Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville occupée et annexée par Israël. "Cette année, il n'y a pas de réjouissances, nous allons simplement rendre visite à nos proches à la maison. Nous nous sentirions coupables si nous faisions quelque chose de joyeux".

Le conflit fait rage depuis le 7 octobre. Les opérations militaires israéliennes lancées en représailles sur la bande de Gaza ont fait plus de 33.300 morts, en majorité des femmes et des mineurs, selon le ministère de la Santé palestinien.

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