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A Gaza, une situation pire que catastrophique, des gens décharnés, selon l’ONU

AFP , Mercredi, 03 avril 2024

De retour d'une mission d'une semaine dans la bande de Gaza, Dominic Allen, représentant du Fond des Nations unies pour la population (UNFPA), alerte sur le manque cruel de médicaments, les difficultés d'accès et de distribution d'aide. Entretien.

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Dominic Allen, représentant du Fond des Nations unies pour la population (UNFPA)

QUESTION : Quelle est votre impression générale après cette deuxième mission à Gaza ?

REPONSE : Je pense que la situation est pire que catastrophique. Ce que j'ai vu m'a vraiment brisé le coeur. Gaza est devenu un amas de poussière. Les gens que nous avons croisés étaient décharnés, ils nous indiquaient qu'ils cherchaient de quoi manger. Nous sommes très inquiets pour les femmes enceintes et allaitantes. Les médecins et les sages-femmes nous ont dit que leurs patientes accouchaient d'enfants plus petits, et que la malnutrition, la déshydratation et la peur entraînaient des complications.

Les salles d'accouchement sont débordées par le nombre de femmes qui accouchent : 70 accouchements (par voie basse, NDLR) et 10 à 12 césariennes ont lieu chaque jour à l'hôpital Emirati (sud) par exemple. Une sage-femme m'a décrit comment elle avait dû aider des femmes à accoucher à même le sol parce qu'il n'y avait plus de place.

Q : De nombreuses organisations internationales ont déploré les difficultés à faire entrer de l'aide à Gaza, qu'en est-il pour vous ?

R : Un certain nombre de fournisseurs de l'UNFPA se sont vu refuser l'entrée dans la bande de Gaza aux contrôles et points de passage. Il est essentiel de pouvoir acheminer les fournitures médicales là où les femmes et les jeunes filles en ont le plus besoin. L'accès au nord de la bande de Gaza est très difficile. Des personnes sont au bord de la famine en ce moment à Gaza. Cette situation est due à un énorme retard dans l'acheminement des denrées à cause de l'impossibilité d'accéder à Gaza, depuis de nombreux mois déjà, ce qui a aggravé les besoins.

Q : Comment avez-vous pu livrer vous-même quelques médicaments ?

R : Grâce à un véhicule blindé, nous avons pu apporter ce dont un hôpital avait le plus besoin : des anesthésiants, de l'ocytocine, des fournitures médicales dont le transport doit être réfrigéré.

Q : Qu'est-ce qui manque le plus dans les hôpitaux ?

R : Dans un hôpital, on nous a dit que quand un patient avait besoin d'être opéré, il devait venir avec son bidon de carburant pour pouvoir faire fonctionner les générateurs électriques nécessaires à alimenter le bloc opératoire. Un médecin m'a même dit que par manque de pinces pour les cordons ombilicaux, ils utilisaient parfois de la ficelle. En réalité, il y a des manques pour vraiment tout le matériel de base pour les accouchements et les suites de couches et les soins des nourrissons.

Q : Quelle est la situation en terme de livraison de protection hygiénique pour les femmes ?

R : Nous savons qu'il y a plusieurs milliers de femmes qui n'ont aucun ou quasiment aucun accès à des protections hygiéniques. On nous a relaté des cas de figure vraiment choquants avec des femmes qui finissent par se faire des protections avec des morceaux de leur tente. Donc l'une de nos priorités est de fournir des kits de dignité à grande échelle.

Q : Que craignez-vous pour les semaines à venir, notamment à Rafah ?

R : Le personnel médical dit que le nombre de complications lors des accouchements a presque doublé, ça veut dire qu'il y a plus d'interventions, et donc qu'il faut plus de fournitures médicales. Ils constatent aussi une augmentation des enfants mort-nés.

Par ailleurs, toutes les personnes à qui j'ai parlé à Rafah (sud) ont vraiment peur de ce qui va se passer en cas d'incursion terrestre. Le directeur médical de l'hôpital Emirati m'a dit que des soignants avaient déjà quitté les lieux pour d'autres parties du territoire.

En réalité, j'ai quitté Gaza terrifié à l'idée de ce qui pourrait s'y passer. Honnêtement, quand on voit de minuscules bébés, tout chétifs, se serrer les uns contre les autres dans une couveuse où ils sont regroupés parce qu'il n'y en a pas une pour chacun, la fragilité de la vie vous saute aux yeux.

 

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