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Israël-Arabie saoudite : Les plans américains de l’après-guerre

Ines Eissa , Mercredi, 03 avril 2024

Entravé par la guerre à Gaza, le rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite est à nouveau évoqué par les Etats-Unis. Il ferait partie d’un plan post-guerre plus global.

Israël-Arabie saoudite : Les plans américains de l’après-guerre

Une fin de la guerre à Gaza passerait-elle par un deal plus global ? C’est ce que laissent entendre les récentes déclarations américaines. Dans le but de calmer la situation à Gaza, les Etats-Unis jouent la carte de la normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël. Un rapprochement tant attendu à Tel-Aviv pour qui la reconnaissance de l’Etat hébreu par la monarchie gardienne des lieux saints de l’islam serait un prélude à la fin du refus du monde arabe et musulman de l’existence d’Israël depuis sa création en 1948.

Dans sa dernière tournée dans la région, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a évoqué un « progrès » dans les discussions sur la perspective d’une normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite, dès lors que la guerre dans la bande de Gaza aura été résolue. « Nous avons réalisé de bons progrès, surtout au cours de ce dernier mois (...). Il y a encore du travail à accomplir, mais je pense que les progrès sont bons, que c’est concret, et que nous nous approchons du moment où nous pourrons avoir des accords », a-t-il dit, tout en ajoutant ne pas pouvoir donner de calendrier. « Nous pouvons parvenir à un accord qui représentera une occasion historique pour les deux pays, mais aussi pour la région dans son ensemble », a-t-il ajouté.

Alors que l’énième tournée de Blinken dans la région était officiellement axée sur les efforts pour mettre fin à la guerre à Gaza, la question de la normalisation saoudo-israélienne était aussi en toile de fond des discussions. Et pourtant, cette question a été très peu médiatisée. « La reconnaissance de l’Etat hébreu par Riyad représente la plus grosse cagnotte pour Tel-Aviv. Et les Américains y oeuvrent discrètement. Ils utilisent cette carte pour arrêter la guerre à Gaza et entamer un processus qui mènerait à une solution du conflit israélo-palestinien basé sur les deux Etats et sur une normalisation. Dans ce contexte, il n’y avait pas lieu à médiatiser les échanges sur des idées, d’autant plus qu’elles n’ont pas été, à ce stade, finalisées », explique Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques. En effet, après la récente visite de Blinken en Arabie saoudite où il s’est entretenu avec le prince héritier Mohammed bin Salman, un haut responsable du département d’Etat, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a précisé qu’il restait encore une poignée de questions à résoudre dans la composante américano-saoudienne du plan. Cette partie du plan comprendrait des garanties américaines en matière de défense et une aide à la mise en place d’un programme nucléaire civil en Arabie saoudite. Ce responsable, qui accompagnait Blinken dans sa tournée, a indiqué que les discussions en Arabie saoudite ont porté sur la partie bilatérale d’un plan plus large dans lequel l’Arabie saoudite reconnaîtrait Israël en échange de progrès tangibles sur la création d’un Etat palestinien. « Cette visite avait un double objectif : le premier était de convaincre Riyad de mettre de la pression sur le Hamas pour accepter le cessez-le-feu selon les conditions d’Israël, et le deuxième étant de discuter de la relance des négociations entre les Saoudiens et les Israéliens concernant la normalisation », indique Soliman.

Des questions en suspens

En fait, les Etats-Unis mènent une intense activité diplomatique afin de rallier les pays arabes à la reconstruction de Gaza une fois le conflit terminé, ainsi qu’à la perspective de redessiner sa gouvernance actuellement entre les mains du Hamas. La volonté des Etats-Unis, et aussi d’Israël, est que les monarchies du Golfe investissent en Cisjordanie et à Gaza, ce qui profiterait économiquement aux Palestiniens et politiquement aux Israéliens. « Il est évident qu’il est question d’une importante contribution de l’Arabie saoudite à la reconstruction de Gaza, mais aussi du Qatar et du Koweït », affirme Soliman.

Ce mouvement suggèrerait en même temps l’établissement des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et Israël dans un accord qui assure des garanties de sécurité américaines en plus du soutien américain au programme saoudien de nucléaire pacifique. En échange, l’Etat hébreu obtiendrait la reconnaissance convoitée depuis des décennies de la monarchie saoudienne de son droit d’exister.

La conclusion d’un « accord de paix historique » avec l’Arabie saoudite, comme l’a auparavant décrit le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, serait en outre d’une grande importance pour son pays, compte tenu du poids politique et économique du Royaume, ainsi que de son importance symbolique dans le monde arabe et islamique. Et pour le président américain, Joe Biden, qui cherche à se présenter pour un second mandat présidentiel, l’accord serait une victoire diplomatique pour sa campagne électorale de 2024.

Cependant, tout rapprochement entre les deux pays dépend de l’acceptation d’Israël de l’établissement d’un Etat palestinien. Une condition que Riyad considère comme un préalable absolu, une perspective rejetée par Israël.

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