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Egypte: présidentielle d'abord ?

May Al-Maghrabi, Lundi, 09 décembre 2013

La feuille de route imposée par l'armée place la tenue des législatives avant la présidentielle. Mais certains souhaitent inverser l'ordre des élections pour garantir davantage de stabilité.

Presidentielle
Une affluence des Egyptiens au référendum et aux législatives en 2012 prévue d'être redoublée en 2014. (Photo: Reuters)

Election présidentielle d’abord ou élections législatives ? La question divise la classe politique. Initialement, la feuille de route fixée par l’armée après la destitution du président Morsi le 3 juillet dernier prévoyait la tenue d’élections législatives suivies d’un scrutin présidentiel. Mais le projet de Constitution dans sa version définitive adoptée par le comité des 50 s’est contenté d’indiquer que le « processus électoral doit avoir lieu dans un délai de six mois après la ratification de la Constitution », sans d’autres précisions sur le calendrier électoral.

Face à ce « flou » constitutionnel, le débat s’est installé autour du calendrier électoral, entre ceux qui réclament la tenue de l’élection présidentielle d’abord, et ceux qui veulent s’en tenir au calendrier initial fixé par la feuille de route. « Etant donné les turbulences politiques que le pays connaît en ce moment, il serait préférable de tenir l’élection présidentielle avant les législatives. Ce serait un message positif adressé à l’étranger, affirmant que la période transitoire est achevée et que l’Egypte est un pays stable politiquement et économiquement », déclare Aboul-Ezz Al-Hariri, ancien député du parti du Rassemblement.

Il estime que la présence d’un président élu à la tête du pays peut contribuer au retour de la stabilité et garantir une atmosphère favorable à la tenue des législatives. « Les résultats d’élection présidentielle se répercuteront sur la composition du nouveau Parlement dans le sens que, si un président issu de la révolution du 30 juin remporte la présidentielle, cela encouragera les électeurs à choisir un Parlement représentant la Révolution. Ce qui permettrait d’avoir une sorte d’harmonie entre le président et le Parlement », pense Al-Hariri.

Un avis partagé par Bassel Adel, cadre du parti libéral Al-Dostour, qui estime que la présence d’un président élu avant les élections législatives permettra d’atténuer la polarisation politique et de réduire les pressions et les critiques de l’Occident, qui considère toujours les événements du 30 juin comme coup d’Etat militaire.

« Il ne faut pas oublier que les Frères musulmans et leurs alliés chercheront à semer le trouble lors des législatives pour faire échouer la transition. Sans un président élu qui tient le pays, les tensions politiques et sectaires rendent la tenue des législatives très compliquée et risquée », affirme Bassel Adel. Même son de cloche pour Ahmad Fawzi, secrétaire général du parti de l’Egyptien démocrate, qui trouve que la présence d’un président élu avant les législatives pourrait relancer le dialogue national et favoriser un consensus politique.

Eviter les manipulations

Des arguments sans fondement, selon l’autre camp, favorable au respect du calendrier initial. Les salafistes s’opposent à tout changement du calendrier électoral redoutant notamment que le nouveau président use de ses pouvoirs pour manipuler les législatives. « Débuter par l’élection présidentielle remettra en doute l’honnêteté et la crédibilité des législatives. Qu’est-ce qui garantira que le président élu n’interviendra pas dans le déroulement des élections ? », lance Chaabane Abdel-Alim, du parti salafiste Al-Nour.

Pour fermer la porte à ce genre de scénarios de fraudes ou de pressions, il estime préférable de respecter le calendrier de la feuille de route, surtout que le président désigné, Adly Mansour, a la confiance de la plupart des forces politiques qui le jugent neutre.

Gamal Salama, politologue, pense lui aussi qu’il est préférable de commencer par les législatives, mais pour d’autres raisons. « Il ne faut pas commettre la même erreur que le Conseil militaire, lorsque tous les pouvoirs étaient concentrés entre ses mains. L’élection d’un Parlement avant la présidentielle permettra d’avoir un pouvoir législatif indépendant et capable de surveiller l’action du président de la République », dit-il.

Le débat continue, mais la décision finale reviendra au président par intérim, Adly Mansour. Celui-ci doit déterminer le calendrier électoral après l’examen de la version finale du projet de la Constitution.

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