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Derrière les portes fermées

May Sélim, Mercredi, 06 mars 2024

Dans la pièce Odét Nomi 2 (ma chambre à coucher 2), l’espace scénique est partagé entre public et comédiens. Des sujets tabous, personnels et touchants.

Derrière les portes fermées
La Petite Mort. (Photo : Kareem El Sabaa)

Derrière une porte fermée, il y a des secrets, des confidences et des sujets tabous. Tout est bien caché. Mais dès que cette porte s’ouvre et laisse entrer le public qui partage l’intimité des personnages sur scène, la trame classique se transforme en un jeu théâtral captivant. Dans Odét Nomi 2 (ma chambre à coucher 2), actuellement au centre des arts Dawar, le metteur en scène Mahmoud Sayed traite des sujets tabous à travers quatre « petites » pièces, liées entre elles.

Produit par Stage Left Productions, le spectacle constitue la deuxième partie d’une expérience théâtrale déjà présentée en 2020 par le même metteur en scène sous le titre de Odét Nomi 1. Un projet de micro-théâtre regroupant 4 pièces, chacune de 20 minutes.


La Chaîne. (Photo : Kareem El Sabaa)

Cette fois-ci, la deuxième partie ne suit pas les critères reconnus du micro-théâtre. Les quatre pièces varient entre 20 et 45 minutes. Les sujets sont élaborés dans des ateliers d’écriture menés par les comédiens eux-mêmes (Sarah Khalil, Nanda Mohammed, Nagui Chéhata, Amr Helmy, Fahd Ibrahim, Sami Daoud, Amr Gamal et Enas El Fallal) avec le metteur en scène. Ce dernier garde toujours l’espace scénique d’une chambre à coucher et implique le public dans les quatre histoires, lui confiant tant de secrets concernant les personnages.

Dès le départ, le public est censé suivre les instructions du metteur en scène : ne pas quitter la chambre à coucher pendant la durée du spectacle, maintenir le silence et ne pas utiliser les téléphones portables. Il est autorisé cependant à faire quelques pas en avant pour mieux écouter les dialogues des comédiens. Car il ne s’agit pas de simples spectateurs, mais de complices avec les comédiens ; entre les deux, il n’y a plus de frontières.

Certains spectateurs ont préféré s’asseoir par terre, d’autres sont restés debout près des grandes fenêtres de l’appartement du centre-ville, alors qu’un 3e groupe a partagé le canapé-lit avec les comédiens, devant le miroir ...

Dans la première pièce New York, en référence à la chanson du même titre de Frank Sinatra, une femme, dans sa chambre à coucher, est contente d’avoir réussi à intégrer une troupe musicale de Broadway. Elle va chanter à l’étranger et passera une expérience musicale différente. Son mari est l’exemple type d’un homme conservateur qui s’oppose à son rêve et au voyage. Après des affrontements verbaux douloureux, la femme décide de partir et d’abandonner son mari. La dispute entre les deux se déclenche au sein du public. Le va-et-vient des comédiens se fait aisément malgré la présence de la foule.

Un public dans la confidence

Mahmoud Sayed, qui aime toujours créer des spectacles dans des espaces qui sortent de l’ordinaire, permet aux femmes de s’exprimer à haute voix. Les personnages féminins avouent tout : leurs désirs, leurs frustrations, leurs ambitions, leurs rêves avortés, etc.


(Photo : Kareem El Sabaa)

Une femme quinquagénaire assise parmi les spectateurs ôte sa veste et se promène dans les rangs du public ; elle arrange la table dans la chambre et ajoute quelques boissons alcoolisées. C’est la comédienne Hala Omar, entrant dans la peau du personnage qu’elle incarne, Nagwa, la veuve qui a longtemps souffert d’une relation sexuelle routinière avec son mari. Pour se sentir plus épanouie, elle a recours aux services d’un escort-boy. En fait, cette pièce de 30 minutes, La Petite Mort, est inspirée du film britannique Mes rendez-vous avec Leo de Sophie Hyde.

Durant l’atelier d’écriture, les comédiens ont partagé quelques problèmes relatifs aux femmes et ont confessé la réalité de leurs désirs sexuels. Leurs petits secrets parsèment la pièce, où la promesse d’une belle soirée est avortée par l’arrivée soudaine de la fille de la veuve qui s’est disputée avec son mari. L’escort-boy et la veuve ont eu quand même le temps d’exprimer leur détresse.

La porte de la chambre à coucher s’ouvre et une femme en pyjama noir entre en colère. Elle ouvre les fenêtres, arrange la chambre et essuie le parterre. Quelques gouttes d’eau touchent le public qui commence à bouger pour donner plus d’espace à la comédienne (Nanda Mohammed), qui interprète avec brio le rôle d’une femme au bout de nerfs. Elle ouvre le balcon et entraîne sa petite soeur (Summer Galal) toxicomane.


Le Jour de triche. (Photo : Kareem El Sabaa)

La troisième pièce, La Chaîne, raconte la souffrance d’une famille, dont l’une des membres est attachée à la drogue. Les deux soeurs s’accusent mutuellement. L’aînée condamne le comportement scandaleux de sa jeune soeur, qui rejette à son tour la tendance de sa soeur à tout contrôler et à la traiter avec mépris. Les deux ont un sentiment de culpabilité, ne pouvant plus se faire confiance.

Assise par terre avec le public, Mariam (Sarah Khalil) se lève pour ajouter les dernières retouches à la décoration du sapin. C’est le jour de la célébration du Nouvel an et son jour de triche après un régime alimentaire sévère. Mais, avant l’arrivée des invités, elle découvre que son meilleur ami et son mari sont des amants.

L’homosexualité est abordée dans cette 4e pièce, Cheat Day (le jour de triche), dont le titre comporte un jeu de mots assez significatif. La femme est dévastée et se pose plein de questions sur les dix ans de son mariage. Sarah Khalil passe merveilleusement d’un sentiment à l’autre. Durant une même scène, elle mange avec gourmandise un gros sandwich puis se met à vomir, exprime tantôt le mépris, la perte ...


New York. (Photo : Kareem El Sabaa)

Malgré les secrets dévoilés publiquement, la femme continue à mener sa vie de façon normale et célèbre le Nouvel an comme prévu avec ses amis, qui ne sont que les protagonistes des autres pièces. Les dix comédiens présents sur scène s’expriment avec une grande sincérité. Derrière la porte de la chambre à coucher, il y a tant de révélations aussi choquantes que surprenantes.

Tous les soirs jusqu’au 9 mars, à 20h, au centre des Arts Dawar, 16, rue Adli, centre-ville.

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