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Espionnage: ce que l'on sait sur les fuites dans l'armée allemande

AFP , Lundi, 04 mars 2024

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Archive - Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius s’adresse aux médias lors d’un communiqué de presse à Berlin, en Allemagne. Photo : AP

La diffusion en Russie d'une conversation confidentielle entre des officiers de l'armée allemande sur l'aide militaire à Kiev a provoqué une crise d'ampleur entre les deux pays. Voici ce que l'on sait d'un scandale qui éclate au moment où la question du soutien occidental à l'Ukraine suscite de nombreuses tensions.

Qu'est-ce qui a fuité ?

Un enregistrement audio d'une conversation entre officiers de haut rang allemands a été diffusé vendredi sur les réseaux sociaux depuis la Russie.

La rédactrice en chef de la chaîne d'État russe RT, Margarita Simonyan, a publié ce fichier de 38 minutes - que l'AFP a écouté - en le présentant comme un échange daté du 19 février.

Il y est notamment question de l'hypothèse de la livraison à Kiev de missiles de longue portée Taurus, de fabrication allemande. Dès samedi, Berlin a confirmé que l'enregistrement était authentique et qu'il avait été "intercepté".

Quels thèmes ont été abordés ?

Les officiers évoquent des détails embarrassants à propos de possibles livraisons de missiles Taurus, parlant d'un nombre allant jusqu'à cent pièces, dont la moitié lors d'une première tranche.

Ils abordent également l'option de frappes de missiles Taurus visant le pont de Crimée qui relie la péninsule de Kertch au territoire russe, l'un des officiers soulignant qu'il faudrait entre 10 et 20 missiles pour venir à bout de l'ouvrage. La péninsule de Crimée a été annexée en 2014 par Moscou.

Officiellement, Berlin refuse de livrer des missiles Taurus à Kiev, en arguant d'un risque d'escalade du conflit car cela entraînerait, de l'avis du chancelier Olaf Scholz, l'implication de soldats allemands pour aider au maniement des armes.

Or, les officiers allemands espionnés estiment dans leurs échanges que cela ne nécessiterait pas forcément la participation de soldats de la Bundeswehr (l'armée allemande, NDLR).

Quel impact pour le chancelier Scholz ?

Tout aussi gênant pour Berlin, on entend au cours de la conversation les officiers révéler des détails sur la manière dont le Royaume-Uni et la France aident l'armée ukrainienne à utiliser les missiles de longue portée Scalp, que les deux pays livrent à Kiev.

"Tous les services de renseignements européens sont présents en Ukraine. Mais ce ne sont pas des unités de combat", relativise auprès de l'AFP une source diplomatique ukrainienne.

"Lorsque les Occidentaux nous livrent des armes, il faut des hommes pour accompagner, former, utiliser le matériel. Les experts sont sur le terrain. L'Ukraine aujourd'hui est le lieu qui sert de terrain d'essai pour de nouveaux matériels", précise cette source.

Quelles réactions en Russie ?

Côté Kremlin, le porte-parole Dmitri Peskov affirme que les échanges qui ont fuité montrent "une fois de plus l'implication directe de l'Occident collectif dans le conflit en Ukraine".

"L'enregistrement lui-même témoigne qu'au sein de la Bundeswehr, on discute de manière détaillée et concrète de projets d'effectuer des frappes contre le territoire russe", a déploré lundi Dmitri Peskov.

Les autorités russes ont indiqué lundi avoir convoqué l'ambassadeur allemand, ce que Berlin a démenti, affirmant qu'il s'agissait d'un rendez-vous prévu de longue date.

Quelles réactions en Allemagne ?

En Allemagne, c'est une déflagration. Le chef de l'Etat russe cherche "à nous déstabiliser, nous insécuriser", a accusé le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius, parlant "d'une guerre de l'information que Poutine mène".

Les responsables politiques y voient une manoeuvre de Moscou pour faire pression sur le chancelier Olaf Scholz afin qu'il ne livre pas les missiles Taurus à Kiev, malgré les demandes répétées des Ukrainiens.

Cette fuite révèle aussi de graves failles dans la sécurité de l'armée allemande, accusée d'amateurisme et de légèreté dans la gestion de la sécurité.

Selon l'hebdomadaire Der Spiegel, la visioconférence a eu lieu via la plateforme publique WebEx et non un réseau interne ultra-sécurisé de l'armée de l'air. Et l'un des officiers se trouvait dans un hôtel de Singapour, dont la chambre pourrait avoir été piégée avec des micros, affirment certains médias.

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