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CAN 2023 : Le miracle ivoirien

Karim Farouk , Mercredi, 14 février 2024

La Côte d’Ivoire est revenue de loin pour remporter son 3e titre de Coupe d’Afrique des Nations (CAN 1992, 2015 et 2023). Un scénario de rêve.

CAN 2023 : Le miracle ivoirien

L’histoire était tellement incroyable qu’elle ne pouvait se terminer que sur un sacre. Après avoir frôlé l’élimination, « virtuellement morte » comme l’a décrit l’entraîneur, Emerse Fae, la Côte d’Ivoire est revenue à la vie pour dominer tous ses adversaires et remporter le titre de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) à domicile, dimanche 11 février. « On l’a fait ensemble, on est champion d’Afrique, c’est incroyable. Je viens de vivre l’un des plus beaux moments de ma vie, et cela est grâce à mes frères d’arme. C’est la preuve qu’il ne faut jamais abandonner dans la vie », a dit Simon Adingra, qui a décroché le titre de meilleur jeune joueur de la compétition, suite au match.

Les Ivoiriens sont passés par toutes les émotions au bout de ce mois. Ils ont vécu l’indignation après deux défaites en phase de poules et une claque par la Guinée équatoriale (4-0) qui les avait mis au bord du précipice. Ensuite, c’était la renaissance grâce à un but qui n’était même pas le leur et qui leur a permis de se qualifier en tant que l’un des meilleurs troisièmes. Petit à petit, les Eléphants ont acquis davantage de confiance et ont avancé dans leur parcours fou en éliminant le tenant du titre sénégalais (8es), le voisin malien (quarts de finale) et la solide équipe de RD Congo (demi-finales). Avec des vedettes telles que Seko Fofana, Franck Kessie, Serge Aurier et Max Gradel qui ont fait preuve de leur expérience et de leur talent.

En finale contre le Nigeria, ils ont montré un grand coeur pour revenir au score et remporter la partie 2-1. Une victoire bien méritée qui a fait exploser la joie des 60 000 spectateurs au stade d’Alassane Ouattara et celle de toute une nation.

Haller, héros national

Il était écrit que Sebastien Haller marquerait le but de la victoire en finale tant son histoire elle-même est lourde de symboles. L’attaquant de Dortmund a été diagnostiqué de cancer en 2022, et après deux interventions chirurgicales, il est revenu sur les terrains en début de 2023. Haller est arrivé à la CAN blessé à la cheville et n’a pas participé au premier tour. Une blessure qui n’est pas encore totalement guérie, selon lui, mais il voulait « apporter sa pierre à l’édifice ». Promesse tenue, car bien qu’il n’ait été titularisé qu’à deux reprises seulement, sa contribution était massive. En demi-finales, il marque le but de la victoire face à la RD Congo (1-0) sur une superbe volée, et grâce à un geste acrobatique face aux Super Aigles nigérians (2-1), il offre à la Côte d’Ivoire son 3e titre de CAN.

« On a tous rêvé de ça ! On a espéré arriver là. Encore une fois, le match n’a pas été un long fleuve tranquille. On y a cru jusqu’au bout, et mes coéquipiers m’ont poussé à rester sur le terrain le plus longtemps possible. Si je marque aujourd’hui, c’est grâce à eux. Je me devais de montrer l’exemple ... et ramener la Coupe à la maison ! », a dit Haller après la finale au micro de BeIN Sports. Pour l’ancien international ivoirien Emmanuel Eboué, c’est tout un symbole. « Haller est comme la Côte d’Ivoire. Il revient de loin. La Côte d’Ivoire est fière de le voir enfin sourire ».

Un conte de fées pour Fae

Emerse Fae a aussi écrit sa légende dans cette 34e édition de CAN. Il est devenu le premier entraîneur à remporter le titre sans pour autant avoir démarré le tournoi en tant qu’entraîneur principal. Dans la fureur de l’humiliation après la débâcle au premier tour, la fédération avait limogé Jean-Louis Gasset, en pensant que l’équipe était déjà éliminée. Fae n’était pas le premier choix, car les dirigeants ivoiriens avaient essayé de louer le Français Hervé Renard, artisan de leur succès en 2015, mais en vain.

Fae (40 ans) arrive avec tous les ingrédients de l’échec. Sans aucune expérience professionnelle, il prenait en charge une équipe humiliée et désarticulée. Mais il y a eu un autre signe du destin. « J’ai pris les rênes de l’équipe le jour de mon anniversaire, nous n’étions même pas qualifiés pour la suite de la compétition. Je ne réalise pas ce qui est arrivé, j’ai encore du mal à y croire. Nous sommes passés par toutes les émotions. Cette compétition va marquer ma vie, c’est sûr », dit-il

Calmement, Fae a pu mener ses jeunes frères à franchir les obstacles un par un, faisant preuve d’une bonne vision tactique. « On a témoigné de la naissance d’un nouvel entraîneur sur la scène africaine. Fae a été à la hauteur, il a pu redonner confiance à ses joueurs et il était toujours prêt sur la touche. Il ne tardait ni à intervenir ni à faire des changements lorsque l’équipe ne fonctionnait pas bien. Il est de même clair qu’il est proche des joueurs et qu’il sait comment les motiver », explique Waël Gomaa, ancien défenseur international d’Egypte et analyste sportif. Grâce à son parcours féerique, Fae a décroché le titre de meilleur entraîneur de la compétition. Mais malgré cet exploit, son futur reste incertain vu qu’il n’assume ses fonctions qu’en tant qu’intérim. La question qui se pose : est-ce qu’on peut bâtir sur un miracle et continuer à rêver ou conserver cette mémoire et préparer le futur ?

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