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L’Egypte rejette les manoeuvres israéliennes

Samar Al-Gamal , Mercredi, 07 février 2024

Tandis que le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, est en tournée au Proche-Orient à la recherche d’une trêve à Gaza, l’Egypte continue de s’opposer à l’expansion des incursions israéliennes près de sa porte nord.

L’Egypte rejette les manoeuvres israéliennes

Images satellites implacables : une marée humaine se condense à Rafah, une ville de tentes et de désespoir, dans le sud de Gaza. C’est là, non loin de la frontière égyptienne, que plus de 1,5 million de Palestiniens déplacés tentent de survivre, parqués dans des conditions sanitaires et humanitaires déplorables, alors que les bruits des bombardements israéliens retentissent.

Bien que l’accord de trêve élaboré à Paris entre Israël et le Hamas reste sur la table, Antony Blinken a un objectif plus large qui dépasse les simples négociations de cessez-le-feu. L’accord sur les captifs et la pause humanitaire sont considérés comme des instruments pour faire avancer les discussions sur un accord de normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël, alors que les attaques meurtrières continues des Etats-Unis en Syrie, en Iraq et au Yémen exacerbent la guerre par procuration entre les Etats-Unis et l’Iran.

Au Caire, Blinken doit rencontrer le président Abdel Fattah Al-Sissi, après des entretiens à Riyad avec le prince héritier saoudien Mohamed bin Salman. Le ministre français des Affaires étrangères est également en visite dans la région et vient d’avoir des discussions au Caire. La France aspire à un rôle politique, après avoir vu sa popularité en chute libre dans la région, tout comme les Etats-Unis, pour leur soutien à la guerre israélienne depuis le premier jour. Stéphane Séjourné, le tout nouveau chef de diplomatie française, table ainsi sur l’accord de trêve élaboré à Paris pour regagner l’influence perdue.

Mais l’Egypte, qui a joué un rôle central dans la conclusion de la première trêve avec le Qatar il y a trois mois, nourrit d’importantes inquiétudes, alors qu’Israël intensifie sa campagne de bombardements près de la frontière sud de Gaza, s’approchant du territoire égyptien.

Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a déclaré lundi que l’armée « atteindra des endroits où nous n’avons pas encore combattu ... jusqu’au dernier bastion du Hamas, qui est Rafah ».

Cependant, Le Caire, qui soupçonne fortement les intentions manifestes d’Israël de forcer le déplacement des Palestiniens hors de Gaza, a averti qu’un déploiement israélien le long de la frontière menacerait le Traité de paix signé par les deux pays il y a plus de quatre décennies.

Les médias israéliens ont rapporté samedi qu’Israël avait informé Le Caire de son intention d’entrer dans le couloir de Rafah et de Philadelphie, une route de 14 kilomètres qui longe la frontière sud de Gaza, mais qu’il « ne resterait pas dans la zone en permanence ».

Selon ces rapports, Tel-Aviv a souligné que ses forces ne resteraient pas dans la zone pendant « une longue période », ajoutant que des réunions entre les deux parties avaient été convenues pour discuter plus de la question. Le site d’information israélien Walla a déclaré que des chars israéliens avaient commencé une opération terrestre de Karm Abou-Salem, dans la bande sud de Gaza, jusqu’au passage de Rafah le long de l’axe 18.

L’Egypte dit niet

Le Caire se serait fermement opposé à toute tentative d’Israël d’établir un contrôle sur la région frontalière entre l’Egypte et le territoire palestinien. Mais le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a fait la sourde oreille. Les médias israéliens ont rapporté que le président Al-Sissi avait refusé de recevoir un appel téléphonique de Netanyahu. Ils ne se sont pas parlé depuis le début de la guerre il y a quatre mois. Selon le rapport israélien, les Etats-Unis encouragent Tel-Aviv à éviter d’agir sur cet axe pour ne pas provoquer la partie égyptienne.

L’expansion des opérations militaires israéliennes au sud de Gaza, notamment sur l’axe de Philadelphie, suscite l’inquiétude de l’Egypte. Les forces israéliennes ont imposé un siège rigoureux à la ville de Khan Younès, dans le sud de Gaza, où se déroulent des combats violents entre les groupes de résistance palestiniens et l’armée israélienne. Les bombardements de Khan Younès par l’armée d’occupation, qui était auparavant désignée comme « zone sûre » pour des centaines de milliers de Palestiniens fuyant le nord, ont poussé de nombreux civils à se réfugier dans la petite ville frontalière de Rafah. Cela fait craindre au Caire qu’Israël ne tente d’expulser les Palestiniens vers le Sinaï en Egypte.

Le président de l’Organisme général de l’information, Diaa Rashwan, a critiqué la déclaration de Netanyahu, qu’il a qualifiée de « tentative de légitimer » ce qu’il a appelé le véritable objectif du gouvernement israélien d’occuper le corridor frontalier en violation des accords de sécurité signés entre les deux voisins.

Plus tôt ce mois-ci, le Wall Street Journal a rapporté qu’Israël avait informé l’Egypte de son intention de contrôler le corridor de Philadelphie, accusant des groupes palestiniens de faire passer des armes par des tunnels souterrains. Diaa Rashwan a réfuté ces allégations, les qualifiant de « mensonges » sans fondement. « La conclusion est que ces fausses allégations ne servent pas le Traité de paix — Israël-Egypte — que l’Egypte respecte, et elle exige que la partie israélienne lui témoigne également du respect et qu’elle cesse de faire des déclarations qui tendraient les relations bilatérales dans le contexte actuel de conditions inflammables », a déclaré Rashwan.

Il a ajouté qu’Israël tentait de dissimuler son incapacité à atteindre ses objectifs de guerre à Gaza. L’Egypte a rejeté à plusieurs reprises les suggestions selon lesquelles elle pourrait faciliter l’expulsion des Gazaouis en absorbant la population du territoire qu’Israël envisage de saisir dans la bande côtière.

Le député égyptien Moustafa Bakri a mis en garde contre les répercussions de toute action militaire israélienne près de la frontière égyptienne. Jusqu’à présent, selon des sources égyptiennes, Le Caire a réussi à convaincre Israël de maintenir une zone à angle droit à l’ouest de Rafah en tant que « zone de sécurité » pour les Palestiniens expulsés de leurs foyers dans le nord et le centre. Il encourage l’ouverture d’un corridor vers le nord pour faciliter le retour des Palestiniens déplacés dans leurs régions d’origine au nord et au centre de Gaza, tout en allégeant la pression sur Rafah. « Du point de vue sécuritaire, l’objectif est aussi de contrer toute tentative de forcer les Palestiniens à chercher refuge dans le Sinaï », a expliqué l’une des sources. La nouvelle trêve depuis novembre a échoué jusqu’à présent, le cabinet de guerre israélien est toujours en quête de victoire au moins symbolique, et le Hamas exige un cessez-le-feu permanent et non seulement de brèves pauses dans les combats.

Le Caire et les autres médiateurs de la trêve espèrent conclure une proposition de pause des combats de six semaines, le Hamas libérant des captifs en échange de prisonniers palestiniens détenus par Israël et d’une aide supplémentaire entrant à Gaza. Cela serait suivi de phases ultérieures pour remettre les soldats et les cadavres.

Selon des sources proches des discussions, Israël ne veut libérer que trois Palestiniens pour un Israélien, alors que le Hamas réclame la libération de près de 8 000 Palestiniens dans les prisons israéliennes, en plus de « Mandela palestinien », Marwan Bargouthi.

Netanyahu, qui a fait face à des divisions au sein de son cabinet et à la fureur du public concernant le sort du captif restant, a déclaré qu’Israël « n’acceptera pas » les demandes du Hamas pour un échange. Le parti Likoud du premier ministre l’a cité comme ayant déclaré que les conditions « devraient être similaires à l’accord précédent », qui a vu un échange de captifs contre des prisonniers palestiniens lors d’une trêve de novembre.

L’Egypte, selon l’une des sources, a suggéré la libération de cinq pour un. Il reste encore 136 détenus israéliens à Gaza. Les mouvements de résistance palestinienne ont accusé Israël de bloquer tout accord pouvant conduire à un cessez-le-feu global dans la bande de Gaza. « Les Israéliens veulent poursuivre leurs attaques militaires contre la bande de Gaza et maintenir le siège qui lui est imposé, a déclaré Osama Hamdan, responsable du Hamas, lors d’un point de presse à Beyrouth lundi. Ils ne veulent pas non plus obtenir un cessez-le-feu ».

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