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Gaza dans l’attente d’une trêve

Maha Salem , Jeudi, 01 février 2024

Parallèlement aux efforts qui se poursuivent pour parvenir à une trêve, la guerre contre Gaza ne baisse pas d’intensité. Dans le même temps, Israël tente de se débarrasser de l’UNRWA et les appels à unerecolonisation de Gaza se multiplient en Israël.

Gaza dans l’attente d’une trêve
(Photo : AFP)

Au 115e jour de guerre féroce, les combats se poursuivent sans répit. Les tractations aussi. Un accord-cadre pour une trêve à Gaza et la libération de détenus doit être transmis au Hamas, a annoncé lundi à Washington le premier ministre du Qatar, Mohammed bin Abdulrahmane Al Thani, après des réunions avec des responsables égyptiens, américains et israéliens, rapporte l’AFP. Il a fait état de « progrès notables », estimant que la proposition actuelle « pourrait conduire à un cessez-le-feu permanent à l’avenir ». Pour sa part, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a évoqué un « réel espoir » d’une éventuelle prochaine libération des détenus et arrêt des combats. Selon des informations révélées par les agences de presse, des sources israéliennes ont affirmé que cet accord-cadre serait appliqué sur plusieurs phases, la première concernant une trêve de 45 jours avec la libération de 35 otages israéliens en échange de 100 ou 200 détenus palestiniens. De son côté, le Hamas a dit vouloir négocier un « cessez-le-feu complet » en préalable à tout accord, a annoncé, lundi 29 janvier, à l’AFP un haut responsable du Hamas. « Une fois que les combats auront cessé, le reste des détails pourra être discuté », y compris la libération de la centaine d’otages israéliens encore détenus à Gaza, a déclaré Taher Al-Nounou, haut responsable du Hamas, sans plus de détails.

Si les discussions sont difficiles et les détails restent à définir, l’espoir n’est pas perdu. Car, comme l’estime Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire, « les deux parties se sont épuisées et les pertes sont considérables pour les deux. Israël a détruit 85 % de la bande de Gaza. Le Hamas a résisté tout ce temps tout en essayant de causer des dégâts à son ennemi ».

Parler de trêve n’a pas empêché la poursuite des combats. Ils ont même redoublé d’intensité, mardi 30 janvier, dans plusieurs zones de Gaza, notamment à Khan Younès, bombardé sans relâche ces derniers jours. Une intensification de la guerre qui intervient alors que l’extrême droite religieuse israélienne demande tout simplement la recolonisation de Gaza. En effet, onze ministres de son gouvernement ont participé, dimanche 28 janvier, à un rassemblement de plusieurs milliers de personnes, prônant le « transfert » des Palestiniens hors de la bande de Gaza. La Maison Blanche a qualifié l’appel à réimplanter des colonies israéliennes dans la bande de Gaza d’« irresponsable » et de « dangereux », a insisté John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain. « Nous avons fait savoir clairement qu’il ne pouvait pas y avoir de réduction du territoire de Gaza », a ajouté Kirby.

L’UNRWA dans le viseur d’Israël

Pendant ce temps, une autre crise est née. Sur la base d’informations fournies par Israël, l’Onu a fait savoir vendredi dernier que 12 salariés de l’UNRWA étaient soupçonnés d’avoir participé à l’opération Déluge d’Al-Aqsa, lancée par le Hamas le 7 octobre. L’agence onusienne s’est séparée des employés mis en cause. Mais avant même qu’une enquête ne confirme ou non ces informations, en l’espace de quelques jours, 15 Etats ont gelé leur contribution à l’UNRWA. Avec près de la moitié de son budget menacée, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens se trouve dans une situation extrêmement fragile, tandis qu’elle est aujourd’hui pratiquement la seule à pouvoir venir en aide à la population de Gaza, soumise aux bombardements israéliens depuis plus de trois mois. L’Arabie saoudite, qui réclame « de renforcer les procédures d’examen et d’enquête pour établir des faits étayés par des preuves », a appelé l’Occident à continuer à financer l’UNRWA, afin que l’agence puisse « continuer à remplir ses fonctions pour assurer les besoins de base des Palestiniens et atténuer les effets de la crise humanitaire ».

Mais Israël n’entend pas attendre les résultats d’une éventuelle enquête. Tel-Aviv a d’ores et déjà annoncé qu’il ne souhaitait pas que l’agence onusienne joue un quelconque rôle à Gaza après la guerre. « Pour l’Etat hébreu, c’est une opportunité à ne pas rater. L’UNRWA détient des documents qui condamnent Israël et prouvent qu’il commet des crimes de guerre et un génocide. C’est pour cela qu’Israël veut s’en débarrasser. En plus, son départ signifie la fin de la question des réfugiés palestiniens », estime Dr Sameh Rashed, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, tout en expliquant que la question des réfugiés est l’une des plus épineuses dans la cause palestinienne. « La menace d’un départ de l’UNRWA est une carte de pression sur les Palestiniens qui vont perdre un soutien essentiel ».

Côté palestinien, le Hamas, au pouvoir à Gaza en 2007, a dénoncé des « menaces » contre l’agence. Alors qu’en Cisjordanie occupée, l’Autorité palestinienne a fustigé une campagne visant à « liquider la question des réfugiés palestiniens ». De son côté, le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, a déclaré dans un communiqué : « Il est choquant de voir la suspension du financement de l’agence comme une réponse aux allégations portées contre un petit groupe d’employés ». Quant au chef des Nations-Unies, Antonio Guterres, il a reçu, mardi 30 janvier à New York, les principaux donateurs de l’agence. Deux jours auparavant, il leur a demandé de « garantir au moins la continuité des opérations » de l’agence pendant que les accusations israéliennes font l’objet d’une enquête. « Les dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui travaillent pour l’UNRWA, dont beaucoup se trouvent dans les situations les plus dangereuses pour les travailleurs humanitaires, ne devraient pas être pénalisés. Les besoins aigus des populations désespérées qu’ils servent doivent être satisfaits », a demandé le secrétaire général dans un communiqué.

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