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Coup d’accélérateur au commerce intra-africain

Nada Al-Hagrassy , Jeudi, 01 février 2024

L’Initiative du Commerce Guidé Africain (ICGA), lancée en 2022 dans le cadre de la concrétisation de l’accord de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf), gagne de plus en plus de terrain. Une trentaine de pays viennent de la rejoindre afin de promouvoir l’intégration continentale. Décryptage.

Coup d’accélérateur au commerce intra-africain

« Sur les 47 pays qui ont ratifié les accords ayant trait au libre-échange continental, 31 rejoindront l’ICGA en 2024 contre 7 seulement en 2023 », a annoncé le secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, la semaine dernière en marge de la 54e édition du Forum économique mondial de Davos. Ces nouvelles adhésions représentent une étape importante sur la voie de la mise en oeuvre de la ZLECAf qui devrait augmenter le commerce intra-africain de 53 % et transformer le continent en un marché très attractif de 1,3 milliard de consommateurs potentiels. De même, selon une étude publiée récemment par la Banque mondiale, cet accord commercial devrait accroître les revenus des pays africains de 9 % (571 milliards de dollar). Ce qui, à son tour, aidera 50 millions de personnes à sortir de l’extrême pauvreté d’ici 2035.

Lancée le 7 octobre 2022 à Accra (Ghana) lors de la 10e réunion du Conseil des ministres de la ZLECAf, l’ICGA vise à permettre aux pays les mieux préparés de commercer les uns avec les autres et de tester l’environnement opérationnel, institutionnel, juridique et de politique commerciale de la ZLECAf. Et ce, afin de donner un coup d’accélérateur au commerce intra-africain. Le lancement de cette initiative a également pour but d’envoyer un message positif aux investisseurs africains. Ainsi, 7 pays (Ghana, Cameroun, Rwanda, Kenya, Îles Maurice, Egypte et Tanzanie), représentant différentes régions du continent noir, ont commencé à commercer selon des conditions préférentielles conformément aux règles de cette initiative. En vertu de celle-ci, 96 produits peuvent être échangés librement moyennant des préférences tarifaires. Parmi ces produits figurent notamment le caoutchouc, le thé, le café, l’acier, le sucre, le bois et les produits pharmaceutiques. Par ailleurs, ces échanges commerciaux utilisent le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), une infrastructure financière permettant d’effectuer des paiements transfrontaliers instantanés en monnaie locale entre les marchés africains. En fait, ce système fait partie des instruments-clés lancés par l’Union africaine pour rendre la ZLECAf opérationnelle. Selon les estimations, ce système multilatéral de règlement devrait permettre au continent noir d’économiser plus de 5 milliards de dollars en coûts de transactions de paiement chaque année, en simplifiant les transactions transfrontalières et en réduisant la dépendance à l’égard des devises fortes.

Du rêve à la réalité

« Les échanges commerciaux entre les 7 pays pionniers qui ont adhéré à l’ICGA ont montré que la ZLECAf est bel et bien une réalité », a déclaré le secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mene, à Davos. Et d’ajouter : « Nous avons pour la première fois eu des produits d’Afrique du Nord, en l’occurrence des climatiseurs fabriqués en Egypte, qui ont été exportés vers le Ghana. Du thé kényan, une production agricole ayant une valeur ajoutée, a été acheminé vers l’Afrique de l’Ouest. Cela ne s’était jamais produit auparavant ». En fait, un récent rapport du ministère égyptien du Commerce et de l’Industrie a révélé que les exportations égyptiennes vers le marché africain avaient connu une augmentation de 10 % au cours de la période comprise entre janvier et novembre 2023, atteignant 2,076 milliards de dollars contre 1,892 milliard de dollars pour la même période de l’année dernière. Cette augmentation du commerce de l’Egypte avec l’Afrique est due au changement des systèmes douaniers ratifiés par ces pays en accord avec les procédures exigées par la ZLECAf. Selon Samar Al-Bagoury, professeure d’économie africaine à la faculté des études supérieures africaines à l’Université du Caire, cette initiative a permis de « diversifier la structure du commerce africain en s’éloignant des matières premières traditionnelles, telles que le pétrole et les minerais, et en adoptant une structure d’exportation plus équilibrée et plus durable ». Et d’ajouter : « Les pays africains qui disposent d’un secteur industriel relativement avancé seront en mesure de tirer parti des nouvelles possibilités offertes par l’initiative pour commercialiser leurs produits sur le grand marché africain. D’autres pays peuvent également tirer profit de leur intégration dans les chaînes de valeur régionales en fournissant aux pays industrialisés des intrants de production. Par exemple, les exportateurs automobiles sud-africains importent du Botswana et du Lesotho le cuir nécessaire à la fabrication des sièges des voitures dans le cadre de l’accord commercial préférentiel de l’Union douanière d’Afrique australe ».

Une expansion lente mais sûre

Face aux défis tant géoéconomiques que géopolitiques, certains pays africains, notamment d’Afrique du Nord, veulent adhérer à la ZLECAf afin de bénéficier de ses avantages. Ainsi, en décembre 2023, le ministre algérien du Commerce et de la Promotion des exportations, Tayeb Zitouni, a annoncé l’adhésion officielle de l’Algérie à l’ICGA. Le ministre a invité les investisseurs algériens « à tirer profit des avantages accordés dans le cadre de cette initiative afin de promouvoir les exportations algériennes hors hydrocarbures ». Sur la même longueur d’onde, la Tunisie a déclaré, la semaine dernière, avoir accompli toutes les étapes nécessaires pour l’adhésion à l’ICGA. Selon la Chambre tunisienne de commerce et d’industrie, 47 certificats d’origine ont été délivrés jusqu’à présent pour exporter des produits tunisiens vers 4 pays africains : le Cameroun, la Tanzanie, la Côte d’Ivoire et la Guinée équatoriale. L’Egypte, l’un des sept premiers pays à adhérer à cette initiative, a accueilli avec enthousiasme l’adhésion de 30 autres pays. « Cette démarche apportera à l’Egypte pas moins de 30 nouveaux partenaires commerciaux parmi lesquels quelques-unes des plus grandes économies du continent comme le Nigeria et l’Afrique du Sud », a déclaré à Davos l’ambassadeur Yahya Al-Wathiq Billah, chef du secteur de la représentation commerciale au ministère du Commerce. Et d’ajouter que « le marché africain est l’un des plus prometteurs et peut contribuer de manière significative à la mise en oeuvre des plans de l’Etat qui veut augmenter le volume des exportations à environ 100 milliards de dollars au cours de la période à venir ».

D’ailleurs, il semble que l’adhésion à l’ICGA soit la bouée de sauvetage pour l’économie africaine. Et ce, parce qu’elle offre à l’Afrique l’occasion d’inaugurer une nouvelle ère économique axée sur une coopération et une intégration plus poussées et des niveaux plus élevés de commerce intra-africain. « Nous avons fait un pas de géant en démantelant cet ancien modèle de commerce qui était de nature coloniale », a déclaré à Davos M. Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf. Selon Samar Al-Bagoury, « la ZLECAf est sans aucun doute une étape importante vers la réalisation du rêve de l’unité économique africaine. Toutefois, il existe encore de nombreux défis sur la voie de l’intégration économique complète que les pays africains doivent relever afin que cette vision de l’Afrique puisse être réalisée et qu’elle ne soit pas limitée à quelques initiatives ».

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