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Des fronts en ébullition

Abir Taleb , Mercredi, 24 janvier 2024

Alors que la communauté internationale continue de plaider pour une solution à deux Etats comme seule voie de sortie de crise, la tension reste à son comble dans la région : de Gaza à la mer Rouge en passant par le Sud-Liban et la Syrie.

Des fronts en ébullition
85 % de la population à Gaza a été déplacée depuis le début de la guerre. (Photo : AP)

Jour 110. A Gaza, les jours se suivent et se ressemblent : bombardements intenses de l’armée israélienne, notamment à Khan Younès, nouvel épicentre de la guerre au sud de l’enclave ; combats acharnés au sol entre soldats israéliens et combattants du Hamas ; situation humanitaire de plus en plus intenable. A cela s’ajoute une diplomatie active mais qui ne mène à rien. Cette semaine, ce sont les Européens qui sont montés au créneau. Lundi 22 janvier, les ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne (UE) ont affirmé qu’Israël devait accepter une solution à deux Etats avant de recevoir séparément à Bruxelles leurs homologues israélien et palestinien. Mais là encore, les antagonismes ont éclaté au grand jour : le chef de la diplomatie palestinienne, Riyad Al-Maliki, a insisté sur la nécessité d’obtenir au plus vite un cessez-le-feu à Gaza et a appelé les Européens à « envisager des sanctions » face au refus d’Israël de discuter d’une solution à deux Etats. Alors que son homologue israélien, Israël Katz, a affirmé avoir fait le déplacement à Bruxelles pour s’assurer du soutien des Européens dans la guerre menée par son pays pour « démanteler » le Hamas et obtenir la libération du reste des otages.

Deux conceptions diamétralement opposées que l’UE tente de rapprocher, et ce, alors qu’entre les Etats-Unis et Israël, les différends au sujet de la guerre et de l’après-guerre ne baissent pas (voir article ci-contre). Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a indiqué avoir présenté aux ministres des 27 « une approche globale » pour aller vers une paix durable, reconnaissant toutefois que les Européens disposaient de peu de moyens de pression sur Israël. Borrell préconise la tenue « au plus tôt » d’une conférence de paix « préparatoire » entre les Européens et plusieurs pays arabes, dont l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Jordanie, à laquelle seraient invités les Etats-Unis.

Dialogue de sourds

Les Américains seraient-ils hors-jeu ? Les Européens seraient-ils en train de reprendre la main dans un dossier traditionnellement américain ? Peu importent les réponses à ces questions, puisqu’Israël s’oppose tout simplement à la création d’un Etat palestinien. Benyamin Netanyahu l’a encore réitéré cette semaine : il rejette une « souveraineté palestinienne ». Preuve que l’on est encore loin d’une solution, voire d’une ébauche de solution, les propositions des uns sont rejetées par les autres. Dans un document publié par le Hamas dimanche 21 janvier, le groupe demande la fin de « l’agression israélienne, des meurtres et du nettoyage ethnique » et rejette « catégoriquement » les « projets internationaux ou israéliens visant à décider de l’avenir de la bande de Gaza ». Des conditions totalement refusées par Netanyahu qui, lui, a proposé, selon des informations relayées lundi 23 janvier par le site américain Axios, une pause de deux mois dans la guerre en échange de la libération de tous les otages, sans doute en raison des pressions et du mécontentement à son encontre qui s’accentuent à l’interne. Or, la proposition israélienne n’implique ni la fin de la guerre à Gaza, ni même une solution politique à plus longue échéance.

Les Houthis et le Hezbollah toujours à la manoeuvre

Pour l’heure, ces informations n’ont été ni confirmées ni démenties. Mais quand bien même une nouvelle trêve serait actée, on reste très éloigné d’une véritable solution globale. Et ce, d’autant plus que les autres fronts qui se sont enflammés depuis le début de la guerre restent en ébullition. Mardi 23 janvier, les forces américaines et britanniques ont à nouveau mené des frappes sur des sites de la capitale yéménite Sanaa et dans d’autres secteurs du pays. Elles ont affirmé avoir visé huit cibles des Houthis, qui poursuivent leurs attaques en mer Rouge.

La tension reste également entière à la frontière entre le Liban et Israël. En recevant son homologue français, Sébastien Lecornu, lundi 22 janvier à Tel-Aviv, le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a déclaré qu’Israël continuerait de frapper le Hezbollah « jusqu’à ce que la sécurité des habitants du nord soit garantie ».

Dans le même temps, Israël poursuit ses frappes ciblées contre des responsables iraniens. Dans un nouvel épisode dans la campagne d’assassinats ciblés de hauts dignitaires iraniens et de leurs alliés menée depuis le début de la guerre à Gaza, l’armée israélienne a détruit, le 20 janvier, un immeuble en Syrie, à Damas, où se réunissaient plusieurs responsables iraniens de l’unité d’élite Al-Qods. Au moins 5 de ces derniers ont été tués. Tous des hauts gradés.

« Qui a dit que nous n’attaquions pas l’Iran ? Nous l’attaquons. L’Iran est la tête de la pieuvre et vous voyez ses tentacules partout, des Houthis au Hezbollah et au Hamas », a déclaré Netanyahu le 18 janvier, qui a encore dit qu’il reste inflexible et qu’il s’engage à poursuivre la guerre à Gaza « jusqu’à la victoire totale ». C’est tout dire.

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