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L’Egypte terre d’accueil

Nasma Réda , Mercredi, 24 janvier 2024

Le Conseil des ministres a publié un rapport sur le nombre de réfugiés, d’immigrés et de demandeurs d’asile résidant en Egypte. Le gouvernement déploie des efforts intenses pour répondre aux besoins de ces réfugiés.

L’Egypte terre d’accueil
La crise au Soudan a entraîné la fuite de plus de 317 000 personnes vers l’Egypte en quelques mois seulement.

Combien de réfugiés accueille l’Egypte ? Quels sont les services qui leur sont présentés ? Leur résidence est-elle légale ? Toute une liste de questions qui ont largement circulé dans les médias et les réseaux sociaux qui s’interrogent sur le statut des réfugiés en Egypte.

En réponse, le Conseil des ministres a publié un rapport détaillant le nombre de réfugiés, d’immigrés et de demandeurs d’asile en Egypte, évoquant aussi les services qui leur sont fournis.

Selon le rapport, plus de 9 millions d’immigrés et de réfugiés de 133 pays vivent en Egypte, dont 50,4 % d’hommes, 49,6 % de femmes. Le rapport souligne que la moyenne d’âge est estimée à 35 ans. 60 % des réfugiés vivent en Egypte depuis plus de 10 ans et 6 % depuis plus de 15 ans.

« L’afflux des réfugiés et des migrants a augmenté ces dernières années en raison des troubles régionaux et cela a coïncidé avec la crise économique et les défis qu’a connus l’Egypte. Le pays assume un lourd fardeau économique pour accueillir ces migrants et ces réfugiés », explique l’expert des études démographiques et migratoires Ayman Zohry. Et d’ajouter que ces migrants ont besoin de services, notamment en matière de santé et d’éducation. « L’Egypte a donné aux réfugiés, notamment arabophones, tels les Syriens et les Soudanais, accès à son système scolaire public. Quant aux réfugiés d’origine africaine, ils sont confrontés à la barrière de la langue, fait qui complique la scolarisation de leurs enfants dans le système public, mais ce problème est partiellement résolu grâce à la présence d’écoles spécialisées suivant les ambassades ».

L’Union Européenne (UE) avait annoncé en 2022 la fourniture à l’Egypte d’un soutien financier de 4,7 milliards d’euros pour venir en aide aux réfugiés et aux demandeurs d’asile les plus vulnérables. Le financement humanitaire de l’UE porte sur 3 secteurs-clés : l’éducation en situation d’urgence, les besoins fondamentaux et la protection.

« La crise au Soudan a entraîné la fuite de plus de 317 000 personnes vers l’Egypte en quelques mois seulement. Tous les acteurs doivent unir leurs forces pour faire face à ce problème », a déclaré Hanan Hamdan, représentante du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) auprès de l’Egypte et de la Ligue arabe, lors d’un atelier sur la crise des réfugiés en Egypte. Selon Hamdan, « il est indispensable que la communauté internationale fournisse une aide vitale aux réfugiés tout en élargissant le soutien aux services publics égyptiens ».

Une urgente nécessité

Lors d’une récente réunion du Conseil des ministres, le premier ministre, Mostafa Madbouly, a souligné l’urgente nécessité de recenser le nombre des réfugiés et de documenter les coûts assumés par l’Etat pour leur fournir les services nécessaires. C’est dans ce contexte que le ministère de l’Intérieur a appelé tous les étrangers résidant en Egypte à régulariser leur statut de résidence. Le porte-parole du Conseil des ministres, Mohamad Al-Homossani, a affirmé que cette démarche s’inscrit dans le cadre de la volonté de l’Etat de recenser les coûts résultant de la prise en charge des réfugiés. « Des cartes d’identité magnétiques seront fournies aux migrants et aux réfugiés afin de faciliter la communication avec eux et connaître leurs besoins » a-t-il affirmé.

Le ministre de la Santé et de la Population, Khaled Abdel-Ghaffar, assure que « malgré les défis auxquels font face les secteurs des services en Egypte, le gouvernement assume sa responsabilité pour subvenir aux besoins de ces réfugiés ». Il donne l’exemple de l’ouverture de plus de classes dans les écoles pour accueillir le grand nombre d’élèves parmi les réfugiés. En outre, le ministère de la Main-d’oeuvre a annoncé que le nombre de réfugiés qui ont reçu un permis de travail était très faible par rapport à leur nombre total dans le pays. Selon le rapport, 37 % seulement d’entre eux travaillent dans des emplois stables.

Pour sa part, le ministre de l’Irrigation, Hani Soweilam, a annoncé en novembre, dans le cadre de sa participation à la Semaine de l’eau du Caire, que les réfugiés en Egypte ont besoin annuellement de 9 milliards m3 d’eau pour couvrir leurs besoins.

Un décompte nécessaire

L’Egypte accueille des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile. Selon les Nations-Unies, les migrants sont « les personnes qui ont résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes, volontaires ou involontaires et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, utilisés pour migrer ». Bref, ce sont des personnes en déplacement, peu importe les raisons.

Quant aux réfugiés, ils sont, selon la Convention de Genève de 1951, dont l’Egypte est signataire, « les personnes qui se trouvent hors de leurs pays d’origine et qui, du fait de leur race, leur religion, leur nationalité, leur appartenance à un groupe social déterminé ou à des opinions politiques, craignent d’être persécutés ou ne pas pouvoir y retourner ».

Enfin, un demandeur d’asile est une personne qui sollicite une protection internationale hors des frontières de son pays à cause des conflits ou des guerres déclenchés dans son pays d’origine, mais qui n’a pas encore été reconnue comme réfugiée. « Une fois arrivée dans un pays, une personne ayant fui le sien fait une requête auprès des autorités compétentes du pays dans lequel elle souhaite obtenir le titre légal de réfugié », explique l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), qui souligne que les personnes reconnues comme réfugiées sont placées sous sa protection juridique et administrative.

Outre la Convention de Genève de 1951, l’Egypte est signataire de la convention de l’Union africaine (1969) sur les droits des réfugiés suite à laquelle un protocole d’accord entre le gouvernement égyptien et le HCR a eu lieu. Présent en Egypte depuis 1954, le HCR fournit des services couvrant tous les aspects du statut légal des réfugiés. « Il offre aux réfugiés, inscrits sur sa liste, des fonds pour les aider à vivre », souligne Milad. « Le problème est que le nombre de réfugiés enregistrés auprès du HCR reste bien loin de leur nombre réel sur le terrain ». En effet, un nombre très médiocre de réfugiés présents en Egypte est enregistré officiellement auprès du bureau du HCR. Raison pour laquelle Zohry insiste sur le fait que « l’Egypte doit absolument avoir ses propres statistiques et ne pas se référer aux estimations internationales qui sont très souvent loin de la réalité ».

En effet, selon les chiffres annoncés par le HCR, seulement 473 000 réfugiés de 62 nationalités sont enregistrés, dont presque 50 % sont des Soudanais. Un chiffre qui, selon le HCR, croît tous les jours depuis le déclenchement de la guerre civile au Soudan en avril 2023. Les Syriens, qui ont fui la guerre dans leur pays et se réfugient en Egypte, constituent le deuxième groupe le plus important. Le nombre de Syriens enregistrés auprès du bureau du HCR est passé de 12 800 en 2012 à plus de 153 000 en 2023, un chiffre qui semble également loin de la réalité. Selon le HCR, « en raison de la crise en Syrie et au Soudan, l’Egypte accueille désormais le plus grand nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile de son histoire ».

Des ressortissants de 54 pays africains et arabes (Erythrée, Yémen, Iraq et autres) résident également en masse en Egypte.

Milad explique que l’appel du gouvernement égyptien aux résidents étrangers à légaliser leur séjour permettra d’avoir une base de données correcte sur ces réfugiés. « On s’attend ainsi à ce qu’un grand nombre d’entre eux se rende au HCR afin de régulariser leur situation en Egypte », conclut-il.

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