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Décodage - Philadelphie ou le corridor de la controverse

Amira Doss , Mardi, 16 janvier 2024

Ces dernières semaines, le terme « axe de Philadelphie » ou « axe Salah al-Din » est revenu en force lors de la guerre à Gaza. Qu'est-ce que l'axe de Philadelphie et pourquoi est-il devenu un enjeu stratégique dans le conflit actuel ?

Rafah

 

Où exactement est situé l'axe Salah al-Din?

Cet axe est un corridor étroit de 14 kilomètres de long et de 100 mètres de large longeant la frontière entre l'Egypte et la bande de Gaza, côté palestinien. Il s'étend de la mer Méditerranée au nord jusqu'au point de passage de Karm Abou Salem au sud. Il se trouve dans la zone tampon ( D ) sur la frontière entre l'Egypte et la bande de Gaza. L'axe est donc la route qui borde la frontière de Gaza avec l'Egypte, le point d'arrêt sud à Gaza.



Quel est le statut juridique de l'axe de Salah al-Din?

Historiquement, le corridor de Salah al-Din a été établi conformément à l'accord de paix de Camp David signé entre l'Egypte et Israël en 1979, pour être une zone de tampon. Le juriste et spécialiste en droit international Ali El Ghatit explique que d'après l'accord, le contrôle de ce corridor vise à empêcher toute circulation d'armes et de matériaux entre l'Egypte et la bande de Gaza ainsi qu'à contrôler strictement le mouvement des Palestiniens vers l'Egypte à travers le point de passage de Rafah. « L'accord précise également certaines restrictions concernant le nombre et la qualité des forces déployées des deux côtés de la frontière », explique Ali El Ghatit.

Or, en 2005, Israël avait décidé de se désengager et de se retirer de ce corridor et de soumettre son contrôle à l'Egypte. La même année un accord a été signé pour réglementer la présence des forces dans l'axe, permettant une coordination sécuritaire entre les deux côtés.

D'après l'expert stratégique Meguahed Al Zayyat, après ce désengagement et depuis cette décision unilatérale, l'Egypte s'est alors engagée à lutter contre tout trafic d'armes à sa frontière et maintient un nombre limité de troupes, à savoir 750 gardes-frontières pour patrouiller le long de la frontière égyptienne du côté égyptien de l'axe et pour empêcher toute infiltration ou contrebande.  D'après Al Zayyat, le côté palestinien, lui, était contrôlé par l'Autorité palestinienne jusqu'à l’arrivée du Hamas au pouvoir en 2007.

« Aujourd'hui, cette zone stratégique reste un point crucial dans la guerre en cours. Le contrôle de l'axe de Philadelphie est une question controversée et toute décision ou opération ayant trait à ce passage ne peut pas être prise d'un seul côté et doit être basée sur un accord de toutes les parties concernées », ajoute-t-il.

Un échange de renseignements et une coordination sont donc inévitables.

Que veut Israël ?

Lors des dernières semaines, les responsables israéliens ont répété qu'Israël désire avoir le contrôle total sur l'axe et ce, pour assurer le désarmement de la bande de gaza. « Ce point doit être sous notre contrôle, il doit être fermé. Tout autre arrangement ne garantira pas le désarmement que nous recherchons », avait déclaré le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, le 30 décembre dernier lors d'une conférence de presse. 

Des rapports récents, y compris celui publié le 8 janvier par le journal Wall Street Journal, citent qu'Israël envisage de construire une barrière souterraine dans la zone de l'axe de Philadelphie. Depuis le déclenchement de la guerre, les responsables en Israël avaient répété que ce « couloir de terre » est redevenu un enjeu sécuritaire pour Israël. Car, « anéantir » le Hamas signifie pour Israël non seulement éliminer ses responsables mais également détruire les infrastructures qui facilitent leurs opérations. D'après les responsables israéliens, ces passages et ces kilomètres de tunnels sont utilisés pour cacher les otages, se déplacer, lancer des attaques.

Quelle est la position de l'Egypte?

L'Egypte a à plusieurs reprises démenti les déclarations israéliennes concernant les opérations entretenues par des chars israéliens depuis le passage de Karem Abou Salem vers l'axe de Philadelphie, à la frontière entre Gaza et l'Egypte. Le 23 décembre, l'Egypte a déclaré que les informations avancées par Israël sur le début d'une opération terrestre du passage de Karem Abou Salem jusqu'à l'axe de Philadelphie sont infondées.

Le 8 janvier, l'Egypte a démenti les informations publiées par le Wall Street Journal avançant qu’Israël a demandé des mesures pour renforcer la surveillance de l'axe de Philadelphie.

D'après Meguahed Al Zayyat, l'Egypte avait détruit lors des dernières années les tunnels creusés par le Hamas. Il confirme que la position de l'Egypte est claire et qu'elle considère que toute opération depuis le passage de Philadelphie sera considérée comme une violation des traités internationaux.

Le contrôle de l’axe... quels dessous?

D'après Ali El Ghatit, cette volonté de reprise du contrôle de l'axe de Salah al-Din dévoile les contours des plans d’Israël concernant la réinstallation de la population de Gaza. « Le contrôle de l'axe peut être un pas vers le déplacement forcé des Palestiniens vers les frontières égyptiennes ».

A cet égard, la position de l'Egypte est claire, rejetant toute déportation des Palestiniens, qui d'après elle serait une liquidation définitive de la cause palestinienne.

Une chose est évidente. D'après El Ghatit, toute tentative de reprise du contrôle de l'axe de Philadelphie est une atteinte flagrante à l'accord de paix et aura sans doute des répercussions sur la stabilité dans la région.

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