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Les multiples démarches du Caire

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 17 janvier 2024

Depuis le début de la guerre contre Gaza, l’Egypte poursuit sans relâche ses efforts sur différents volets. Objectifs : poursuivre l’acheminement de l’aide humanitaire, parvenir à un cessez-le-feu et à une solution durable et éviter une escalade régionale.

Les multiples démarches du Caire
Le terminal de Rafah a toujours été ouvert depuis le début de la guerre à Gaza.

Alors que la guerre israélienne contre Gaza a dépassé le cap des 100 jours, avec une situation humanitaire de plus en plus critique à Gaza et des risques sécuritaires de plus en plus importants dans l’ensemble de la région, l’Egypte intensifie son dynamisme politique et diplomatique pour tenter de freiner l’escalade. Quasi quotidiennement, depuis le 7 octobre, le président Abdel Fattah Al-Sissi s’entretient avec les dirigeants mondiaux pour parvenir à une issue à cette crise et assurer l’acheminement des aides sans interruption vers la bande de Gaza.

Cette semaine, lors de sa rencontre avec Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, arrivé le 14 janvier au Caire, le président Sissi a réitéré la position de l’Egypte et ses appels à un cessez-le-feu immédiat et à l’urgence de réduire les tensions régionales en cours. « Il est impératif d’apaiser la situation catastrophique des Gazaouis et d’aboutir à un cessez-le-feu à la bande pour protéger les civils et désamorcer la tension dans la région », a souligné le président lors de la réunion. Les deux dirigeants ont également passé en revue les développements actuels aux niveaux international et régional, notamment l’intensification des opérations militaires dans la région.

De même, dans le cadre de la coordination arabe continue, le président Sissi a rencontré, le 10 janvier, ses homologues jordanien et palestinien à Aqaba. Durant le sommet tripartite, l’accent a été également mis sur le rejet de toute tentative visant à séparer Gaza et la Cisjordanie et sur le fait que le seul garant de la stabilité de la région est un règlement juste et global de la cause palestinienne. Les dirigeants ont également affirmé le refus catégorique de la déportation des Palestiniens. Des rejets qui ont été clairement transmis par le président Sissi au secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, dont le pays est le principal allié d’Israël dans sa guerre et qui est arrivé en Egypte le 11 janvier à la fin d’une tournée dans la région la semaine dernière.

Pour l’ambassadeur Hussein Haridi, ancien adjoint au ministre des Affaires étrangères, dès le premier jour de cette guerre, l’Egypte n’a pas épargné son dynamisme politique avec pour objectif de mettre fin immédiatement aux agressions israéliennes et d’imposer un cessez-le-feu immédiat et permanent. « Il s’agit de tenter de parvenir à un horizon politique à la question palestinienne. Cela signifie que nous devons suivre la voie d’une paix globale, permanente et juste, et que le peuple palestinien jouit de son droit à l’autodétermination et la création d’un Etat sur les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale », estime-t-il. Et d’ajouter : « L’Egypte insiste également sur le refus de la déportation des Palestiniens et de la séparation entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, avertissant contre les pratiques des colons en Cisjordanie, qui poursuivent le même objectif qu’Israël recherche dans la bande de Gaza ».

Désamorcer les tensions en mer Rouge

L’action intensifiée de l’Egypte est également liée à éviter l’expansion des tensions dans la région, surtout dans la région de la mer Rouge suite aux frappes américano-britanniques menées contre les Houthis au Yémen. L’Egypte a, à plusieurs reprises, prévenu contre l’expansion des répercussions des agressions israéliennes dans la région. Le ministère des Affaires étrangères a exprimé sa profonde préoccupation face à l’escalade des opérations militaires dans la région de la mer Rouge et aux frappes aériennes dirigées contre certaines zones à l’intérieur de la République du Yémen. Il a appelé, à travers un communiqué, à la nécessité « d’épargner à la région de nouveaux facteurs d’instabilité, de conflits et de menaces à la paix et à la sécurité internationales ». Et de poursuivre : « L’Egypte considère les évolutions dangereuses et rapides qui se produisent dans la région sud de la mer Rouge et au Yémen comme une indication claire de sa mise en garde à plusieurs reprises quant aux dangers d’une extension du conflit dans la région en raison des attaques israéliennes continues dans la bande de Gaza ».

La spécialiste des relations internationales Mona Soliman explique que l’expansion de ce conflit affecte de manière directe les intérêts égyptiens. « Tous les conflits étendus du nord du Liban à la bande de Gaza, en passant par l’Iraq et la Syrie, puis jusqu’au détroit de Bab El-Mandab et à la mer Rouge, ont pour seule et principale raison l’agression israélienne contre la bande de Gaza. L’application de la vision de l’Egypte reste la seule solution, afin d’assurer la sécurité régionale, liée à parvenir à un cessez-le-feu immédiat et permanent », souligne-t-elle.

En effet, le président de l’Autorité du Canal de Suez, Osama Rabie, a fait savoir cette semaine que la navigation dans le Canal de Suez avait été affectée par les turbulences en mer Rouge. « Les revenus du Canal de Suez ont baissé de 40 % entre les 1er et 11 janvier par rapport à la même période en 2023 », a-t-il affirmé, précisant que seuls 544 navires ont passé durant ces 11 jours en 2024 contre 777 durant la même période en 2023. Il a cependant assuré que « la navigation dans le canal est régulière dans les deux directions et n’a jamais été suspendue ». Quant au trafic maritime en mer Rouge, il a diminué de 30 % entre les 1er et 11 janvier par rapport à la même période de l’année dernière. Cette réduction est due aux tensions ayant eu lieu en mer Rouge. La navigation dans le Canal de Suez a été perturbée non seulement par les attaques des Houthis du Yémen contre les navires, mais aussi par des frappes menées par la coalition internationale qui lutte contre les Houthis. Selon le président du canal, cette chute menace l’une des sources principales de devises étrangères de l’Egypte.

Réponses aux provocations israéliennes

La diplomatie égyptienne se reflète également très clairement face aux provocations israéliennes. pour Mona Soliman, « les allégations israéliennes prétendant la mise en place de mesures pour renforcer la surveillance le long de l’axe Salaheddine, et celles avancées devant la CIJ accusant l’Egypte d’avoir entravé l’acheminement des aides vers Gaza sont toutes des mensonges infondés. Ces accusations visent à imposer une carte de pression sur l’Egypte à la fois pour qu’elle accepte la proposition de déportation des Palestiniens et pour qu’elle change de ton sur ces revendications. Toutes ces tentatives vaines n’aboutiront à rien ». Voyant l’affaire d’un oeil différent, Haridi explique que les provocations israéliennes visent plutôt à créer un fossé et une rivalité entre les peuples égyptien et palestinien, pour bouleverser leur union et leur soutien mutuels.

Toujours sur une voie diplomatique, l’Egypte a répondu par un communiqué publié par le Parlement égyptien et un autre par l’Organisme général de l’information (SIS) sur les mensonges israéliens. Une lettre officielle sera également envoyée à la CIJ, a assuré Diaa Rashwan, président du SIS.

Poursuivre l’acheminement de l’aide

En parallèle, l’acheminement des aides vers la bande de Gaza se poursuit, et le terminal de Rafah qui n’a jamais fermé du côté égyptien depuis le début de l’agression israélienne sur Gaza garde ses portes ouvertes.

Selon le SIS, malgré les entraves qu’impose Israël en stipulant deux étapes d’inspection à Karm Abou Salem et de transfert des biens vers de nouveaux camions, l’Egypte a acheminé en 95 jours vers Gaza 7 000 tonnes de médicaments et de fournitures médicales, 4 500 tonnes de carburant, 50 000 tonnes de produits alimentaires, 20 000 tonnes d’eau, 12 000 tonnes de tentes et 88 ambulances. De même, 1 210 blessés et 1 085 de leurs accompagnateurs ont été accueillis en Egypte. En plus de 23 000 ayant la double nationalité et 2 623 Egyptiens bloqués dans la bande de Gaza qui ont traversé vers l’Egypte. Des quantités importantes, mais qui restent bien médiocres pour répondre aux besoins des Gazaouis. « L’aide humanitaire arrivant dans la bande de Gaza ne répond pas à 5 % des besoins de la population », a fait savoir Adnan Abu Hasna, porte-parole de l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA).

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