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Un défi pour la RDC

Abir Taleb, Mardi, 09 octobre 2012

Les membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) se réunissent à Kinshasa du 12 au 14 octobre 2012 sous le thème Francophonie, enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondiale. Une rencontre qui intervient alors que la RDC fait face à des troubles internes et régionaux.

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Les provinces du Kivu sont le théâtre de combats entre l'armée et le M23 depuis avril dernier. (Photo: AFP)

Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), vibre déjà au rythme du XIVe Sommet de la Francophonie prévu du 12 au 14 octobre. De nombreuses délégations sont déjà sur place, avec à leur tête le secrétaire général de l’OIF, Abdou Diouf, arrivé dimanche soir. Plusieurs activités sont organisées en marge de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernements : un Forum économique a démarré lundi et se poursuit jusqu’à ce mercredi, un méga-concert de grands artistes congolais et internationaux est annoncé pour ce mercredi.

Pour ce qui est du thème du Sommet, le choix porté sur les enjeux environnementaux et économiques traduit la volonté de la communauté francophone, (56 Etats membres et 19 observateurs), d’être associée à la conduite des affaires du monde. Selon les observateurs, la gestion solidaire de tels enjeux constitue, en effet, un préalable indispensable à la concrétisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

Ce nouveau Sommet marquera aussi un nouveau palier de rupture avec la « Françafrique ». Ainsi, Yamina Benguigui, ministre française déléguée à la Francophonie, a déclaré que « Le sommet de Kinshasa, c’est aussi la voix de l’Afrique », soulignant que « la France n’a pas la tutelle de l’organisation du sommet de la francophonie ». La vision de la France est d’avoir, selon elle, avec les pays africains, « des relations à hauteur de l’humain, égalitaires », d’avoir un « nouveau langage de partage débarrassé de ses oripeaux colonialistes », et fondé sur « un espace économique très important qui doit être réorganisé ».

La ministre française a également déclaré, jeudi dernier, que « tout sera débattu » à Kinshasa. Mme Benguigui a indiqué qu’au-delà des thèmes officiels programmés, le Sommet « abordera, le 13 octobre, journée officielle, les situations de crise dans le Sahel et en RDC ». Evoquant la crise au Mali et la « problématique importante autour du Sahel », elle a indiqué que « l’on ne pouvait pas se passer de la présence algérienne » et que le Sommet de Kinshasa « aura du sens parce qu’il se déroulera au cœur de l’Afrique ».

« Tirer la RDC vers le haut »

Par ailleurs, l’OIF veut de plus en plus aller bien au-delà de la conception traditionnelle du partage de la langue française, en faveur de la culture de la paix, de la démocratie, des droits de l’homme, du développement durable, de la promotion du respect de la biodiversité et de la diversité culturelle. Or, l’OIF, qui se définit aussi comme une organisation de pays « ayant en partage le respect des valeurs universelles », n’ignore pas que la RDC, hôte du Sommet, ne les respecte pas. Elle souligne cependant que l’un de ses objectifs est précisément « l’instauration et le développement de la démocratie ».

« Si l’on veut tirer la RDC vers le haut, il est bon d’aller à Kinshasa dire ce que nous avons à dire et essayer de travailler pour emmener ce pays vers la voie qui nous paraît la meilleure en termes de bonne gouvernance, d’Etat de droit et de respect des droits de l’homme », a déclaré Abdou Diouf, dans une interview accordée le 1er octobre simultanément à TV5, au journal Le Monde et à France 24. Aussi, Yamina Benguigui a mis en avant des « réformes » promises par le gouvernement congolais, dont la création d’une commission nationale des droits de l’homme. « Les choses changent » en RDC, « terre qu’il ne faut pas boycotter », a-t-elle assuré.

Le plus grand défi aujourd’hui est donc celui de la RDC, le pays francophone le plus peuplé du monde avec 74 millions d’habitants. Sans ambages, Diouf a tiré la sonnette d’alarme en exprimant vivement ses craintes sur le démembrement qui menace la RDC par le Nord-Kivu, une province dont une partie est occupée par les rebelles pro-rwandais du Mouvement du 23 mars (M23). Quant à la France, Mme Benguigui a rappelé la position de son pays exprimée devant l’Onu qui souligne que « la RDC a été agressée » et qui « condamne tous les soutiens extérieurs aux rebelles du M23 ».

Depuis avril dernier en effet, les provinces du Kivu (Nord et Sud) sont le théâtre de combats entre l’armée congolaise et le M23, né d’une mutinerie d’officiers tutsis soutenus par le Rwanda voisin, comme l’a dénoncé en juillet un rapport d’experts des Nations-Unies. Le M23, mais aussi d’autres groupes abonnés aux rébellions, ont repris les armes, sèment la terreur et commettent les pires exactions. Les positions du M23 se trouvent à une trentaine de kilomètres de Goma, verrou stratégique vers lequel le Conseil de sécurité de l’Onu a ordonné au M23, début août, de cesser « toute avancée ». Après avoir observé une trêve relative, le M23 affirme avoir gagné du terrain vers Ishasha, important poste frontalier avec l’Ouganda, vers lequel les violences risquent de déborder. Et ce, à quelques jours du Sommet de la Francophonie, le mouvement a annoncé son intention de prendre Goma.

A cela s’ajoutent des troubles politiques internes qui mettent à mal les dirigeants de la RDC. Ainsi, le Sommet s’annonce quand même tendu compte tenu de la situation politique, puisque le principal mouvement de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social, d’Etienne Tshisekedi, ne reconnaît toujours pas la légitimité du président Kabila. Ce mouvement a d’ailleurs appelé à une « occupation des rues » le 12 octobre, jour d’ouverture du Sommet, afin de relancer son « combat pour la vérité des urnes » .

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