Mercredi, 17 avril 2024
Al-Ahram Hebdo > Arts >

Chantons la Palestine

Névine Lameï, Samedi, 06 janvier 2024

Nesma Herky, Cairokee et Sharmoofers ont lancé sur les plateformes musicales des chansons en solidarité avec Gaza.

Chantons la Palestine

La guerre à Gaza émeut de nombreux chanteurs et groupes musicaux égyptiens. Nesma Herky, ainsi que les bands Cairokee et Sharmoofers ont fait part de leurs sentiments sur les réseaux sociaux et les plateformes de musique en streaming, à travers des oeuvres qui expriment leur désarroi.

Le clip Mon Coeur est à Gaza montre des scènes de l’actualité, avec des femmes et des enfants sous les bombardements. La chanteuse, compositrice et parolière égyptienne d’origine nubienne Nesma Herky a choisi d’accompagner sa nouvelle chanson Qalb Falastine (le coeur de la Palestine) par des images captées par des photojournalistes palestiniens sur le terrain. Dès sa sortie, le 30 octobre dernier, elle a enregistré plus d’un million de vues sur Anghami, YouTube, Deezer et Apple Music. La chanson, arrangée par Ahmed Al-Mougy, s’inspire d’un message audio laissé par la martyre Asmaa Al-Achqar, peu de temps avant sa mort.

« Ma chanson exprime la souffrance quotidienne des Palestiniens. Asmaa Al-Achqar est l’amie d’une amie. Avant sa mort, elle avait partagé une note vocale avec ses proches, via une application mobile. J’ai été extrêmement touchée à l’écoute de son message, et c’est ce qui m’a incitée à écrire ces paroles, en signe de solidarité », indique Nesma Herky, qui a eu recours à l’aide des poètes Abdallah Sayed et Yasmine El-Hewy, pour que la chanson voie le jour.

La musique triste de Qalb Falastine fait pleurer à tous les coups ; elle n’est pas sans rappeler le timbre de la voix d’Asmaa Al-Achqar. A travers un va-et-vient incessant et un rythme effréné, Qalb Falastine exprime l’état douloureux d’une mère impuissante qui essaie de protéger ses enfants. « Mais comment le fera-t-elle dans une patrie sans terre ? Cette mère racontait à ses enfants l’histoire de la Palestine et les incitait à la protéger contre toute agression », poursuit Herky dont la voix captive les âmes.

Sa chanson se situe au carrefour entre différents genres musicaux : nubien, afro-soudanais, arabo-oriental, jazzy. Le son du daf (grand tambour) répond brillamment à celui du luth oriental, aux percussions, au violon, à la guitare et au piano, offrant une belle fusion musicale.


Sharmoofers.

Conquérir les coeurs façon Cairokee

Devenu très populaire avec la Révolution du 25 Janvier 2011, grâce à la chanson Ya El-Midan (en référence à la place Tahrir), le groupe rock Cairokee se positionne parmi les plus crédibles, lorsqu’il s’agit d’exprimer une juste cause. Il a lancé, le 30 novembre dernier, le single Telk Qadeya, mettant en musique les paroles de Mostafa Ibrahim. La chanson, qui a marqué plus de 190 000 vues en quelques heures à sa sortie, a été interprétée sur scène à la clôture du Festival du film d’El-Gouna. Elle a donc refait surface et le nombre de ses auditeurs ne cesse de croître.

La chanson fait état de la politique des deux poids, deux mesures et de la désillusion totale face à un monde injuste. Et ce, sur une musique rock et avec un background visuel exprimant la dualité de ce monde. Elle a été traduite de l’arabe vers l’anglais par Walaa Kamal afin qu’elle puisse atteindre un plus grand nombre de personnes de par le monde. Créé par Mohamed Moustapha, le visuel de Telk Qadeya montre une image rouge sang de la Statue de la liberté, revêtant parfois un visage de diable.

Amir Eid, chanteur, compositeur et fondateur de Cairokee, commence par gratter sa guitare acoustique. Au fur et à mesure, la chanson progresse, la guitare se mêle à la basse, au synthétiseur et au piano.

Depuis la création de Cairokee en 2003, sa musique a été à même de capturer l’essence des frustrations et des critiques sociétales. Le groupe a marqué toute une génération d’ados et de jeunes adultes. Rapportant plus de 31 millions de vues sur YouTube, sa première chanson faisant allusion à la destruction et à la fragmentation de la Palestine, El-Khat Dah Khatty (cette écriture est la mienne). Cette chanson, qui date de 2014, s’inspire largement de la chanson du même titre du fameux Cheikh Imam.


Cairokee.

Les Sharmoofers font un tabac

Les chansons égyptiennes classiques qui s’intéressent uniquement à l’amour, à la vengeance et aux autres chassés-croisés de la vie ne sont pas de mise chez le groupe égyptien Sharmoofers. Celui-ci a toujours préféré chanter l’évolution de l’actualité sociopolitique. Il a son style, son positionnement et son public.

Sharmoofers a sorti, le 5 décembre dernier, une chanson intitulée Ressala (message). La chanson est composée par Ahmed Bahaa, chanteur et fondateur du groupe. Elle a été traduite en hébreu par Farouk Sakr, soulignant la souffrance palestinienne qui dure dans le temps. En traduisant les paroles vers l’hébreu, les interprètes du groupe, Ahmed Bahaa et Mohamed El-Arkan (aux percussions et à la guitare), espèrent pouvoir toucher des auditeurs en Israël. C’est leur message poignant et leur façon de dénoncer le génocide en cours à Gaza. Et ce, avec des influences rap afro et pop alternatif.

La chanson, diffusée sur de nombreuses plateformes de streaming musical, et sur les réseaux sociaux, compte à présent 60 000 vues. Les paroles de la chanson d’une minute et demie s’affichent sur un écran noir, en arabe et en hébreu, disant : « L’odeur du sang est si forte. Un enfant, une femme, un vieillard, un jeune homme, peu importe ! Vous n’arrêtez pas de commettre des péchés. Mais tout est enregistré, tout est connu ».

Il ne faut pas s’attarder longtemps sur la recherche d’une signification précise pour le nom du groupe « Sharmoofers », créé en 2012. Par contre, les paroles que chantent ses membres vont droit au coeur et touchent un large public.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique