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La mémoire de la danse chez Aouni

May Sélim, Mercredi, 03 janvier 2024

Le chorégraphe et metteur en scène Walid Aouni crée Pourvu que la terre ne s’évapore pas, reprenant des moments-clés de ses anciens spectacles, afin de célébrer les 30 ans de la troupe de danse contemporaine qu’il a fondée au sein de l’Opéra du Caire.

La mémoire de la danse chez Aouni
Une femme habillée aux couleurs du drapeau palestinien. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Les femmes de qassem amin, Si les nuages parlent, Faïrouz avez-vous versé des larmes ?, Le chant des baleines, Akhenaton, Les larmes de Hadid, Shéhérazade-Mona Lisa, La chute d’Icare, Le rêve d’un sculpteur, Le désert de Chadi Abdel-Salam. Ce sont les dix spectacles choisis par le chorégraphe et metteur en scène Walid Aouni afin de célébrer les 30 ans de la troupe de danse contemporaine qu’il a fondée au sein de l’Opéra du Caire. Il a décidé de présenter des extraits de ces spectacles, de recoller quelques scènes-clés pour en faire un tout abordant la cause palestinienne. Et a donné à ce nouveau spectacle de copier-coller le titre Kay la Tatabakhar Al-Ard (pourvu que la terre ne s’évapore pas). « Aujourd’hui, nous ne sommes pas là pour faire la fête ... Fermons les yeux silencieusement, et prions pour que la terre ne s’évapore pas ». Par ces mots, Aouni a demandé au public de remonter avec lui dans le temps, en parcourant les scènes qu’il leur propose, afin de ressusciter la Palestine dans les coeurs.

Dans ces spectacles, Aouni a toujours rappelé la question palestinienne, d’une manière ou d’une autre. Cette fois-ci, il a fait appel à des scènes puissantes qui documentent les diverses agressions contre le Liban (son pays natal) et la Palestine, ajoutant d’autres séquences en lien avec l’actuelle guerre de Gaza.


Aouni incarne le sculpteur Mahmoud Mokhtar sur scène. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Des réfugiés qui font la queue

Le spectacle débute par une scène empruntée au spectacle Akhenaton (2020). Des passagers traversent les planches, en portant leurs valises. Ce sont des réfugiés qui font la queue, traînant leurs vies, leurs souvenirs et leurs peines avec eux. Ils poursuivent leur voyage à la recherche de paix et de sécurité. Sur les côtés de la scène, Aouni a placé des toiles blanches servant d’écrans sur lesquels il projette les portraits de Palestiniens en détresse. C’est aussi une allusion au mur de l’apartheid.

En arrière-plan se dresse un quadrillage avec des arbres. « Je traite de la condition humaine. Toujours dans mes spectacles, le politique est omniprésent », déclare le chorégraphe et metteur en scène.

Aouni passe ensuite quelques extraits de son premier spectacle, Le Chant des baleines (1998), commémorant les 50 ans de la Nakba où il dénonce l’occupation, l’ennemi et le terrorisme de façon symbolique et poétique.

L’occupant tue sans merci. Tout autour résonnent des cris de baleines, en pleine mer. Ils correspondent aux cris des mères et aux sanglots des parents qui ont perdu leurs enfants. Les images des mères en deuil, celles de la destruction massive, sont projetées sur les côtés de la scène. Une histoire d’amour naît entre un jeune militant et une jeune fille ; elle est narrée par Rim Hégab, en la rapprochant d’une chanson de Faïrouz. Aouni tisse un monologue très touchant qui résume le parcours des jeunes militants palestiniens, qui « naissent, grandissent, chantent, dansent et meurent ».


Schéhérazade, tantôt la proie, tantôt le chasseur. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Invitation à la résistance

Il passe ensuite aux extraits tirés d’un autre spectacle, Faïrouz, avez-vous versé des larmes ? (2006). Ceux-ci évoquent l’état du Liban dévasté par les frappes israéliennes en 2006. Les danseurs bougent au milieu des maisons détruites sur la musique des chansons de Faïrouz, la diva libanaise.

Puis, à une scène empruntée à L’Odeur de la glace (2007), Aouni ajoute l’icône d’une mère palestinienne en deuil portant des vêtements aux couleurs du drapeau. Malgré sa tristesse, elle initie d’autres jeunes filles à faire du militantisme. Enceinte, elle aspire à un avenir meilleur. Par ailleurs, Aouni évoque le mur de l’apartheid autour duquel les danseurs se livrent en toute force.

Lorsque Schéhérazade fait apparition sur scène, c’est symboliser la Palestine à travers une scène sensuelle. Elle danse avec un arc et une flèche en main, jouant tantôt la proie, tantôt le chasseur. Vers la fin, elle réussit à vaincre Schahriar et fait triompher son pays. Cette scène ne se limite pas au jeu de séduction, comme dans la chorégraphie originale. Ici, elle porte un tout autre sens. « Je présente une relecture de mon travail. La scène est métamorphosée selon une autre vision. C’est la liberté de l’artiste qui permet de donner différentes interprétations à une même scène », précise Walid Aouni.

Vers la fin du spectacle, ce dernier se montre sur scène avec les danseurs. Il tient le rôle du sculpteur égyptien Mahmoud Mokhtar dans Le Rêve d’un sculpteur (2003). Sous les coups d’un ciseau à pierre, Mokhtar est présent sur scène et se transforme après la mort en Icare. Aouni nous fait rappeler La Chute d’Icare (1993, 2018). Il porte des ailes et répète : « The show must go on » (le spectacle doit continuer) sur les airs de la même chanson titre du groupe de rock Queen. Le message est évident.

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