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L'Egypte, un Etat civil

Dimanche, 03 novembre 2013

Il semble que la définition de certaines notions ne soit pas très exacte chez certains membres du comité des 50 ainsi que dans l’élite au pouvoir. Un fait qui engendre une confusion chez le peuple. Citons parmi ces notions, celle de l’Etat civil. En effet, à force d’utiliser la notion d’Etat civil et de la placer en contrepartie de l’Etat religieux ou de l’Etat gouverné par les militaires, les Egyptiens ont ressenti qu’ils étaient entrés dans une guerre contre la religion et contre les forces armées elles-mêmes.

Les déclarations émises par le premier ministre, Al-Beblawi, lors de sa visite aux Emirats arabes unis m’ont beaucoup gêné. Il a déclaré que la révolution du 25 janvier 2011 avait mis un terme pour toujours au pouvoir des militaires en Egypte et que le retour du pouvoir militaire nuirait à l’armée plus que tout. Dans d’autres déclarations, le porte-parole du comité des 50, Mohamed Salmawy, a déclaré que la nouvelle Constitution empêcherait le pouvoir de la religion et de l’armée. Nous sommes tous d’accord sur l’impossibilité de l’instauration d’un pouvoir militaire au sens propre du terme. Le pouvoir où les militaires dominent tous les aspects de la vie politique et économique, où ils écartent les membres des autres élites. Cependant, sommes-nous d’accord sur la mise à l’écart de la religion du domaine public ? Avions-nous vraiment en Egypte un pouvoir militaire avant la révolution du 25 janvier du fait que Moubarak était un membre des forces armées ? Cela signifie-t-il que l’Egypte était soumise à la domination des militaires et de leur monopole pendant trois décennies ?

Toutes ces questions n’ont qu’une seule réponse. D’abord, l’Egypte n’était pas soumise à un régime militaire même si le chef d’Etat était un officier de l’armée. Que Nasser ou Moubarak soient des membres des forces armées ne signifie pas nécessairement qu’ils aient formé un régime militaire. Il est vrai que durant les premières années de la Révolution de Juillet 1952, la présence des militaires était forte sur la scène politique. Mais, elle n’a nullement aboli le rôle des civils qu’ils soient chefs d’entreprises, industriels, ingénieurs, entrepreneurs ou penseurs avec leurs différentes orientations intellectuelles. Avec le temps, chaque chose a pris sa place naturelle.

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Le rôle des militaires dans le processus politique a été réduit pour disparaître complètement après la défaite de 1967. Bien que l’armée ait conservé une place privilégiée dans le cadre des institutions de l’Etat, l’Etat dans sa globalité était un Etat civil. Même les officiers retraités, auxquels on avait recours comme gouverneurs, présidents de compagnies ou d’institutions publiques, étaient choisis pour leur expérience, leurs capacités administratives et institutionnelles et non pour le fait qu’ils représentent l’armée. Ils respectaient les lois de l’Etat et ses statuts exécutifs. Où est donc ici le pouvoir militaire ?

En réalité, si quelqu’un veut insinuer son refus qu’un militaire présente sa candidature aux élections présidentielles ou législatives, il doit le dire franchement au lieu de mélanger les cartes et déformer les réalités historiques.

L’Egypte a toujours été un Etat civil au sens propre du terme qui signifie la non-discrimination entre les citoyens selon des critères religieux, ethniques, régionaux ou tribaux. Tous sont égaux devant la Constitution, la loi et les institutions, et ont les mêmes droits et devoirs. Ceci est également valable pour les emplois de l’Etat et ses différentes institutions. La non-discrimination est donc censée s’étendre à ces emplois.

Par conséquent, il ne faut pas penser que l’accession d’une certaine catégorie à la tête du pouvoir peut changer la nature de l’Etat ou de ses institutions. Exactement comme nous portons de l’estime pour les juges, les diplomates, les académiciens et les industriels, de quel droit ne portons-nous pas la même estime pour les membres des institutions sécuritaires et militaires s’ils veulent exercer une activité politique selon la loi après avoir quitté leur fonction première ?

Ensuite, personne ne peut ébranler la place de la religion, musulmane, chrétienne ou juive chez les Egyptiens. Qui s’imagine capable de le faire ne connaît rien de ce peuple. Qui s’imagine qu’une nouvelle Constitution est capable d’ignorer la religion des Egyptiens s’illusionne. Le plus facile et le plus logique est que la Constitution reflète la réalité des Egyptiens, leur patrimoine, leur histoire et leurs ambitions sans s’élever au-dessus des convictions des Egyptiens et de leur attachement à la religion. Cette Constitution devra également organiser les considérations religieuses dans le domaine public de sorte qu’elles ne soient pas le monopole d’un individu, d’une institution ou d’une confrérie.

Le caractère civil de l’Etat signifie l’égalité absolue qui représente l’essence même de la citoyenneté. L’Etat de la citoyenneté est lui-même l’Etat civil. L’islam a posé ces fondements depuis longtemps. Le respect des musulmans pour les hommes de religion, qui ont étudié ses préceptes et ses principes, représente une estime pour la science et non pour la personne elle-même. De plus, les notions tirées du Coran et de la sunna, qui s’écartent de tout penchant politique d’un courant ou d’un autre, ont ancré l’égalité et la non-discrimination entre les individus. Enfin, ce n’est vraiment pas la peine de déclencher une bataille perdue d’avance contre l’islam.

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