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L’Egypte et les ministres arabo-islamique expriment leur ressentiment face au veto américain

Chaïmaa Abdel-Hamid, Samedi, 09 décembre 2023

Les Etats-Unis ont mis leur veto vendredi à une résolution du Conseil de sécurité appelant à un « cessez-le-feu humanitaire immédiat » à Gaza, malgré la pression du secrétaire général qui a dénoncé la « punition collective » infligée aux Palestiniens.

 L’Egypte
Les membres du Comité ministériel conjoint, lors d’une séance de discussion avec le secrétaire d'État des États-Unis, Anthony Blinken, à Washington. Photo : page facebook du ministère égyptien des affaires étrangères.

Les membres du Comité ministériel chargé du Sommet conjoint extraordinaire arabo-islamique, dont l’Egypte, ont souligné leur exigence que les Etats-Unis assument leurs responsabilités et prennent les mesures nécessaires pour pousser l'occupation israélienne vers un cessez-le-feu immédiat. Ces propos interviennent lors d’une séance de discussion officielle avec le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, vendredi 8 décembre à Washington, comme dévoilé par un communiqué publié par le ministère égyptien des Affaires étrangères samedi 9 décembre.

Le comité ministériel a exprimé « son ressentiment face à l'usage par les Etats-Unis de leur veto », qui a empêché une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu en faveur d'un-cessez-le-feu. « Le Conseil de sécurité appelle, pour la deuxième fois, à un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza pour des raisons humanitaires », souligne le communiqué.

Dans leur communiqué conjoint, les membres du Comité ministériel ont réitéré leur position de rejet total de toutes les opérations de déportation que l'occupation cherche à mettre en œuvre, soulignant l'importance d'adhérer au droit international et au droit international humanitaire.

Ils ont également souligné la nécessité de créer un véritable climat politique conduisant à une solution à deux Etats et à l'incarnation de l'Etat de Palestine sur les frontières de 1967, conformément aux résolutions internationales pertinentes, exprimant leur refus de diviser la question palestinienne et de discuter de l'avenir de la bande de Gaza en dehors de la question palestinienne.

Les Etats-Unis ont opposé leur veto vendredi à une résolution du Conseil de sécurité appelant à un « cessez-le-feu humanitaire immédiat » à Gaza malgré la pression du secrétaire général qui a dénoncé la « punition collective » infligée aux Palestiniens.

Le projet de résolution, qui a recueilli 13 voix en faveur, une voix contre (Etats-Unis) et une abstention (Royaume-Uni), avait été préparé par les Emirats arabes unis après l'invocation sans précédent par Antonio Guterres, mercredi, de l'article 99 de la Charte des Nations-Unies permettant au secrétaire général d'attirer l'attention du Conseil sur un dossier qui « pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales ».

Malgré le vote du Conseil, Antonio Guterres « reste déterminé à pousser pour un cessez-le-feu humanitaire », a déclaré à l'AFP son porte-parole, Stéphane Dujarric.

Guterres avait appelé, vendredi matin, avec force le Conseil à agir pour éviter l’« effondrement total de l'ordre public dans la bande de Gaza ».

Le premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a lui fustigé « l'échec du Conseil de sécurité à adopter un projet de résolution visant à mettre fin à l'agression contre notre peuple dans la bande de Gaza en raison de l'utilisation par les Etats-Unis de leur droit de veto », une « honte » et un « nouveau blanc-seing donné à l'Etat occupant pour massacrer, détruire et déplacer », a-t-il estimé.

Pour le Hamas, les Etats-Unis participent de manière « directe » aux massacres. Le Hamas a « fermement condamné », samedi, le veto américain à un cessez-le-feu, le qualifiant de « position immorale et inhumaine » et de « participation directe » aux « massacres », selon Ezzat Al-Rishq, haut responsable politique du mouvement.

 

Les Etats-Unis votent contre l’humanité

« En mettant leur veto à la résolution, les Etats-Unis sont les seuls à voter contre l'humanité », a déploré l'ONG Médecins sans frontières (MSF). « En continuant à fournir une couverture diplomatique aux atrocités à Gaza », ils « signalent que la vie de certaines personnes compte moins que celle des autres ».

Par ce vote, les Américains ont mis vendredi leur veto pour la 35e fois depuis 1970 à une résolution sur le dossier israélo-palestinien (sur 39 au total), répétant leur hostilité à un cessez-le-feu. « Nous ne soutenons pas une résolution qui appelle à un cessez-le-feu non durable qui va simplement planter les graines de la prochaine guerre », a justifié l'ambassadeur américain adjoint Robert Wood, dénonçant également l'« échec moral » de l'absence dans le texte de condamnation des attaques du Hamas du 7 octobre.

L'ambassadeur israélien à l'Onu, Gilad Erdan, a lui remercié les Etats-Unis de « rester fermement à nos côtés », estimant qu'un cessez-le-feu ne serait possible que par la « destruction du Hamas ».

Depuis le début de la guerre à Gaza, c'est le cinquième projet de résolution rejeté par le Conseil largement divisé depuis des années sur le dossier israélo-palestinien.

Quatre projets avaient déjà été rejetés dans les semaines suivant le 7 octobre, faute de voix suffisantes, ou en raison de vetos russe, chinois ou américain. Le Conseil était finalement sorti de son silence mi-novembre, réussissant à adopter une résolution qui appelait à des « pauses et couloirs humanitaires » dans la bande de Gaza, pas à un « cessez-le-feu » ni même une « trêve ».

 

A Gaza, une situation de plus en plus désastreuse

Israël a poursuivi samedi ses bombardements sur Gaza, après le veto des Etats-Unis.

Le ministère palestinien de la Santé a fait état vendredi de 17 490 morts dans les bombardements israéliens, à plus de 70% des femmes et enfants et jeunes de moins de 18 ans, ainsi que des dizaines de milliers de blessés.

Dans la nuit du vendredi, des dizaines de Palestiniens ont été tués dans les bombardements israéliens à Al-Zawaida (centre), Nousseirat (centre), Rafah, Khan Younès (sud) et à Gaza-ville (nord).

Ces dernières 24 heures, 71 Palestiniens tués et 160 blessés ont été transférés à l'hôpital des martyrs d'Al-Aqsa à Deir al-Balah (centre), et 62 morts à l'hôpital Nasser (sud). Une frappe israélienne à Khan Younès a tué six personnes samedi matin, et une autre à Rafah a fait cinq morts, selon la même source.

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