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Egypte : les archéologues se montrent méfiants

Nasma Réda, Mardi, 29 octobre 2013

A quelques jours de la reprise des fouilles archéologiques par les missions étrangères, le nombre de celles-ci apparaît en baisse sur le terrain. Et cela, en raison de craintes sécuritaires.

Fouilles
Le travail des missions est toujours sécurisé.

Le nombre de missions archéologiques étran­gères opérant en Egypte est en baisse. Un constat qui se fera clair à la reprise de l’activité de ces mis­sions au début du mois de novembre. En effet, un grand nombre d’entre elles craignent le manque de sécurité qui règne dans plusieurs gouvernorats du pays. « Le nombre de missions qui ont demandé des permis de travail reste modeste jusqu’à maintenant, mais on doit attendre le mois de novembre pour avoir des statistiques exactes. Je pense que le travail continuera normalement », assure Hani Aboul-Azayem, responsable des missions et membre du comité permanent au Conseil Suprême des Antiquités (CSA), en charge de l’octroi des permis de travail aux missions étrangères en Egypte.

En effet, plus de 300 missions archéologiques étrangères tra­vaillaient sur les différents sites archéologiques égyptiens en 2010. Un nombre qui a chuté en 2012 pour atteindre 160 mis­sions. « On a approuvé cette année près d’une soixantaine de missions en Haute-Egypte », sou­ligne le ministre d’Etat pour les Affaires des antiquités, Mohamad Ibrahim. Aboul-Azayem assure la présence de 6 missions uniquement à Louqsor, destination lointaine préfé­rée par les archéologues en ces moments-ci. « On en attend 10 autres les prochains jours surtout après les congés du grand Baïram et la levée des interdictions de voyage d’une vingtaine de pays », dit le res­ponsable du comité.

« La mission tchèque a déjà com­mencé ses travaux de fouille il y a près de 2 semaines, et a envoyé des messages à d’autres missions leur confirmant que la sécurité en Egypte est bonne et qu’elles doivent reprendre normalement leurs tra­vaux », explique Alaa Al-Chahat, directeur du site de Saqqara. En effet, les Tchèques ont réussi à encourager plusieurs autres équipes de présenter leurs demandes au CSA pour reprendre le travail de terrain. Même réaction de la part de l’Américaine Willeke Wendrich, de l’Université de Californie à Los Angeles, qui, malgré les avertissements des Etats-Unis, est venue avec son équipe au Fayoum pour travailler. « Sans permis, elle est venue examiner le site et a demandé la permission pour reprendre son travail. Elle a assuré que seule sa passion pour l’égyptologie l’a encou­ragée à revenir. Cette mission améri­caine recommencera bientôt son tra­vail », affirme Ahmad Abdel-Aal, directeur des sites au Fayoum. Il affirme que cette équipe se compose de 63 membres. « Peut-être qu’ils ne viendront pas tous au début, mais c’est un bon signe », ajoute-t-il.

Sur 10 missions présentes sur les sites du Fayoum, dont des Polonaises, des Italiennes et des Anglaises seule Wendrich a pris l’initiative de reprendre le travail.

« Notre mission sera plus restreinte »

Du Fayoum à Louqsor les choses diffèrent. « La situation est beaucoup plus accueillante qu’ailleurs », sou­ligne Mansour Boreik, ex-directeur du site. Le Centre franco-égyptien d’études des temples de Karnak poursuit son travail normalement pendant toute l’année. Egalement, la mission archéologique française de Thèbes-ouest, qui travaille notam­ment au Ramesseum, reprendra ses activités de terrain pendant les mois de novembre et de décembre 2013, toujours en partenariat avec les équipes égyptiennes du Centre d’études et de documentations sur l’Egypte Ancienne. « Il est vrai que cette année, en raison des événe­ments qu’a connus l’Egypte ces der­niers mois, notre mission sera plus restreinte. Ceci étant dû notamment au fait que l’organisation adminis­trative s’en est trouvée difficile à mettre en place, en raison du contexte qui a prévalu après la deuxième révolution de juin », explique Christian Leblanc, directeur de la mis­sion archéologique française de Thèbes-ouest. Il ajoute qu’aujourd’hui, la situation paraît plus apaisée. « Nous avons bon espoir de pouvoir reprendre nos recherches dans de bonnes conditions, d’autant qu’elles sont plutôt à Louqsor, une ville plutôt calme et accueillante, où nous souhaitons de tout coeur que reviennent rapidement les touristes », a-t-il souligné

A la suite de l’état d’ur­gence décrété dans le pays par les autorités égyptiennes et le couvre-feu imposé dans 14 gouvernorats, plusieurs missions ont été réticentes à reprendre leurs activités archéologiques en Egypte. « La situation est exagérée. Les équipes étrangères opé­rant en Egypte sont désor­mais bien surveillées. Mais elles préfèrent reprendre une saison sans être interrom­pues par de longs congés tel celui du pèlerinage », déclare Aboul-Azayem.

Quant à la situation dans le Sinaï, elle reste préoccupante surtout dans la partie nord. Les autorités égyp­tiennes ont lancé des opérations de traque de cellules terroristes qui don­nent lieu, de manière récurrente, à des affrontements. Certains groupes extrémistes ont, de leur côté, multi­plié les actions terroristes contre les forces de l’ordre. Raison pour laquelle, les demandes de quelques missions dans cette région ont été refusées. « C’est une affaire de sécu­rité nationale », regrette Mahmoud Idriss, directeur d’un site dans la région.

Des mesures qui paraissent strictes pour quelques-uns, alors que d’autres estiment qu’elles sont essentielles. « Nous sommes dans des circons­tances spéciales et les responsables des missions étrangères comprennent bien la situation. Ainsi, on n’a impo­sé ni de nouveaux règlements, ni de nouvelles facilités », assure Aboul-Azayem.

Quant aux fouilles sous-marines à Alexandrie, elles sont loin des affron­tements et des conflits politiques. Le Centre d’études alexan­drines — fondé en 1990 et dirigé par Jean-Yves Empereur, directeur de recherche au CNRS (France) — a pour mission d’étudier l’histoire d’Alexandrie (Egypte) à travers tous les documents qui illustrent son des­tin exceptionnel. Fouilles archéolo­giques terrestres et sous-marines, vestiges de surface, archives, cartes anciennes, textes d’auteurs antiques et récits de voyageurs alimentent l’ensemble de ces recherches. Selon Moustapha Rouchdi, directeur du CSA dans cette ville côtière, « les Français et les Polonais travaillent, mais d’autres pays pas encore. Cela ne veut pas dire qu’on perd espoir. Au contraire, d’après mes contacts personnels, quelques-unes des mis­sions veulent plus que jamais revenir. L’Egypte a besoin des missions étrangères, mais ce n’est pas dans la logique actuelle ».

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