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Le patrimoine de Gaza en péril

Nasma Réda , Dimanche, 19 novembre 2023

Actualité oblige, les dangers qui pèsent sur le patrimoine de Gaza ont dominé les discussions de la Conférence internationale de l’Union des archéologues arabes qui s’est déroulée cette semaine au Caire. Compte rendu.

Le patrimoine de Gaza en péril
L’église Saint-Porphyre, la plus ancienne à Gaza, bâtie au Ve siècle.

Destruction, pillage, falsification du patrimoine arabe. Telles sont les principales inquiétudes exprimées lors de la 26e édition de la Conférence annuelle de l’Union des archéologues arabes, tenue au Caire les 11 et 12 novembre. De l’Iraq au Yémen, du Maroc à la Syrie, quand les catastrophes naturelles, les guerres et les troubles politiques rejoignent l’archéologie, c’est toujours cette dernière qui perd. « Le patrimoine arabe paie le prix des conflits régionaux. La situation patrimoniale, notamment en Palestine, suite aux derniers bombardements israéliens surtout à Gaza, est sombre », indique Mohamed Al-Kahlaoui, chef de l’Union des archéologues arabes, lors de la session d’ouverture pendant laquelle ont régné les discussions sur le pillage, la destruction et la falsification du patrimoine arabe. « Ce n’est pas le patrimoine arabe qui est en danger, c’est plutôt l’identité arabe elle-même qui court un vrai péril », se lamente l’archéologue Zidane Kafafi, professeur à l’Université jordanienne d’Al-Yarmouk, expliquant que ces opérations de falsification de l’Histoire ont commencé par les Israéliens en Palestine et continuent actuellement dans le monde arabe. « Les Israéliens sont excellents dans cette falsification dans le but de confirmer que la Palestine est leur terre sainte. Ce qu’ils font à Al-Qods de déplacement forcé du peuple palestinien, incendies, fouilles et autres ne sont que des actes pour changer l’identité du patrimoine palestinien », déclare Khalil Tafakgui, archéologue palestinien, qui assure que pendant leurs fouilles, les Israéliens sortent des pièces qu’ils prétendent être leurs antiquités où sont gravés des mots en hébreu citant le mot Israël.

Selon lui, jour après jour, les fouilles se multiplient sous et autour de la mosquée d’Al-Aqsa risquant sa démolition. « On est inquiet de ce qui se passe en Palestine, ainsi qu’au Soudan, en Syrie et au Yémen, entre pillages et destructions des pièces antiques suite aux troubles politiques ou catastrophes naturelles », assure l’archéologue iraqien Oqayl Ghaleb, disant que l’Iraq, après le Printemps arabe, a pu restituer une partie de son trésor pillé, affirmant que récemment, 17 000 pièces ont été restituées et exposées aux musées iraqiens. L’idée de construire plus de musées afin de conserver les pièces antiques contre le pillage est partagée par l’archéologue du Yémen Monir Al-Orifi. « Des milliers de pièces antiques ont quitté le Yémen depuis 2011. Une grande partie de cette collection est exposée ou vendue en Europe », affirme Al-Orifi, soulignant l’importance de les restituer.

En plus du problème actuel de Gaza, la Conférence internationale de l’Union des archéologues arabes a discuté des catastrophes naturelles qui ont affronté le patrimoine arabe, surtout en 2023. « Le tremblement de terre en Syrie en février dernier ou au Maroc en septembre, ainsi que les pluies torrentielles et inondations de Lybie n’étaient pas seulement des catastrophes sur le plan humain, mais elles ont gravement nui le patrimoine dont la plupart est inscrit dans le patrimoine mondial de l’Unesco », indique Oqel Ghalab, archéologue iraqien. Afin de trouver une solution, la technologie en est le sort. « La digitalisation de tout notre patrimoine est le meilleur moyen pour le préserver pour les générations futures », explique Solimane Al-Mahary, en montrant comment le Bahreïn, par ce moyen numérique, a pu reconstruire des édifices antiques. Mais bien que ce moyen soit applicable dans quelques pays arabes, d’autres ne peuvent pas l’appliquer faute de financement. « L’état actuel des sites archéologiques arabes est lamentable. En tant que pays arabes, on doit coopérer et s’adresser aux institutions internationales comme l’Icesco ou l’Unesco, afin de protéger nos patrimoines culturels », conclut Al-Kahlaoui.

 

 Liste de quelques sites archéologiques détruits ou partiellement touchés par les bombardements israéliens depuis le 7 octobre

Tell Rafah : site archéologique datant de l’ère gréco-romaine.

L’église Saint-Porphyre : la plus ancienne église de Gaza, qui remonte à l’an 406 ap. J.-C.

L’église byzantine de Jabalia, datant de l’année 444.

L’église de la Sainte Famille de Gaza, fondée en 1869.

L’hôpital Al-Ahli (Al-Meamedani) comprenant une église fondée en 1882 par les missionnaires de l’Eglise d’Angleterre.

Grande mosquée Omari à Gaza : au style mamelouk, construite sur les vestiges d’un temple cananéen.

La mosquée de cheikh Salim à Beit Lahia, construite il y a 600 ans.

La mosquée Cheikh Saad à Beit Lahia, construite il y a 500 ans.

La mosquée Al-Kateb à Gaza, de style mamelouk-ottoman.

Le palais du Pacha, construit à l’époque mamelouke en 1260.

Les bains d’Al-Samra, style ottoman.

La mosquée d’Al-Abbass comprenant la bibliothèque Al-Abbass (époque abasside)

Le cimetière anglais datant de 1904.

Le bâtiment de la municipalité de Gaza, datant de 1893.

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