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Dangereux jusqu’au-boutisme israélien

Abir Taleb , Mercredi, 01 novembre 2023

Israël a commencé ses premières incursions terrestres à Gaza tout en intensifiant ses frappes aériennes. A défaut de pouvoir arrêter la machine de guerre israélienne, la communauté internationale plaide, timidement, pour une trêve humanitaire.

Dangereux jusqu’au-boutisme israélien
(Photo : AP)

26e jour de guerre. Ni les appels à une trêve humanitaire lancés par de nombreux pays et par l’Assemblée générale de l’Onu, ni la pression exercée sur le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ne semblent le dissuader. Rien n’arrête la machine de guerre israélienne. Plus de 8 500 Palestiniens, dont plus de 3 500 enfants, sont morts depuis le début de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza, il y a un peu plus de trois semaines. Et le chiffre augmente tous les jours. Car la guerre est entrée dans une nouvelle phase, avec les premières incursions terrestres israéliennes à Gaza. Israël l’a clairement dit : il va frapper plus fort et étendre ses opérations terrestres. Un chaos grandissant, des destructions d’ampleur dans cette nouvelle phase dont l’objectif est toujours le même pour Israël : viser le réseau souterrain du Hamas pour le « détruire » complètement.

L’armée israélienne a en effet commencé cette semaine ses premières incursions terrestres tout en intensifiant ses frappes aériennes « d’une manière très significative », pour reprendre les termes mêmes de l’armée israélienne. Celle-ci a diffusé, dès samedi 28 octobre, les premières images de son offensive terrestre, affirmant avoir ciblé et neutralisé des membres du Hamas au cours de ces derniers jours. Les Brigades Al-Qassam, ont, elles, fait état de violents combats au sol avec les forces israéliennes. Quant aux raids aériens, ils continuent de cibler les civils et les hôpitaux : le Croissant-Rouge palestinien s’est alarmé mardi 31 octobre de frappes aux abords de l’hôpital Al-Qods, au nord de la bande de Gaza, où des civils se sont réfugiés pour se protéger des bombardements israéliens alors que l’Onu a alerté la veille que des tirs avaient frappé, ces derniers jours, près de cet hôpital, ainsi que celui d’Al-Shifa, le plus grand du territoire, et l’hôpital indonésien dans le nord de Gaza.

Incursions terrestres d’ampleur limitée

Dans le même temps, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a exclu lundi 30 octobre tout cessez-le-feu dans la guerre dans la bande de Gaza, qui serait, selon lui, « une reddition face au Hamas ». Et il a affirmé que son armée avançait « méthodiquement, étape par étape » dans la bande de Gaza.

Mais quelles sont donc les tactiques d’Israël dans les semaines à venir ? « Il s’agira d’incursions terrestres d’ampleur limitée, pas d’une large offensive terrestre comme l’avait laissé entendre l’armée israélienne dans un premier temps », répond Shadi Mohsen, spécialiste des affaires palestiniennes au Centre de la pensée et des études stratégiques (ECSS). Avec, poursuit-il, « deux points de départ : l’extrême nord-ouest et le nord-est de Gaza. Les forces israéliennes avancent parallèlement afin d’isoler le nord de l’enclave et pousser les civils à quitter ces régions. Mais, les forces israéliennes font face, sur le terrain, à une forte résistance de la part des combattants du Hamas. D’où l’intensification des frappes de l’air et de la mer ». L’analyste estime que sur le plan militaire également, les Occidentaux, notamment les Américains, sont opposés à l’option d’une opération terrestre de grande envergure.

Mais Netanyahu pourra-t-il mener à bien sa mission alors qu’il est de plus en plus discrédité à l’intérieur d’Israël ? « Il y a en effet de fortes pressions sur lui. D’abord, de la part des familles des détenus, ensuite, de la part des partis d’extrême-droite, qui appellent à plus de fermeté à l’égard des Palestiniens », explique Mohsen. Le malaise interne a pris encore plus d’ampleur lorsque Netanyahu a reproché aux responsables sécuritaires de son pays d’avoir sous-estimé les risques d’une attaque d’envergure du Hamas, dans un message publié, puis supprimé, sur X. Un faux pas qui a provoqué un état d’ébullition au sein de la classe politique, alors que la rue est déjà remontée contre le premier ministre israélien, accusé de reléguer au second plan la question de la libération des détenus. Car Netanyahu joue sa dernière carte, celle de mener à bien sa guerre pour sauver sa peau. Et compte sur le fait qu’à l’heure actuelle, « la priorité en Israël est de revoir la stratégie militaire de la guerre », comme le dit Mohsen.

L’Occident embarrassé

Et la communauté internationale ? Alors que se multiplient les appels à une trêve humanitaire tant la situation est catastrophique à Gaza (voir page 5), la communauté internationale reste impuissante, parfois complaisante. En commençant par la Maison-Blanche, qui a jugé lundi 30 octobre qu’un cessez-le-feu n’était « pas la bonne réponse pour l’instant », se disant à peine favorable à des « pauses humanitaires temporaires et localisées ». Cependant, selon Shadi Mohsen, « l’appui occidental total à Israël commence à diminuer. Cibler les civils est très critiqué et de plus en plus d’appels sont lancés à Israël pour une meilleure gestion de la question de l’échange de détenus et pour autoriser l’entrée de plus d’aides humanitaires. A l’heure actuelle, ces deux questions sont d’une importance absolue. A mon sens, la question de l’échange de détenus est la seule qui est à même aujourd’hui de pousser à une trêve, serait-elle limitée dans le temps », ajoute-t-il.

Et qu’en est-il du Conseil de sécurité de l’Onu ? Après quatre tentatives infructueuses pour parvenir à un consensus sur une résolution sur Gaza, le Conseil de sécurité s’est à nouveau réuni, en vain, lundi après-midi. La réunion s’est simplement transformée en plaidoyers des uns et des autres. L’ambassadeur israélien à l’Onu, Gilad Erdan, a dénoncé ce qu’il appelle le « silence » du Conseil de sécurité sur les attaques du Hamas. « Le droit humanitaire international doit être respecté », a dit l’ambassadrice américaine à l’Onu, Linda Thomas-Greenfield, reconnaissant une fois de plus le droit d’Israël à l’autodéfense. L’« inaction » du Conseil de sécurité est un « feu vert » à une escalade continue, a de son côté affirmé l’ambassadeur de Chine, Zhang Jun, ajoutant qu’Israël « fait la sourde oreille » aux appels à une pause humanitaire. L’ambassadeur russe Vassily Nebenzia a, lui, rappelé qu’en raison de la position américaine, le Conseil est « paralysé » alors que le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé quelques heures auparavant que les Etats-Unis étaient responsables du « chaos mortel » au Moyen-Orient.

Quant à Riyad Mansour, représentant permanent de la Palestine, un Etat non membre observateur, il s’est contenté, impuissant, de rappeler au monde : « Gaza est désormais l’enfer sur Terre ».

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