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L’Egypte à la rescousse

Nada Al-Hagrassy , Mercredi, 18 octobre 2023

Le Caire multiplie les démarches pour l’ouverture d’un « couloir humanitaire » afin d’acheminer l’aide dans la bande de Gaza et éviter une catastrophe humanitaire.

L’Egypte à la rescousse

Plus de 100 camions portant des cargaisons d’aides étaient stationnés mardi matin devant le terminal de Rafah, qui relie l’Egypte à l’enclave palestinienne, en attendant le feu vert pour entrer, alors que les négociations d’un cessez-le-feu humanitaire restent toujours bloquées. Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a déclaré, lors d’une conférence de presse avec son homologue française, Catherine Colonna, lundi au Caire, que « l’Egypte est prête à ouvrir le passage de Rafah et à permettre aux citoyens d’autres pays d’y entrer, mais le gouvernement israélien n’a, malheureusement, pris aucune mesure pour permettre à l’aide ou aux étrangers de passer ».

L’Egypte est engagée dans une course contre la montre depuis le déclenchement de la crise afin de parvenir à un accord sur l’ouverture d’un « couloir humanitaire » pour acheminer l’aide dans la bande de Gaza et ramener le calme. Pour atteindre cet objectif, les démarches égyptiennes s’articulent autour de deux volets : humanitaire et politique. « Les multiples démarches de l’Egypte reflètent la force de l’Etat et sa ferme volonté de soutenir la cause palestinienne et de parvenir à une paix juste et globale basée sur la solution de deux Etats afin d’assurer la stabilité de toute la région », a souligné le conseiller Ahmad Fahmy, porte-parole officiel de la présidence de la République. Le 12 octobre, le ministère des Affaires étrangères a lancé un appel, sur son site officiel, « à tous les pays et organisations régionales et internationales », souhaitant fournir des aides humanitaires et des secours au peuple palestinien, à acheminer les aides à l’aéroport international d’Al-Arich, à 50 kilomètres du poste-frontière de Rafah, désigné par les autorités égyptiennes pour recevoir les aides humanitaires internationales. Dans ce communiqué, l’Egypte a souligné que la responsabilité humaine et les valeurs morales universelles obligent les personnes ayant conscience dans toutes les parties du monde à prendre l’initiative de fournir un soutien humanitaire au peuple palestinien qui subit actuellement de graves dangers. L’Egypte a également affirmé que, contrairement aux informations qui circulent, le poste-frontière de Rafah n’a pas été fermé mais « ce sont les installations de base du côté palestinien qui ont été détruites à la suite des bombardements répétés d’Israël, ce qui l’empêche de fonctionner normalement », souligne un communiqué des Affaires étrangères. C’est dans ce contexte que l’Egypte a appelé Israël à éviter de cibler le côté palestinien du terminal pour pouvoir acheminer les aides. Elle a également conditionné l’autorisation aux ressortissants étrangers de quitter Gaza par le poste-frontière de Rafah à l’acheminement de l’aide humanitaire dans l’enclave palestinienne. « Les conditions posées par l’Egypte et son refus que le poste-frontière soit uniquement dédié au passage des étrangers sans autoriser du côté israélien l’entrée des aides humanitaires représentent un message clair et fort notamment aux parties concernées », souligne Dr Khaled Okasha, directeur du Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS). « Cette position de principe démontre la vision, la volonté et la capacité de l’Egypte à oeuvrer pour résoudre tous les problèmes rencontrés par les différentes parties, y compris les ressortissants étrangers. Mais en même temps, et ce qui est beaucoup plus important pour l’Egypte, vient la question de l’acheminement de l’aide humanitaire aux civils à l’intérieur de la bande de Gaza sans entrave afin de pouvoir apaiser les souffrances des Palestiniens et permettre à l’Egypte de fournir les services de santé qu’elle entend offrir aux frères palestiniens », estime Okasha. Et d’ajouter : « Quelques heures après l’opération du 7 octobre, les établissements de santé du Nord-Sinaï et dans toute la République ont élevé au maximum le niveau de préparation afin de recevoir tout Palestinien ayant besoin d’un traitement urgent ». Le ministre de la Santé et de la Population, Khaled Abdel-Ghaffar, a en outre confirmé que « les hôpitaux du gouvernorat du Nord-Sinaï sont tous prêts à recevoir des cas d’urgence en provenance de la bande de Gaza ».

Afflux d’aides

En effet, depuis l’appel de l’Egypte à créer un couloir humanitaire, les aides humanitaires provenant de plusieurs capitales continuent d’arriver à l’aéroport d’Al-Arich. Le Royaume hachémite et la Turquie étaient les premiers à envoyer leurs contributions. La Jordanie a envoyé 12 tonnes d’aides médicales, suivie de la Turquie qui a envoyé 2 autres avions d’environ 60 tonnes d’aides médicales et de besoins de première nécessité. D’ailleurs, l’Egypte a envoyé de l’aide humanitaire à Gaza dès le troisième jour de l’agression israélienne avant que les voyages ne soient interrompus. « Il s’agit de 2 tonnes d’aide humanitaire et de secours médicaux qui ont été envoyées aux Gazaouis à travers le Croissant-Rouge égyptien », a déclaré Dr Khaled Zayed, chef du Croissant-Rouge égyptien au Nord-Sinaï.

En attendant l’ouverture du corridor humain, les différentes organisations de la société civile égyptienne multiplient les initiatives. Le fonds de Tahya Misr a ouvert un compte bancaire pour recevoir les dons des Egyptiens et des étrangers. Sous le slogan « Massafet Al-Sékka », l’Alliance nationale pour l’action de développement civil, une coalition formée de plus de 30 associations et organisations de la société civile, a lancé un énorme convoi d’aide humanitaire à Gaza. Celui-ci comprend 106 véhicules chargés d’environ 1 000 tonnes de fournitures essentielles, 40 000 couvertures, 50 000 vêtements et 300 000 boîtes de médicaments. Ce convoi est accompagné de médecins dans toutes les spécialités pour prêter main forte au corps médical de la bande de Gaza presque totalement effondré. Cette association a également lancé une campagne de don de sang pour le peuple palestinien en coopération avec le ministère égyptien de la Santé et de la Population et la Banque de sang, sous le slogan « Une goutte de sang équivaut à une vie ».

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