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Hamas-Israël : La guerre

Abir Taleb , Mardi, 10 octobre 2023

La situation reste explosive dans la bande de Gaza où Israël livre une guerre sans merci en riposte à l’attaque du Hamas. Une guerre aux conséquences potentiellement désastreuses et aux dimensions incommensurables.

Hamas- Israël : La guerre

« Déluge d’Al-Aqsa » versus « Epées de fer ». Les regards du monde entier se tournent vers la bande de Gaza. L’offensive surprise des Brigades Al-Qassam, branche armée du Hamas, suivie de la riposte, très violente, d’Israël. Depuis le samedi 7 octobre, date de l’attaque spectaculaire qui a pris de court Israël, la bande de Gaza est à feu et à sang. Des raids israéliens d’une intensité et d’une ampleur sans précédent. Les morts et les blessés se comptent par centaines.

Et le rythme va crescendo. Israël a rappelé plus de 300 000 réservistes. Le ministre de la Défense, Yoav Galant, a ordonné d’augmenter l’intensité des bombardements sur la bande de Gaza où vivent plus de 2,3 millions de personnes. La bande de Gaza est, depuis lundi 9 octobre, sous le joug d’un « siège complet ». « Pas d’électricité, pas d’eau, pas de gaz, tout est fermé », a tout simplement annoncé Yoav Galant. Ce dernier n’a pas mâché ses mots : « Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence », a-t-il dit, dévoilant le vrai visage d’Israël. L’Etat hébreu sort ses griffes. « Nous sommes en guerre », a déclaré le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, dès les premières heures de l’offensive du Hamas. « Les frappes ne font que commencer », a-t-il dit deux jours plus tard, menaçant que « chaque lieu à partir duquel (le Hamas) opère deviendra une ruine ».

La riposte israélienne est à la hauteur du camouflet qu’a reçu l’Etat hébreu. Car l’attaque menée le 7 octobre par le Hamas est l’une des plus importantes : tirs de roquettes par milliers, opérations maritimes, infiltration de combattants, prises d’otages par centaines. Le tout d’une manière très synchronisée. Un échec colossal d’Israël en matière de renseignement, le pire depuis un demi-siècle jour pour jour, depuis la guerre du 6 Octobre. « Une attaque minutieusement préparée dans laquelle le Hamas a sans doute reçu un soutien régional », comme l’explique la politologue Mona Soliman. Le quotidien libanais L’Orient-Le Jour comme le Wall Street Journal font état d’une planification minutieuse de plusieurs mois par le Hamas, le Hezbollah et l’Iran …

Une opération terrestre à quel prix ?

Que va-t-il se passer maintenant ? La riposte israélienne laisse présager le pire. Les appels à la retenue se multiplient de par le monde, par crainte d’un élargissement du conflit et d’un scénario catastrophe alors qu’Israël intensifie ses frappes et multiplie les menaces. L’humiliation va-t-elle donc pousser l’Etat hébreu vers un dangereux aventurisme ?

Tout porte à croire, à l’heure actuelle, que l’on se dirige vers une opération terrestre israélienne, avec tous les risques que cela comporte, même si les Israéliens disent avoir repris le contrôle des colonies de la bande de Gaza attaquées par les combattants du Hamas. Selon des propos de responsables américains relayés par le Washington Post dans la soirée du dimanche 8 octobre, les forces israéliennes se prépareraient à lancer une opération terrestre imminente contre le Hamas et ses alliés dans la bande de Gaza. Des blindés de l’armée israélienne sont déjà positionnés. Ce n’est donc que le début. « L’opération terrestre qui s’annonce aura pour but de détruire les positions du Hamas et d’abattre ses leaders », estime Soliman. Mais elle va aussi détruire Gaza et mener à un désastre humanitaire dans cette enclave palestinienne en proie à un blocus depuis 17 ans et où les Palestiniens vivent déjà dans des conditions déplorables.

Quelles seront les décisions israéliennes ? Selon Dr Saïd Okasha, spécialiste des affaires israéliennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « le gouvernement a discuté de plusieurs options : une intensification des bombardements aériens afin de détruire les positions du Hamas comme en 2014 ; une destruction totale de Gaza pour faire en sorte que ce soit l’Autorité palestinienne qui en prenne le contrôle ; une destruction partielle suite à laquelle Israël demandera à l’Onu d’intervenir pour contrôler la bande de Gaza et essayera de désarmer les groupes et les factions palestiniens ». Bref, le Hamas est dans le collimateur d’Israël.

L’on se dirige donc semble-t-il, dans tous les cas, vers un embrasement. Du moins à court et moyen termes. Or, la question des otages complique la guerre que mène Israël. Ils seraient une centaine ou quelques centaines, selon les sources. « Chaque fois que notre peuple sera pris pour cible sans avertissement, cela entraînera l’exécution d’un des otages civils », ont menacé, lundi 9 octobre, les Brigades Ezzedine Al-Qassam. « C’est la seule chose qui puisse freiner Israël. C’est la carte de pression que veut utiliser le Hamas plus tard pour un échange des prisonniers », estime Soliman. Mais le Hamas l’a dit : « Aucune négociation » n’est possible pour le moment avec Israël alors que les hostilités se poursuivent, a affirmé un responsable du Hamas basé à Doha.

 Un front, deux fronts ?

Autre question. Le premier ministre israélien va-t-il en profiter pour régler ses comptes avec le Hezbollah, et surtout, son pire ennemi, l’Iran ? Que veut dire Netanyahu quand il parle d’une « réponse qui va changer le Moyen-Orient » ? Pour Mona Soliman, cela signifie « une destruction totale de la bande de Gaza, voire des frappes contre le Hezbollah au Liban ou encore contre les positions de ce parti en Syrie ». « Netanyahu signifie clairement que la riposte dépassera les frontières de la bande de Gaza ». Et c’est justement là le scénario le plus dangereux : un élargissement du conflit.

Le spectre est déjà là : au lendemain de l’attaque du Hamas, le Hezbollah a lui aussi tiré des « obus d’artillerie et des missiles guidés » sur des positions israéliennes dans les fermes de Chebaa, un secteur contesté à la frontière entre le Liban et Israël. Et Israël a riposté par des bombardements qui ont fait trois morts parmi les combattants du Hezbollah, selon de dernier. Sur ce front aussi, on se trouve face au risque d’un cycle de représailles : le Hezbollah a bombardé, lundi 9 octobre, deux casernes israéliennes et se dit prêt à venger ses morts.

Cependant, pour Shadi Mohsen, chercheur au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS), le front nord d’Israël ne va pas pour autant s’embraser. « Le Hezbollah a ses propres calculs de politique interne, il ne veut pas se lancer dans une telle aventure. Aussi, l’implication du Hezbollah signifie celle de l’Iran, et c’est là le plus gros risque », dit-il. « Le Sud-Liban est sous tension. Selon des informations non confirmées, le Hezbollah a commencé à se déployer à la frontière avec la Syrie. Il a dit qu’il riposterait s’il est attaqué. Dans ce cas, l’Iran pourrait effectivement entrer en jeu », affirme de son côté Soliman.

Quelles incidences régionales et mondiales ?

L’ombre de l’Iran plane-t-elle donc ? Téhéran a certes salué l’offensive du Hamas, mais il a nié en bloc toute implication. Conscients du rôle qu’il peut avoir joué et qu’il peut encore jouer, les dirigeants européens ont l’appelé à « ne pas étendre le conflit ». Mais le risque est bel et bien là. « Si le conflit s’élargit et dépasse les frontières de la bande de Gaza, si le Hezbollah est impliqué et que le front nord d’Israël s’embrase, on va se trouver dans une guerre régionale. Car l’Iran entrera alors en jeu d’une manière ou d’une autre », s’inquiète Mona Soliman, qui estime du reste que le risque est encore plus grand : « Les Etats-Unis fourniront une aide directe à Israël et la Russie a dit qu’elle soutiendrait le droit des Palestiniens à défendre leurs droits. Cela fait partie du bras de fer entre eux, exacerbé par la guerre en Ukraine. Le risque ? Une guerre régionale avec des incidences mondiales ».

En effet, alors que Washington, dans son soutien « inébranlable » à Israël, a commencé dès dimanche 8 octobre à envoyer de l’aide militaire à son allié historique, Moscou, qui a appelé à la retenue et à un cessez-le-feu, insiste sur le fait qu’il faut maintenant s’interroger sur les raisons pour lesquelles le problème de la Palestine n’a pas été résolu depuis des décennies et pointe du doigt l’inaction de Washington. Une façon de régler d’autres comptes …

Moscou comme Pékin restent très attentifs à l’évolution de la situation avec l’espoir que la guerre entre le Hamas et Israël obligera les Etats-Unis à relâcher la pression américaine en Ukraine et dans le Pacifique, surtout si l’embrasement inclut l’Iran.

Chacun cherche donc ses intérêts dans un bras de fer qui tourne à l’embrasement général. Alors qu’il aurait suffi de donner aux Palestiniens leurs droits pour éviter tout cela.

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