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L’essoufflement de la MENA se poursuit

Gilane Magdi, Mardi, 22 octobre 2013

Le taux de croissance dans les pays de la région MENA baissera de moitié fin 2013. C'est ce que vient annoncer le dernier rapport du FMI sur les perspectives économiques mondiales.

FMI
Le FMI prévoit la hausse du taux de chômage en Egypte à 13 % en 2013. Photo: Al-Ahram

La croissance dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord devrait ralentir en 2013 avant de reprendre l’année prochaine. C’est l’analyse apportée dans le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI) publié la semaine dernière sur les perspectives économiques mondiales. « Le taux de croissance du PIB dans les pays de la région devrait baisser de presque la moitié, pour se chiffrer à 2,3 % en 2013 contre 4,6 % l’année dernière. Un chiffre qui sera de 3,6 % en 2014 », prévoit le rapport. La publication de ce dernier intervient à un moment crucial caractérisé par de récents troubles économiques aux Etats-Unis et dans la zone Euro (voir encadré). La chute prévue du taux de croissance est justifiée par 2 facteurs principaux : la faiblesse de la demande mondiale sur le pétrole et l’état d’incertitude engendré par les tensions géopolitiques dans les pays du Printemps arabe.

Le rapport divise les pays de la région en 2 groupes : le premier avec les pays importateurs de pétrole, rassemblant l’Egypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, le Soudan, la Tunisie et la Mauritanie, avec une situation économique dans ces pays décrite comme difficile. « Bien que des signes d’amélioration commencent à se manifester dans les domaines tels que le tourisme et les exportations dans certains pays, les incertitudes politiques et économiques pèsent sur la confiance et sur l’activité économique », note le rapport qui donne l’exemple de la Syrie et de l’Egypte. Le rapport note en outre que « les financements accordés par plusieurs pays membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) à l’Egypte amoindrissent les contraintes à court terme, de sorte que les autorités ont annoncé un programme de relance budgétaire qui a pour objet de soutenir la croissance et la création d’emplois ». Selon le FMI, le taux de croissance en Egypte devrait atteindre 1,8 % en 2013 contre 2,2 % en 2012, enregistrant le 2e taux le plus faible après le Liban (1,5 %).

Cela est en deçà des estimations des grandes banques d’investissement, comme le groupe financier EFG-Hermes, qui prévoit un taux de croissance de 2,2 %. « Les prévisions du Fonds sont très pessimistes pour l’Egypte et ne sont pas très fiables, car le groupe de travail du FMI fait ses calculs à partir des chiffres disponibles en juin 2013, sans couvrir toute l’année », explique à l’Hebdo Mohamad Abou-Bacha, analyste économique d’EFG-Hermes, en ajoutant que les 12 milliards de dollars venus récemment des pays arabes pour soutenir l’économie égyptienne ont constitué une bouée de sauvetage.

Une opinion qui vient contredire celle d’Ibrahim Al-Essawi, un expert économique, qui assure à l’Hebdo que les prévisions du FMI reflètent bien la faible performance économique du pays. « Nous sommes déjà en crise. Les aides provenant des pays arabes ont certes donné un nouvel élan à l’économie. Mais c’est un remède à court terme. Tant qu’il y a une instabilité politique et des problèmes de sécurité dans le pays, il n’y aura pas de progression économique réelle », estime-t-il. D’autant plus que selon le dernier rapport du ministère de la Planification, le taux de croissance est passé à 1,5 % lors du 4e trimestre de l’année fiscale 2012/2013 contre 2,2 % pour le trimestre précédent.

Si les prévisions du Fonds paraissent pour certains irréalistes concernant l’Egypte, les autres estimations sur la région rejoignent celles d’EFG-Hermes.

Un rôle stabilisateur

Selon le rapport, le Maroc est, en terme de croissance, le premier de la région (5,1%) suivi par le Soudan (3,9 %) et la Jordanie (3,3 %). Globalement, la croissance devrait rester de l’ordre de 3 % en 2013-2014 contre 2,7 % en 2012. « Cela signifie que le chômage restera élevé et que les niveaux de vie ne s’amélioreront pas et, par conséquent, que le climat de mécontentement social persistera probablement », note le rapport.

Quant au 2e groupe, celui des pays exportateurs de pétrole (Algérie, Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman, Qatar et Yémen), les projections indiquent une croissance moyenne de 2 % — ce qui représente une révision à la baisse de 1 point par rapport aux perspectives économiques mondiales d’avril 2013. « La croissance a nettement ralenti dans les pays exportateurs de pétrole au premier semestre de 2013, suite à la baisse de la production pétrolière », justifie le rapport.

Dans l’ensemble, la production d’hydrocarbures de la région devrait se contracter de 1 % en 2013, cette baisse étant imputable en grande partie à la Libye et à l’Iran. « Au cours des 2 derniers mois, la production libyenne est passée de 1,6 million à 500 000 barils/jour », explique Mohamad Abou-Bacha.

Toujours selon les projections, l’Arabie saoudite devrait enregistrer une légère baisse de sa production pétrolière sur l’ensemble de l’année, car elle continue de jouer un rôle stabilisateur sur le marché mondial du pétrole : elle a réduit sa production de la fin de 2012 jusqu’au début de 2013 en réponse à la baisse de la demande et à l’augmentation de l’offre émanant des fournisseurs non membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP).

La rapport prévoit néanmoins le retour à la hausse du taux de croissance en 2014. « Il remontera probablement à 4 % l’année prochaine grâce à la reprise de la demande mondiale et à un léger accroissement de la production pétrolière en Arabie saoudite, en Iraq et en Libye », prévoit-il. Selon les prévisions, le PIB hors pétrole, par opposition au PIB pétrolier, évolue de manière satisfaisante dans la plupart des pays, grâce à l’ampleur des dépenses publiques et à la reprise de l’expansion du crédit.

Pour l’institution internationale, la hausse de l’inflation et du chômage reste enfin de réels problèmes avec le prolongement de la tendance à la hausse dans la région. « Dans les pays du CCG, les taux d’inflation augmentent progressivement, surtout en raison de la hausse des prix alimentaires et des logements, mais devraient rester de l’ordre de 3 % en 2013-2014 », prévoit le rapport. Quant aux importateurs de pétrole, la hausse des prix a encore ralenti grâce à la décélération de la hausse des prix alimentaires et, dans le cas de l’Algérie, de l’abandon d’une politique accommodante, mais elle devrait demeurer plus forte que dans lespays membres du CCG.

Pour le chômage, le rapport prévoit la hausse de ce taux dans certains pays de la région MENA tels l’Egypte (13 % en 2013 contre 12,3 % en 2012) et le Soudan (19 % en 2013 contre 18 % l’année dernière). Ce taux restera stable en Jordanie à 12,2 % en 2013 par rapport à l’année dernière.

Pour le premier ministre égyptien, l'éclaircie est arrivée

Si le Fonds Monétaire International (FMI) et des experts économiques expriment leur pessimisme à l’égard de l’économie égyptienne, le premier ministre, Hazem Al-Beblawi, affiche, lui, un optimisme robuste. « L’économie égyptienne est en amélioration », assure-t-il dans un commentaire sur le rapport des perspectives économiques mondiales du FMI. « Les expériences passées prouvent que les estimations du FMI ne sont pas précises », estime de plus Al-Beblawi. Un commentaire critiqué par l’expert économique Ibrahim Al-Essawi, pour qui il existe un « 2 poids 2 mesures » gouvernementales quand il s’agit du FMI. « Au cours des deux dernières années, les différents gouvernements, parmi lesquels Al-Beblawi a été membre, ont déployé d’intenses efforts pour nous convaincre de l’utilité d’un prêt du Fonds. Aujourd’hui, il nous dit que ses prévisions ne sont pas exactes ! », souligne-t-il.

Si, pour le FMI, la croissance devrait atteindre en Egypte 1,8 % en 2013, le gouvernement table sur 3,5 %. Al-Beblawi affirme ainsi que les indicateurs prouvent une amélioration de la situation de l’économie égyptienne, parmi lesquels la hausse des indices de la Bourse égyptienne, la hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport au dollar et l’augmentation des réserves étrangères. « Il n’existe pas de crise de devises étrangères dans le pays », souligne le premier ministre, en ajoutant que l’Egypte résout ses problèmes rapidement, prévoyant un retour de la stabilité politique et de la sécurité dans le pays.

Un état de fait qui intervient en partie en parallèle avec les derniers chiffres du ministère de la Planification. « Seuls 2 secteurs ont reculé au cours de l’année 2012/2013 : le Canal de Suez et les activités d’extraction avec respectivement -3,8 et -2,7 %. Quant aux autres secteurs, le tourisme est en tête avec +6,6 %, suivi par les +5,9 % de la construction », note le rapport du ministère sur les performances économiques. Toutefois, les investissements totaux ont reculé de 3,7 % pour atteindre 248,6 milliards de L.E. en 2012/2013 contre 258,1 milliards de L.E. l’année dernière.

Le FMI reste pessimiste sur la croissance mondiale

Le FMI dresse un portrait relativement morose de l’économie mondiale. « La reprise se poursuit, mais elle est encore trop lente », résume Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, qui a présenté la semaine dernière la publication du rapport sur les perspectives économiquesmondiales. Les prévisions ont ainsi été révisées à la baisse et la croissance mondiale devrait être de 2,3 % cette année au lieu des 2,6 % annoncés en juillet (3,6 % au lieu de 3,8 % pour 2014).

De nouveaux risques de dégradation sont apparus, tandis que les risques anciens subsistent dans une large mesure. Le récent shutdown aux Etats-Unis représente le premier défi à cause de son impact sur l’économie mondiale. Cet état d’incertitude a poussé le FMI à réviser à la baisse ses prévisions pour les Etats-Unis de 2,5 points (à 1,6 %) pour cette année et de 0,75 point (à 2,6 %) pour l’an prochain.

Autre événement à suivre : la politique monétaire de la Fed, dont la menace de relâchement a provoqué une hausse des rendements à long terme dans le monde, ainsi qu’une contagion de la baisse de croissance aux économies émergentes. Celle-ci a été péjorée de 0,5 et 0,4 point en 2013 et 2014, respectivement à 4,5 et 5,1 %.

En Europe, le PIB devrait se contracter de 0,4 % cette année, avant de rebondir à 1 % l’an prochain. Le chômage devrait, pour sa part, rester élevé à 12,2 %.

Sur le vieux continent, ce sont les banques sud-européennes qui inquiètent le plus le FMI. Selon le rapport, elles font face en Espagne, en Italie et au Portugal à des pertes potentielles de 250 milliards d’euros dans leurs activités de prêts aux entreprises pour les deux prochaines années. Ce qui représente 61 milliards de plus que les provisions pour risque de crédit dont elles disposent.

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