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Séisme au Maroc : De l’humanitaire, mais aussi du politique

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 13 septembre 2023

Alors que le bilan du séisme qui a frappé, le 8 septembre, la région de Marrakech au Maroc ne cesse de s’alourdir, la question de l’aide internationale est au centre de calculs qui dépassent la simple question des besoins humanitaires.

Séisme au Maroc : De l’humanitaire, mais aussi du politique

Emotion et solidarité. Le Maroc continue de compter ses morts et de tenter de consoler ses survivants. La course contre la montre se poursuit. Les secouristes marocains, appuyés par des équipes étrangères, poursuivent la recherche des survivants et continuent de venir en aide à des centaines de sans-abri dont les maisons ont été rasées, après le tremblement de terre d’une magnitude de 6,8 survenu dans la soirée du vendredi 8 septembre près de Marrakech, dans l’ouest du pays, et dont le bilan s’élevait, lundi 11, à près de 2 200 morts et presque autant de blessés. Mais le bilan risque d’être bien plus important. Plusieurs zones sont encore difficiles d’accès d’autant plus que l’épicentre du séisme se trouve dans des zones montagneuses reculées ou enclavées. Il s’agit aussi et surtout de régions rurales où les habitations sont modestes, d’où le risque de voir des villages et des hameaux entiers rasés de la carte.

Vague de solidarité

Dès les premières heures qui ont suivi le séisme, le drame a suscité un élan de solidarité de par le monde. Des Etats- Unis à l’Europe, de la Russie à l’Afrique, de l’Union africaine à la Commission européenne, des pays arabes, dont l’Algérie voisine avec laquelle les relations sont difficiles mais qui a ouvert son espace aérien, fermé depuis deux ans, pour faciliter le transport d’aide et l’évacuation des blessés, à Israël, avec lequel le Maroc a normalisé ses relations en 2020 …

Comme le veut la tradition diplomatique, c’est au Maroc de solliciter officiellement l’aide de ses partenaires. C’est ce qu’a fait le Royaume en acceptant l’aide de quatre pays seulement. Ces quatre pays sont l’Espagne, la Grande-Bretagne, le Qatar et les Emirats arabes unis. Dimanche 10 septembre, le ministère de l’Intérieur a indiqué dans un communiqué que le Maroc avait répondu favorablement, « à ce stade », aux offres de ces quatre pays « d’envoyer des équipes de recherche et sauvetage », alors que plusieurs autres ont proposé leur aide. Tout en remerciant tous les pays qui ont proposé l’envoi de secouristes, le ministère affirme que le Maroc a accepté celle de ces quatre pays uniquement « après avoir procédé à une évaluation minutieuse des besoins sur le terrain et en tenant compte du fait qu’une absence de coordination pourrait être contre-productive ». D’autres offres pourraient être acceptées à l’avenir « si les besoins devaient évoluer », précise le communiqué.

Un choix politique ? En quelque sorte, oui. Impossible de ne pas y voir l’impact des relations diplomatiques. Ces choix ne sont certainement pas fortuits. L’Espagne, par exemple, est géographiquement proche. Mais aussi politiquement, surtout depuis qu’elle a reconnu la marocanité du Sahara occidental. Ce n’est pas la même chose avec la France, elle aussi proche géographiquement, mais les relations entre Rabat et Paris ne sont pas au beau fixe ces dernières années. Paris a réduit les visas délivrés aux Marocains. Le Maroc reproche notamment à la France de ne pas s’aligner sur l’Espagne, les Etats-Unis ou encore Israël, qui ont reconnu sa souveraineté sur ce territoire disputé. Pas question donc d’accepter l’offre d’aide algérienne, premier soutien du Front Polisario en conflit depuis un demi-siècle avec le Maroc au sujet du Sahara occidental. Difficile aussi d’accepter celle d’Israël. Ce serait heurter la sensibilité d’une partie de la population toujours sceptique quant à la normalisation avec l’Etat hébreu …

Mais pour les victimes, qu’importe d’où viennent les aides et les secours pourvu de ne pas dormir dans la rue ! Or, l’acheminement de l’aide internationale est difficile vu le caractère montagneux de la région touchée par le tremblement de terre, les routes coupées et les éboulements. Les images qui proviennent des régions sinistrées, des zones pauvres et reculées qui abritent environ 1,8 million de personnes montrent de montagnes de gravats et de décombres.

Bref, le séisme de Marrakech est un drame dont les répliques, au sens figuré du terme, n’ont pas fini de se faire sentir.

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