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Métier : Plongeur

Hanaa Al-Mekkawi , Samedi, 09 septembre 2023

Qui dit plongée pense immédiatement à l’aventure, à la découverte des fonds marins et au plaisir. Mais qu’il s’agisse des instructeurs ou des plongeurs professionnels d’autres domaines, c’est un métier qui comporte son lot de risques et de défis. Focus.

Métier : Plongeur

La mer est son bureau et sa tenue de travail, un t-shirt, un short et des chaussons de plongée. Il attend que ses élèves terminent d’enfiler leurs combinaisons de plongée, de chausser leurs palmes et de vérifier la pression des bouteilles d’oxygène, puis le groupe saute à l’eau pour commencer le cours de plongée avec Mohamed Adel. Ce dernier travaille comme instructeur de plongée à Hurghada. Mohamed dit avoir fait son baptême de plongée à l’âge de 15 ans. Ensuite, il a commencé sa formation par le niveau 1 comme plongeur débutant. Plus tard, il a suivi une formation spécifique pour devenir plongeur professionnel et a obtenu un certificat de l’American Bali Diving Organization, la plus grande organisation de plongée au monde, ainsi qu’un diplôme de formateur. En 2008, il était déjà le plus jeune instructeur au niveau du Moyen-Orient. Et, depuis cette date, il a formé plus de 500 personnes qui, à leur tour, sont devenues des formateurs.

En effet, les professionnels de plongée travaillent dans des centres de plongée, des hôtels ou sur des bateaux de croisière. Leurs journées sont chargées d’activités liées à la plongée : préparation d’équipements, briefings de sécurité, accompagnement des plongeurs lors des explorations sous-marines et maintenance des équipements de plongée. Ils doivent être aussi en mesure de communiquer avec d’autres plongeurs de différentes nationalités et gérer les situations d’urgence avec calme et professionnalisme.

« Chacun de nous doit maîtriser au moins une langue en plus de l’anglais, avoir une certaine culture générale et être informé de l’actualité du monde pour pouvoir communiquer avec les personnes qui veulent pratiquer la plongée de loisir ou s’entraîner seulement », dit Mohamed. Il poursuit en expliquant que pour devenir instructeur de plongée, il faut suivre une formation rigoureuse avec des programmes d’apprentissage spécifiques pour obtenir des niveaux de certification comme le PADI Divemaster et l’Instructor Development Course (IDC). Ces formations englobent des connaissances théoriques approfondies, des compétences pratiques en plongée et des formations en matière de secourisme et de gestion des situations d’urgence. Cette formation comprend différents niveaux et étapes de certification, en commençant par plongeur débutant pour arriver à un niveau professionnel. Au cours de cette formation, ils acquièrent des connaissances approfondies en matière de plongée et de sécurité, apprennent à gérer des situations d’urgence et enseignent aux plongeurs novices les techniques de plongée nécessaires. « Il faut surtout faire preuve de patience, de pédagogie et de professionnalisme pour transmettre les compétences essentielles à leurs élèves », dit Mohamed, en ajoutant que son travail en tant qu’instructeur lui a permis de découvrir des fonds marins qui regorgent d’espèces marines étonnantes, toutes plus surprenantes les unes que les autres. La mer lui donne l’occasion de méditer, une sorte de psychothérapie qu’il pratique quotidiennement et qui le rend en bonne santé physique et morale. « J’ai de la chance de vivre toute l’année là où les gens payent de grandes sommes pour passer quelques jours », dit Mohamed. Il explique que ses élèves sont de différents âges et nationalités, originaires de pays et de cultures différents, ce qui lui permet d’acquérir de nombreuses expériences et d’élargir ses connaissances en général.

Du plaisir, mais pas que


La plongée à saturation oblige les plongeurs à rester confinés dans des chambres équipées dans des atmosphères sous pression pour une durée de 28 jours.

Mais si la vie d’un instructeur de plongée  paraît exotique et excitante, et que ce sport marin permet de vivre des expériences variées d’une immersion à l’autre, elle n’est pas sans risques et comporte également son lot de défis. Et si la plongée récréative est pratiquée dans un but d’exploration et de plaisir, il y a d’autres types plus « sérieux » comme la plongée souterraine, la plongée dérivante, la plongée de nuit, la plongée sur épave, la plongée technique à de grandes profondeurs et la plongée libre sans équipement respiratoire.  

L’un des risques les plus importants pour les plongeurs, ce sont les problèmes de santé, dont le plus célèbre concerne les troubles de la tension. Il existe aussi des risques physiologiques dus à l’inhalation d’air comprimé. Un autre point important à respecter lors de la remontée est que tout plongeur doit effectuer des paliers de décompression afin de réduire le taux d’azote ou d’hélium restant dans le corps, sinon c’est la mort. Par ailleurs, un instructeur doit être prêt à faire face à des dangers potentiels tels que la décompression, les courants forts, les poissons toxiques, les blessures causées par les coraux et, bien sûr, les rencontres avec des requins. La sécurité des élèves compte aussi parmi les charges supplémentaires de travail d’un formateur.

Les instructeurs s’appuient sur leur formation intensive pour gérer ces situations avec calme et rassurer les plongeurs. Les règles de sécurité doivent être strictement respectées, telles que la planification de plongée en binôme, les procédures de décompression et les briefings approfondis avant chaque plongée. Les instructeurs sont également formés pour reconnaître les comportements des requins et savoir comment réagir en cas de rencontre. Ces risques s’ajoutent à d’autres défis dans d’autres types de plongée, tels que la plongée professionnelle concernant ceux qui doivent exécuter des tâches professionnelles sous l’eau, et d’autres types de plongée plus importants comme la plongée commerciale pendant laquelle des installations sont construites ou des navires sont réparés sous l’eau et autres travaux.


La formation d’un plongeur professionnel englobe des connaissances théoriques et des compétences pratiques en plongée.

Un travail parfois éprouvant

C’est le type de travail que pratiquait Ahmed Fawzy suite à une histoire d’amour intense avec la mer et la pêche dans sa ville natale d’Alexandrie où il a suivi une formation pour devenir plongeur commercial. Actuellement, il est à la retraite après avoir travaillé durant des années sur des bateaux dédiés à la fourniture de services maritimes pour certaines entreprises, y compris le pétrole. Son travail l’obligeait à rester 15 jours en mer et 15 jours en repos, période durant laquelle il pratiquait ce sport pour son plaisir ou l’enseignait. « En plus du kit de plongée pour la plongée récréative, plusieurs plongeurs commerciaux sont munis d’une corde appelée cordon ombilical car elle renferme un ensemble de tuyaux portant des éléments vitaux, dont notamment : mesure de l’air, de profondeur, communication, un tuyau d’éclairage et une caméra. Cette corde est attachée à un casque porté par le plongeur et pèse entre 12 à 15 kilos. Un technicien sur le pont est chargé de contrôler le bon déroulement du travail », explique-t-il. Et ce, pendant que le plongeur commercial est en train d’effectuer tous les travaux de construction en profondeur. Il est chargé également d’autres tâches comme le nettoyage des coques de bateaux, l’élimination des obstacles qui entourent le radeau du bateau, la pose de conduites d’eau sous le Nil ou les canaux, la mise en place de stations d’eau et de centrales électriques liées à l’eau, l’édification de barrières portuaires et d’autres tâches similaires. Chaque mission a un équipement spécifique que le plongeur emporte avec lui sous l’eau lors de ses missions en descendant jusqu’à 40 m de profondeur.

« L’un des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés lors de nos missions, c’est l’eau froide. Au fur et à mesure que l’on va en profondeur, elle nous poignarde. Le plongeur doit remonter de la même manière et par le même chemin d’où il est descendu pour éviter que le cordon ombilical ne s’enroule autour de son cou et le tue », explique Fawzy.

Un autre type de plongée qui relève de la plongée commerciale est la plongée à saturation. C’est une technique de plongée réalisée avec une saturation préalable de gaz dans l’organisme des plongeurs. Ce type de plongée oblige ces derniers à rester confinés dans des chambres équipées dans des atmosphères sous pression pour une durée de 28 jours. Selon Mohamed Maamoun, plongeur à saturation, cette technique permet au plongeur, qui se glisse dans des capsules, de descendre dans certains cas à des profondeurs atteignant parfois les 500 m. Il ajoute qu’un suivi régulier de l’état général du plongeur est nécessaire. Parce que cette technique peut avoir un impact négatif sur le plongeur et lui causer des problèmes psychologiques et physiques, y compris la carie osseuse. Tous ceux qui effectuent ce type de plongée l’apprécient malgré les dangers : cependant, en cas d’exposition à l’un des risques potentiels, le beau rêve se transforme en cauchemar.


La vie d’un instructeur de plongée est exotique et excitante, mais elle n’est pas sans risques et comporte également son lot de défis.

Que ces problèmes soient petits, comme l’incapacité de prouver leur travail sur la carte d’identité, ou plus graves, comme des blessures dangereuses allant de la perforation du tympan à la paralysie complète ou même à la mort, tous aspirent à une meilleure situation. « Une de nos revendications les plus importantes est de venir à bout des obstacles qui bloquent la création de notre propre syndicat, ce que nous essayons de faire depuis longtemps, mais nous n’avons pas réussi à cause des procédures de routine. Avoir une entité qui nous rassemble résoudra un bon nombre de nos problèmes, notamment l’élaboration de lois qui réglementent le travail dans ce domaine, protègent nos droits et garantissent un traitement que nous n’obtenons pas parce qu’il n’y a pas d’assurance, et les soins en cas d’accident sont généralement coûteux et durent longtemps », affirme Mohamed Fawzy. Les revendications des travailleurs dans ce domaine et leur besoin de se sentir en sécurité vont de pair avec la continuité de la profession, parce que c’est une passion et pas seulement un gagne-pain. Ils ne demandent tout compte fait qu’une chose : améliorer leur situation. En attendant, ils sautent dans la mer pour plonger dans ses profondeurs, oubliant leurs problèmes.

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